Vincent Arseneau (91) digère bien mal de ne pas pouvoir accueillir la Coupe Memorial dans son patelin des Îles-de-la-Madeleine, comme c'était prévu, le 6 août.

Des excuses et des tensions

L'identité de celui qui a endommagé sévèrement la Coupe Memorial est maintenant connue. Via son compte Twitter hier matin, le vétéran Dillon Donnelly a fait son mea culpa en précisant que la réplique avait été maltraitée de façon accidentelle. «C'était un accident. J'ai soulevé la Coupe Memorial, perdu mon équilibre et je l'ai échappée. Je n'avais aucune intention de la briser. Je suis désolé», a écrit l'espoir de l'Avalanche du Colorado en guise d'explications.
La direction des Cataractes n'a pas voulu ajouter de commentaires additionnels hier, mais Le Nouvelliste a appris que les sanctions promises par le directeur-gérant Martin Mondou lundi allait tomber au cours des prochaines heures.
D'ici là, certains coéquipiers de Donnelly ne se font pas prier pour décrier, via Twitter ou Facebook, le comportement de l'athlète de 19 ans. Vincent Arseneau, notamment, n'ira certainement pas à la même épluchette de blé d'Inde que Donnelly au cours des prochaines semaines... «Malheureusement, ce ne sera pas possible d'avoir la Coupe Memorial aux Îles-de-la-Madeleine... dû à une gang de sauvages qui ne sait pas se comporter... «, a décrié Arseneau sur son Facebook lundi. Hier, il ne semblait pas trop s'émouvoir des excuses de Donnelly. «Il dit que c'est un accident. J'ai vu les photos comme tout le monde. Tout ce que je peux dire, c'est que s'il l'a échappée, il l'a sûrement échappée... d'un 10e étage!», a lancé le vétéran de 19 ans, qui n'a pas communiqué avec son coéquipier pour tenter d'en savoir plus. «Pour le moment, j'ai vraiment pas le goût de lui parler!»
Faut dire que Arseneau est terriblement déçu, lui qui attendait des centaines de personnes pour une fête organisée en son honneur dans sa région natale le 6 août. La tournée de la coupe Memorial a pris fin abruptement en début de semaine, la réplique étant rapatriée à Toronto où les réparations seront effectuées. «C'est gros ici, c'est la première fois qu'un joueur originaire des Îles-de-la-Madeleine gagne la coupe! Et comme nous ne sommes que cinq à avoir joué dans la LHJMQ, ça ne risque pas de se reproduire avant longtemps. Pour les régions comme Montréal, la coupe s'y promène souvent, mais par ici, sa visite était attendue... Je sais aussi que c'était le cas à l'Île-du-Prince-Édouard avec Morgan Ellis.»
Le maire, le député, les médias, les commerçants, mais, surtout, les jeunes joueurs de hockey attendaient cette journée avec impatience, selon Arseneau. «J'avais fait préparer 500 cartes de hockey de moi avec la coupe pour eux. La fête va avoir lieu quand même, mais elle n'aura pas le même cachet sans la coupe. J'avais promis à quelques commerces d'aller prendre des photos chez eux puisqu'ils ont été des commanditaires dans mon parcours de hockey. Je ne pourrai pas honorer mes engagements et ça me fâche énormément.»
Jonathan Narbonne disait pouvoir comprendre la frustration des joueurs qui n'auront pas leur moment avec la coupe, lui qui a été le dernier à l'obtenir avant que l'affaire n'éclate. «Je ne sais pas ce que j'aurais fait si je n'avais pas eu la coupe! Tu attends ce moment durant toute une carrière. C'est vraiment plate ce qui se passe.»
Narbonne n'en revenait pas de l'état de la coupe lorsqu'il est allé la chercher chez Gabriel Girard. «Gabriel m'avait prévenu de ne pas la prendre par le bol sinon elle pouvait se détacher, mais je ne pensais pas qu'elle serait si amochée! J'ai même essayé de la réparer moi-même avec de la crazy glue afin qu'elle dure encore un peu. Je ne sais pas ce qui s'est produit, mais elle était vraiment maganée.»
