Les docteures Samiha Poudrier et Véronique Caya ont ajouté leur contribution pour permettre à la Coopérative de solidarité santé de Saint-Boniface de poursuivre ses activités en début d'année.

Des médecins solidaires à Saint-Boniface

Deux ans après leur arrivée plutôt médiatisée à la Coopérative de solidarité santé de Saint-Boniface, les docteures Véronique Caya et Samiha Poudrier demeurent convaincues qu'elles finiront par attirer des collègues pour mieux desservir la population et ce, avec la structure actuelle.
Elles auraient pu prendre leurs jambes à leur cou à la fin 2013, conscientes que l'organisme traversait des moments difficiles. Elles ont plutôt offert leur soutien, en acceptant une augmentation considérable de leur loyer.
Alors qu'elles avaient été accueillies à un tarif de 62 $ par jour ou un minimum de 250 $ par mois, leur coût mensuel est passé à 920 $, taxes comprises, au début 2014. Une façon, pour elles, de donner un peu d'air à la coopérative en attendant que la majorité des membres paient leur cotisation.
«On veut que ça fonctionne», martèle Mme Poudrier.
Comme elles pratiquaient auparavant à la coopérative de Sainte-Thècle, les deux femmes ont attiré la grande majorité de leurs patients dans la même structure à Saint-Boniface. Selon le dernier relevé disponible, 889 de leurs clients sont devenus membres de la nouvelle coopérative, un réflexe naturel puisqu'ils étaient habitués à encourager le même service à Sainte-Thècle.
Le problème, c'est qu'avec une charge de travail complète, les deux médecins n'ont accueilli qu'une cinquantaine de nouveaux patients à Saint-Boniface. Dès qu'elles obtiendront du renfort, la communauté sentira une bonification de l'offre et sera donc plus encline à encourager la coopérative.
«Ça nous prendrait un médecin tous frais, sans patient!», convient Mme Poudrier. «À chaque année, notre territoire reçoit deux ou trois nouveaux médecins. La chance qu'on en attire n'est pas énorme.»
Pas de solution magique
La docteure Poudrier reconnaît que la solution de devenir satellite du groupe de médecine de famille de Saint-Étienne-des-Grès a fait partie des discussions à la fin 2013. Pour elle, il ne s'agit pas de la solution magique. Les contraintes d'horaires de ce modèle leur imposeraient une charge trop lourde. Leur pratique est principalement consacrée à l'obstétrique, de sorte qu'elles ne se retrouvent en cabinet à Saint-Boniface qu'une journée par semaine, en moyenne.
«Ça nous prend d'abord plus de médecins et alors, peut-être qu'on pourrait devenir GMF», suggère Mme Poudrier. «Pour l'instant, ça ne nous apporterait rien.»
En fait, certaines personnes ont cru que ce modèle aiderait la coopérative à attirer des médecins. Dans les conditions actuelles, Mme Poudrier croit que ce serait plutôt le contraire.
«Beaucoup de jeunes médecins ne sont pas attirés à travailler dans un GMF parce que ça implique plus de travail, plus d'heures d'ouverture», fait-elle remarquer. «Ça n'intéresse pas tout le monde!»
Au cours des derniers mois, le conseil d'administration de la coopérative a vraiment pris conscience que l'organisation d'un GMF relève strictement des médecins et non d'administrateurs bénévoles. Dans ce contexte, la réputation de l'endroit et l'environnement de travail offert à la clinique pèsent lourd. Parfois, un simple contact facilite la décision.
«Nous, ce qui a fini par nous convaincre, c'est le fait que nous venions de Saint-Boniface toutes les deux», illustre Mme Poudrier. «À Sainte-Thècle, nous devions faire 40 minutes de route. J'étais arrivée là-bas parce qu'une amie y pratiquait. Il y a beaucoup de bouche à oreille là-dedans.»
«À Saint-Boniface, ce qu'on aime, c'est que l'ambiance de travail est très agréable. Nous sommes super bien! Sur le plan technologique, on s'informatise actuellement. Quand les nouveaux arriveront, ce passage sera déjà fait.»
Mme Poudrier reconnaît que le modèle de la clinique Saint-Marc, à Shawinigan, s'approche davantage de leurs objectifs à court terme.
Cette coopérative de santé a aussi connu des débuts tumultueux en 2006. Elle avait toutefois l'immense avantage de prolonger la vie d'une clinique existante, qui comptait cinq médecins. On en dénombre maintenant huit et la formation d'un groupe de médecine familiale n'apparaît pas dans les cartons à court terme.
«Les médecins que nous avons réussi à recruter l'ont été après avoir été invités à nos locaux», émet Pierre Marchand, président de la coopérative de solidarité santé de Shawinigan. «Nous leur avons alors présenté ce que la coopérative pouvait leur offrir comme conditions de travail, comme milieu et ils ont décidé de se joindre à nous, tout simplement.»