Diane Dufresne et les Violons du Roy seront sur la scène des Voix populaires du FestiVoix ce soir, dans ce qui risque d'être un moment unique pour le public trifluvien.

Diane Dufresne en poésie

Voilà plusieurs mois déjà que Diane Dufresne baigne dans une heureuse symphonie sur scène, entourée des Violons du Roy, puisant dans le lyrisme ambiant pour chanter l'amour, la mort et la terre.
À Trois-Rivières ce soir, les 22 musiciens de l'orchestre de chambre donneront de l'oxygène à la diva sur la grande scène du FestiVoix, une représentation exclusive cet été, et la première sur une scène extérieure.
«Je suis ravie de faire le spectacle à l'extérieur, surtout chez vous qui aimez la poésie et la culture», souffle Diane Dufresne. «C'est sûr que le son ne sera pas comme dans un théâtre, mais c'est bien, aussi, d'être dans la nature. Je trouve tout cela très poétique.»
Au bout du fil, celle qui a la réputation d'être expéditive avec les médias prend le temps ce jour-là. Elle a d'ailleurs le souci de trouver les bons mots pour exprimer ce qui lui tient à coeur, à commencer par le respect de son public. Si elle a le trac, c'est qu'elle veut sa pleine satisfaction. Et ce ne sont pas près d'une cinquantaine d'années de carrière qui vont changer les choses.
«Le trac, c'est une politesse vis-à-vis le public. Un respect», dit-elle. «C'est une responsabilité d'être devant des gens sur une scène. Ce que je veux, surtout, c'est qu'ils repartent avec des émotions. Les gens qui se déplacent pour venir te voir, ils te choisissent alors c'est la moindre des politesses.»
Sa nervosité s'est transformée avec les années. «Au début de ta carrière, tu te dis: j'espère que ça va leur plaire... Au milieu, tu te dis: j'espère que je vais tenir le coup... Et aujourd'hui, je me dis: j'espère que je vais être encore capable», sourit-elle.
Ceci dit, toutes les réflexions s'évanouissent une fois sur les planches. «Quand j'arrive sur scène, c'est un abandon. Je m'abandonne aux paroles, à la poésie, à la musique. Je n'entre pas dans des personnages, j'entre dans des émotions et je prends cela à coeur.»
Après cette entrevue, Diane Dufresne prévoyait passer les 24 heures suivantes dans le silence, jusqu'à la répétition du lendemain. Elle remercie le ciel d'avoir pu préserver sa voix, et elle aide son sort. «J'ai baissé la tonalité et je suis allée chercher ma voix de mezzo. C'est beau, aussi. C'est plus rond. Plus jeune, je voulais tellement chanter haut et fort. Je voulais chanter dans toutes les émotions!», dit-elle. «Jeune, j'ai beaucoup crié. Maintenant, je chante.»
Elle chante son matériel, revisité par de nouveaux arrangements, honoré par 14 cordes, quelques percussions et un piano. Mais elle chante aussi ses coups de coeur, les Brel, Jonasz, Bashung, Zazie et compagnie. Elle aime beaucoup les Violons du Roy. «J'ai un beau processus avec eux. Ce sont des gens du milieu classique, mais qui sont très contemporains dans leur attitude. Quand ils arrivent avec tous leurs instruments, c'est tellement beau et tellement romantique. Et le chef, Simon Leclerc... À lui seul, c'est une symphonie.»
En retour, Diane Dufresne se fait un doux plaisir de leur présenter aussi son autre profil. «Eux aussi, il a fallu qu'ils s'habituent à une rockeuse et quand je fais Oxygène, ils aiment bien ça», sourit-elle. «Il y a une fusion et ça fonctionne très bien.» Par ailleurs, la dame ne se gêne surtout pas pour leur imposer sa demande. «Les musiciens sont toujours derrière, mais je les fais venir à l'avant. Je voulais qu'ils soient devant pour qu'ils prennent les applaudissements. C'est important pour eux aussi.»
Ce sont eux qui l'ont approchée il y a quelques années pour emprunter sa voix, le temps d'un spectacle-bénéfice. Mais le rendez-vous s'est répété. «Je ne connais pas parfaitement tout le répertoire classique, mais ils m'ont fait choisir la musique que je voulais. Au début, j'avais choisi des choses tellement compliquées!» Elle s'est ravisée, depuis. «Quand on a décidé de faire un spectacle, j'ai changé un peu la dynamique.»
Aujourd'hui, leur expérience a été figée sur un album qui sortira en septembre, un opus qui a été enregistré ici et là à travers les mariages que l'orchestre et la diva ont célébrés sur les scènes du Québec. «80 % à 90 % du spectacle est sur cet album. La qualité est là, et l'atmosphère aussi», fait savoir son conjoint, Richard Langevin.
Voilà pour ceux qui croient qu'elle se consacre désormais entièrement aux arts visuels. Diane Dufresne l'a remarqué. «Quand on parle au peintre, on me parle au présent et quand on parle à la chanteuse, on parle au passé», observe-t-elle. «Pourtant, je chante encore et même plus qu'avant... Il faut dire que je ne fais pas beaucoup de journaux et de télé, mais la liberté, c'est aussi de dire non....», rigole-t-elle.
Diane Dufresne aime combiner les arts visuels et l'art de la scène. Elle écoute volontiers de la musique en peignant, mais sur les planches, le verdict est clair. «J'ai essayé d'intégrer les deux univers, mais sur une scène, la chanteuse prend toute la place», dit-elle.
«La chanteuse a beaucoup plus d'expérience alors qu'en peinture, j'ai encore beaucoup de travail devant moi. Mes sentiments à l'extérieur ne sont pas encore exprimés...» Or, elle compte bien y arriver avec le temps. «On dit que les peintres vivent vieux. Peut-être que si je peins, je vais vivre plus longtemps?»
Ceci dit, elle a aussi d'autres projets en tête, en chanson. «Après mon spectacle à Trois-Rivières, je vais prendre un temps pour réfléchir à tout cela. Si je voulais, il pourrait y avoir deux albums. Tout est là», dit-elle, «mais on ne peut pas juste enchaîner des projets... Il faut réfléchir, aussi. Il me reste moins de temps alors je dois faire des choix.»
Ce soir, le choix est clair. Dès 21 h, c'est la chanteuse qui prendra toute la place avec sa chevelure altière, sa robe signée Marie Saint-Pierre, son bagage d'émotions et sa passion, en toute poésie.