Diane Dufresne: la pluie éteint la magie

Il était autour de 21 h 30, jeudi soir, quand la pluie a commencé à se manifester timidement. Autour de 22 h quand elle s'est mise à tomber plus intensément sur le public d'inconditionnels qui s'étaient massés devant la scène des Voix populaires pour y entendre leur Diva.
Jusque-là, la magie opérait encore. Mais à 22 h 05, l'orage a éclaté brutalement pour venir anéantir complètement le charme ambiant.
Voyant venir la fin, Diane Dufresne venait d'indiquer aux musiciens qu'ils allaient entonner plus tôt que prévu L'Hymne à la beauté du monde, mais il aura suffi de quelques notes pour que ses plans changent. «Nous allons devoir arrêter un peu parce que la pluie tombe sur les instruments», a alors avisé la chanteuse.
En grande dame de la scène, elle a tout de même essayé encore un peu. Dans un élan de belle générosité, Diane Dufresne a entonné son hymne seule, a capella, créant du coup un moment unique et touchant, avant de se résoudre à gagner les coulisses pour ne plus en ressortir.
Vers 22 h 20, les responsables du FestiVoix faisaient évacuer le site pour assurer la sécurité des gens. Et dire que Diane Dufresne acceptait pour la première fois de présenter son spectacle sur une scène extérieure...
La magie y était
Jusque-là, la pluie n'était pas parvenue à éteindre la magie qui s'était installée graduellement au fil d'un spectacle qui avait tous les airs d'un grand récital de chansons. La voix, la prestance, ce timbre unique, les retrouvailles se faisaient belles dans ce qui se présentait comme une soirée chaude et chic, teintée d'une aura symphonique.
Entourée des Violons du Roy, le public avait droit jeudi à la gamme plus dramatique de la Diva. N'en déplaise à ceux qui auraient souhaité retrouver davantage son profil de rockeuse, le moment unique qu'elle offrait cette fois-ci était beaucoup plus versé sur l'intensité et la poésie, avec des textes chevauchant tour à tour les grands thèmes de l'amour, de la folie ou de la conscience écologique.
C'est d'ailleurs en interpellant la fibre poétique des Trifluviens qu'elle a adressé ses premières paroles au public. C'était après que le chef d'orchestre Simon Leclerc se soit pointé sur scène, cigarette au bec en simulant une ambiance de club, et après que Diane Dufresne eut entonné Madame rêve (Alain Bashung) depuis les coulisses, ne faisant d'abord que présenter sa voix.
Théâtrale comme à son habitude, habitée, entière et excentrique jusque dans la chevelure et les accessoires, l'artiste avait choisi d'adopter un ton grave pour s'arrimer au répertoire proposé, optant pour plusieurs pièces de son album Effusions dont les titres Partager les anges, J't'aime plus que j't'aime, Psy quoi encore ou Noire soeur, pour ne nommer qu'eux.
Ce répertoire, servi par d'heureux arrangements et élégamment enveloppé de la musique de ses «princes et princesses» des Violons du Roy, elle ne l'avait offert qu'en salle jusque-là, dans des conditions optimales qui diffèrent totalement d'un contexte estival extérieur où le public a bien davantage l'habitude des prestations festives et moins exigeantes sur le plan de l'écoute.
 
Malgré tout jeudi soir, même la pluie du début n'avait pas refroidi ses fans qui ont tout d'abord tout simplement relevé le capuchon, déployé le parapluie, ou qui sont tout bonnement demeurés à découvert, faisant fi de la pluie, la plupart d'entre eux ne bronchant pas avant que les choses ne se compliquent davantage.
Au sortir précipité de la soirée, une même phrase se faisait entendre dans la bouche de plusieurs. «Dommage, c'était tellement bien  parti...» Et un sentiment partagé. On se reprendra, dame Diva.