De gauche à droite on aperçoit le pensionnat de pierres, le pensionnat à tourelles et l'ancienne École normale, qui ne font pas partie du site patrimonial de Trois-Rivières.

Des bâtiments à protéger

On l'appelle familièrement le vieux Trois-Rivières ou encore l'«arrondissement historique», d'après le statut accordé en 1964 via la Loi des monuments historiques. Maintenant «site patrimonial», le territoire en question est présentement soumis à l'étude d'un plan de conservation. Une séance de consultation publique a permis mercredi à divers intervenants dont le directeur du Collège Marie-de-l'Incarnation, Réjean Lemay, de plaider pour l'agrandissement des limites du site.
M. Lemay comptait parmi les quelques personnes qui se sont exprimées lors de l'audience menée par le Conseil du patrimoine culturel du Québec pour le compte du ministère de la Culture et des Communications. Ce conseil a été créé avec l'entrée en vigueur de la Loi sur le patrimoine culturel de 2012, cette même loi qui a renommé «sites patrimoniaux» les «arrondissements historiques», et qui a rendu obligatoire l'établissement de plans de conservation pour les sites patrimoniaux déclarés.
Le directeur du CMI a dénoncé l'exclusion des bâtiments de l'école du périmètre protégé. Le site patrimonial actuel comprend le monastère des Ursulines sur la rue du même nom, mais exclut quatre bâtiments considérés comme un héritage immobilier des Ursulines, soit le pensionnat de pierres de 1836, le pensionnat à tourelles de 1882, l'École normale de 1908 et l'aile du secondaire de 1962.
Ces quatre bâtiments appartiennent au CMI depuis leur cession à la corporation laïque qui gère l'institution scolaire depuis 1996. M. Lemay a fait valoir mercredi l'importance patrimoniale de ces bâtisses, soit pour leurs qualités architecturales, soit pour des détails historiques reliés à leur construction.
«Chacune de ces maisons-là traduit non seulement une histoire des Ursulines à Trois-Rivières, mais s'inscrit également dans l'histoire du Québec», a soutenu le directeur du CMI devant les représentants du CPCQ et du ministère de la Culture. Il a entre autres parlé du parcours et de l'influence de l'abbé François-Xavier Noiseux, qui a dessiné le pensionnat de 1836, pour évoquer le rôle du clergé non seulement dans le développement éducatif, mais aussi dans l'essor économique du Québec.
Il a également évoqué les réticences de Monseigneur Laflèche vis-à-vis l'érection du pensionnat à tourelles en 1882 et des problèmes techniques rencontrés lors de sa construction. Quant à la bâtisse qui a abrité l'École normale dès 1908, M. Lemay a fait référence au «combat» pour pouvoir ouvrir une telle école de formation des éducatrices à Trois-Rivières, alors que les autorités considéraient que les écoles de Québec et de Montréal suffisaient.
Le CMI souhaite que Culture et communications Québec «procède à l'agrandissement du site patrimonial de Trois-Rivières pour y inclure le CMI et accueille favorablement la demande à venir du CMI pour classer l'ensemble des immeubles sur lequel ils sont construits, site patrimonial».
D'autres voix
Soeur Yvette Isabelle et Guy Vachon, du comité Avenir pour le monastère des Ursulines, se sont aussi fait entendre lors de l'audience.
«Il y aurait lieu à notre avis d'actualiser le périmètre du site patrimonial pour inclure le CMI ainsi que le pensionnat de pierres et le pensionnat à tourelles du CMI», a formulé soeur Isabelle après avoir parlé de l'importance de la préservation du monastère qui lui, est déjà inclus dans le périmètre.
«En raison de la diminution progressive du nombre de ses membres, notre communauté prévoit se départir d'ici quelques années de la partie donnant directement sur la rue des Ursulines et abritant la chapelle, le musée des Ursulines et la crypte où reposent plus de 300 sépultures. Notre communauté souhaite léguer cet immeuble à la collectivité pour un usage public associé à l'éducation, à la culture ou aux arts», a ajouté la religieuse en précisant que la Ville de Trois-Rivières et le ministère de la Culture ne souhaitaient pas acquérir le monastère.
L'archéologue Louis Gilbert a lui aussi plaidé pour l'agrandissement du site patrimonial vers le CMI, question de favoriser les opportunités de fouilles. M. Gilbert est d'avis que le potentiel archéologique de cette zone devrait être exploré.
Les menaces
Le directeur général du CMI croit qu'un agrandissement du périmètre du site patrimonial qui inclurait les bâtiments de son école contribuerait à contrer deux «menaces». À plus ou moins long terme, il craint que le développement de Trois-Rivières sur Saint-Laurent ne provoque un phénomène de spéculation dans le secteur.
«Si le Collège cessait ses activités, on n'a pas d'assurance que notre site ne soit vendu pour un autre type d'usage. Il faut assurément protéger les édifices qui sont actuellement la propriété du CMI d'une éventuelle spéculation si on devait mettre un terme à nos opérations», insiste M. Lemay.
L'autre «menace» est celle du temps. Le directeur du CMI a mentionné les coûts d'entretien des bâtisses en jeu. Il a rappelé qu'en tant qu'institution privée, son école ne pouvait bénéficier de financement public pour l'entretien des édifices.
Le classement des bâtisses et/ou du site élargirait le soutien financier auquel aurait droit l'école pour entretenir ses vieux bâtiments.
Les personnes et organismes intéressés par les enjeux en cause ont jusqu'à la fin de janvier pour soumettre un mémoire au Conseil du patrimoine culturel du Québec.
On peut consulter le Plan de conservation du site patrimonial de Trois-Rivières au www.cpcq.gouv.qc.ca ou à la bibliothèque Gatien-Lapointe.