Sur les huit enfants de J. A. Thompson et de son épouse Agnès, seules Suzanne et Denise sont toujours vivantes.

Deux monuments de la musique

Dimanche, à la cathédrale trifluvienne, une messe anniversaire viendra réveiller le souvenir de Mgr Claude Thompson, décédé subitement le 20 février 2013. La célébration aura une couleur et une intensité particulière puisqu'elle célébrera également le 40e anniversaire de la mort de Joseph Antonio Thompson, musicien acclamé et père du fondateur de l'école des Petits chanteurs de Trois-Rivières.
<p>J. Antonio Thompson</p>
<p>Mgr Claude Thompson</p>
Sur les huit enfants de J. A. Thompson et de son épouse Agnès, seules Denise et Suzanne sont toujours vivantes. Elles auront certes le coeur gros lors de cette messe anniversaire mais un indéniable plaisir à se retremper dans leurs souvenirs de ces deux hommes qui ont marqué le monde culturel trifluvien mais surtout, le coeur de ceux qui les ont côtoyés.
Quand les soeurs parlent des deux musiciens, il appert que père et fils se ressemblaient. Leurs deux vies ont été marquées par une inconditionnelle passion pour la musique, constante compagne.
«Par sa vocation religieuse, Claude a pu se consacrer à sa passion pour la musique alors que mon père a quand même dû élever une famille de huit enfants avec les petits revenus que pouvait lui procurer la musique, explique Suzanne. Il a dû travailler très fort. Il a même joué du piano pour accompagner des films muets au Cinéma de Paris. À la maison, on avait toujours des élèves qui venaient pour des cours de piano.»
«Vous comprenez que ce n'était pas évident pour les enfants d'avoir accès au piano pour pratiquer», de rigoler sa soeur Denise. Bien sûr, tous les enfants Thompson ont étudié la musique, puissant ciment familial. Marcel l'a enseigné, comme son frère Claude mais ceux et celles qui ont suivi un autre chemin ont baigné dans la musique qui berçait la maison de la rue Père-Frédéric, à Trois-Rivières, tout près de l'église Notre-Dame-des-Sept-Allégresses où J. Antonio Thompson a touché l'orgue pendant 58 ans.
Pour illustrer la difficulté de leur père à générer des revenus conséquents, Denise raconte une anecdote. «Un jour, il avait demandé au curé une augmentation de sa rémunération pour les messes où il jouait l'orgue. Celui-ci lui a répondu qu'il était obligé par sa religion à assister à la messe et que l'orgue, il aimait en jouer. Alors, il ne voyait pas pourquoi il augmenterait son salaire.»
Des missionnaires
«Pour les deux, propager la belle musique, c'était une profonde vocation, estime Suzanne. Ils ont été des missionnaires à leur façon et ont assuré leur relève par l'enseignement. Une des choses qui nous a le plus touchées au salon funéraire à la mort de Claude, c'était de voir de jeunes hommes en pleurs nous dire qu'ils ne seraient pas où ils sont aujourd'hui si cela n'avait été de Claude. Ils avaient perdu un maître. Il a formé tellement de gens à travers l'école et ceux-là ont rayonné. Jusqu'au Vatican, même, où le père Pierre Paul dirige aujourd'hui le choeur officiel de Saint-Pierre de Rome.»
D'ailleurs, Mgr Thompson a composé un motet à huit voix qu'il a fait parvenir à Pierre Paul quelques jours à peine avant son décès.
S'il est une caractéristique que Mgr Thompson partageait avec son père, c'est le sens du devoir. «C'est peut-être ce qui était le plus marquant de mon père et l'abbé (ainsi qu'elles l'appelaient affectueusement) était pareil. C'était des hommes d'une grande rigueur dans leur enseignement à cause du respect qu'ils avaient pour la belle musique. Claude avait de hautes exigences et il lui arrivait, dans les premières années de l'école, de regretter d'avoir parfois été un peu trop exigeant avec les enfants. Il a acquis de la souplesse avec les années: les jeunes changeaient.»