Le défenseur n'a toutefois pas apprécié un reportage diffusé sur les ondes de TVA hier où on laissait entendre qu'il avait laissé la coupe sans surveillance pendant de longs moments dans un bar de Blainville ce week-end. TVA a montré des dizaines de photos pour appuyer les propos de sa journaliste. «C'est totalement faux! J'ai pris grand soin de la coupe, j'étais toujours à côté... Il y avait des gens qui voulaient prendre des photos sans moi, je pense que c'est normal que j'accepte. Mais j'étais toujours à côté», insiste-t-il. «Je ne peux pas croire qu'on associe mon nom à ce qui s'est passé. Le coupable a admis lui-même ses torts. Pourquoi chercher d'autres coupables?»
«Je me sens mal»
Pointé du doigt un peu partout sur la place publique, Dillon Donnelly se tient droit comme un chêne et il a accepté de livrer sa version des faits au Nouvelliste hier soir, quelques heures après avoir pris le blâme sur Twitter pour l'état lamentable de la Coupe Memorial qui a dû être rapatriée à Toronto pour être réparée.
«Je me sens mal, mais c'est un accident. La coupe était sur une table dehors, chez moi, lors d'une réception avec mes amis après un souper avec ma famille. J'ai voulu la prendre, il y avait une chaise derrière moi qui m'a fait perdre l'équilibre et je l'ai échappée sur la terrasse en ciment», a décrit Donnelly, en admettant qu'il avait consommé de l'alcool au cours de la soirée. «Mais il n'y avait rien d'intentionnel là-dedans. C'est une coupe en l'honneur de la mémoire des vétérans de la guerre, or mon grand-oncle a servi le Canada. Ce n'est pas mon style de toute façon de casser des choses pour le plaisir. C'était un accident. Ma chute a fait en sorte que la coupe a subi d'importants dommages. Mais il faut aussi dire qu'elle était déjà amochée avant d'arriver chez nous.»
Selon le robuste arrière, la base de bois était déjà fendue et les deux figurines manquaient à l'appel. «La coupe a passé la semaine à Montréal, j'ai été le dernier du groupe à l'avoir. Les gars l'ont amené dans les bars, d'autres dans la piscine. Ça n'a pas aidé non plus sauf que c'est ma chute qui a causé les plus importants dommages et je suis responsable pour ça», dit Donnelly, qui offre de payer de sa poche les réparations. «S'il faut que je paie, je n'ai pas de problème. Je suis le responsable. Ce n'est pas à la Ligue canadienne de payer, ni à l'équipe. J'ai d'ailleurs amené la coupe dans un commerce où on répare les trophées pour voir ce qui était possible de faire et je l'ai arrangé du mieux que j'ai pu avant de la remettre à Alexandre Grandmaison...»
Donnelly a aussi pris le temps hier de communiquer avec Gilles Courteau et David Branch, commissaires de la LHJMQ et de la LCH, pour offrir ses excuses. Il se promettait de faire le tour de ses coéquipiers qui ne pourront pas festoyer avec leurs proches en compagnie de leurs invités à cause de cette mésaventure. Hier en fin de soirée, il avait parlé à Vincent Arseneau et Morgan Ellis. «C'est ce qui est le pire là-dedans et je suis vraiment désolé pour eux, Ils sont pénalisés à cause d'un accident chez nous...»
Bien des gens pensent que la sécurité entourant la tournée de la Coupe Memorial devrait être plus importante de façon à contrer les abus. La Coupe Stanley, par exemple, ne se déplace jamais sans son garde du corps. «Ça pourrait aider pour certaines choses, c'est sûr. S'ils ne veulent pas que la coupe se retrouve dans la piscine par exemple, c'est une bonne idée. Mais dans mon cas, ça n'aurait rien changé... Un accident, c'est plate, mais ça arrive», conclut-il.