La musique était plus qu'un travail pour eux. «Claude était habité par la musique et il a été comblé parce qu'il a toujours vécu sa passion, relate Denise qui a chanté sous sa direction avec le Choeur de la cathédrale. Je me souviens d'une fois, en répétition, il était tellement bouleversé par l'introduction d'un chant qu'il a carrément oublié de nous faire signe au moment d'attaquer. Il nous a regardés en nous demandant pourquoi on n'était pas parti. On lui a répondu qu'il nous avait oubliés!»
Derrière une rigueur qui cachait sa timidité, les deux soeurs reconnaissaient chez leur frère, le même sens de l'humour que celui du paternel. «Les deux aimaient beaucoup rire. Ils avaient une bonhomie de fond. Papa adorait les mots d'esprit. Peu avant sa mort, alors qu'il était malade, il me disait qu'il aimerait bien mieux être sur le sol que sur le do!»
«Il fallait savoir rire parce que la vie n'était pas facile à son époque. C'était pourtant quelqu'un de généreux. Même si la famille ne vivait pas dans le luxe, loin de là, il offrait toujours de la nourriture et tricotait des vêtements pour les pauvres de la paroisse.»
Aspect moins connu des deux musiciens, les deux étaient amants de la nature. «Claude adorait son chalet où il aimait se promener dans les bois, cultivait un potager et faisait de la menuiserie. Papa, lui, adorait la pêche. Il allait à Saint-Roch-de-Mékinac et nous rapportait de beaux gros dorés», de relater Suzanne avec un regard gourmand.
Si ce sont tous ces aspects que les deux soeurs se remémoreront lors de la célébration de dimanche, le monde trifluvien de la musique se rappellera avec émotions de deux bâtisseurs qui lui ont donné des assises inébranlables.
Un programme touchant
Au moment de concevoir le programme musical de la célébration du 2 mars, les concepteurs n'avaient que l'embarras du choix. J. Antonio Thompson a composé une soixantaine d'oeuvres dont quelques messes, de nombreux motets, cantiques et oeuvres pour harmonie. Claude Thompson a, à son actif, une cinquantaine d'oeuvres chorales et d'autres pour choeur et orchestre.
En prélude à la messe, un choeur formé par les Petits Chanteurs de Trois-Rivières, les Petits Chanteurs de Granby, les Petits Chanteurs de Beauport de même que le Choeur de la cathédrale auxquels se joindront quelques anciens des Petits Chanteurs trifluviens interpréteront une des pièces les plus connues de J. Antonio Thompson: l'Hymne à Trois-Rivières. À la communion, on offrira le Motet pour voix d'homme de ce compositeur prolifique.
Mgr Thompson sera, pour sa part, à l'honneur avec Mon âme chante le seigneur lors de l'entrée, le De Angelis pour le Kyrie et le Gloria. On chantera également le Psaume 61 op. 54 pour le psaume et le sanctus de même que l'Agnus Dei tirés de la Messe pour l'assemblée. S'ajouteront le Aimons-nous les uns les autres au moment de la communion et le Vous êtes sans pareille comme chant de sortie. Au moment de l'offertoire, le célèbre Ave Verum de Mozart emplira la cathédrale.
«C'est un programme que Claude aurait beaucoup aimé», croit sa soeur Denise. «Son Vous êtes sans pareille fera un très beau chant de sortie parce que c'est une belle mélodie que le public pourra facilement entonner. Ce sera très beau», d'ajouter sa soeur Suzanne.
Distinctions et honneurs
Distinctions et honneurs
J.-Antonio Thompson (1896-1974)
- Médaille Pro Ecclesia et Pontifice du pape Pie XII
- A donné son nom à la principale salle de spectacle de Trois-Rivières (1979)
Mgr Claude Thompson (1927-2013)
- Médaille d'or du souverain pontife
- Trophée Arlequin pour la direction musicale (1981)
- Ordre de La Vérendrye, Ville de Trois-Rivières (1988)
- Chevalier des arts et des lettres (France, 1992)
- Doctorat honoris causa de l'Université du Québec à Trois-Rivières (1994)
- Ordre national du Québec (1995)