En 2013, le nombre de travailleurs est passé de 23 000 à 21 200 à Shawinigan.

Découragement, vieillissement, décrochage...

Bien peu de personnes s'attardent au taux d'activité dans les enquêtes sur la population active de Statistique Canada et pourtant, il s'agit d'un indice révélateur de l'état d'esprit et de la disponibilité de la main-d'oeuvre.
En Mauricie, cet indicateur s'établissait à 60,8 % en 2003. Depuis dix ans, le taux d'activité baisse constamment, de façon un peu plus brutale depuis 2011.
Avec cet élément en tête, la direction régionale d'Emploi Québec ne se laisse pas berner par la baisse du taux de chômage, qui est passé de 9,7 % en 2012 à 9,4 % l'an dernier.
«Cette amélioration s'explique essentiellement par un retrait de la population active plus prononcé que la diminution de l'emploi observée», note-t-elle. «En fait, s'il y a moins de gens en chômage, c'est parce que la participation au marché du travail a décru.»
Cette perte de confiance peut être attribuable à divers facteurs. Frédéric Laurin, professeur en économie à l'Université du Québec à Trois-Rivières, comprend bien qu'un travailleur en usine qui perd son boulot à 52 ans ne soit guère intéressé à entreprendre une nouvelle carrière.
«C'est excessivement compliqué», convient-il. «Il y a donc des gens qui se découragent. Il y a aussi beaucoup de décrochage scolaire dans toutes les régions du Québec, dont en Mauricie. Les jeunes ne trouvent pas d'emploi et ils arrêtent de chercher.»
Le vieillissement de la population entre aussi dans l'équation qui influence le taux d'activité. Le marché du travail perd de la main-d'oeuvre avec les retraites de plus en plus massives des baby-boomers.
À la direction régionale d'Emploi-Québec, ce phénomène est présenté comme une opportunité. Encore une fois, dans ses perspectives 2012-2016, elle prévoit que 23 300 postes devront être pourvus en Mauricie dans cet horizon et 90 % d'entre eux seront libérés par des départs à la retraite. Il s'agit toutefois d'une analyse macroéconomique puisque dans la pratique, les départs ne sont pas systématiquement remplacés.
Selon l'Institut de la statistique du Québec, d'ici 2021, seules les tranches de population de 60 ans et plus afficheront une croissance vraiment significative. Il s'agit de l'une des conséquences de l'accroissement naturel observé dans la région au cours des dernières années. En effet, depuis 2001, il meurt annuellement plus de personnes qu'il en naît en Mauricie.
Par contre, la région accueille plus d'individus qu'elle n'en perd, autant dans la migration interrégionale qu'internationale. Pour le moment, ce facteur demeure marginal. En 2011-2012, ce solde positif ne s'élevait qu'à 747 individus. Il faut aussi mentionner que la migration interprovinciale demeure négative dans la région, d'une centaine de personnes par année.
Un espace économique
Compte tenu de tous ces éléments, M. Laurin s'attend à ce que la Mauricie se débatte avec des taux d'activité très bas pour encore un bon bout de temps, à moins d'assister à une mobilisation régionale digne de ce nom. L'an dernier, le député de Saint-Maurice, Luc Trudel, invitait d'ailleurs les décideurs à «se mettre les yeux devant les trous» en analysant le marché de l'emploi.
Le professeur martèle qu'il faudra une stratégie cohérente d'entrepreneuriat, qui ferait tomber les barrières entre les villes du territoire. D'ailleurs, il constate que la décision des chambres de commerce de Trois-Rivières et de Bécancour d'annuler leur mobilisation pour FerroAtlántica afin de ne pas nuire aux négociations en cours avec Shawinigan constitue un trop rare signal de solidarité régionale.
«On voit que des choses bougent», s'encourage-t-il. «Mais il faut aller un peu plus loin en terme de planification régionale. La diversification implique trop de domaines différents: la formation de la main-d'oeuvre, l'innovation, l'exportation, le financement d'entreprise, le décrochage scolaire... Il n'y a pas d'autorité régionale avec des compétences aussi larges. Les juridictions sont beaucoup plus locales. Quant à la Conférence régionale des élus, c'est plus politique qu'opérationnel.»
«Il n'y a pas de vraie politique de développement régional au Québec», résume M. Laurin. «C'est toujours le même problème: il n'y a pas de réponses régionales aux problèmes régionaux. On n'a que des maires et des CLD qui essaient de se débrouiller. On aurait un effet de levier beaucoup plus grand si on pensait les choses sur une échelle économique. Il faudrait donc un mécanisme de coordination régionale, incluant Bécancour, pour faire en sorte que le processus de diversification réussisse.»
Quelques définitions
Taux de chômage: Proportion de personnes en chômage par rapport à la population active.
Taux d'activité: Proportion de personnes faisant partie de la population active par rapport à la population âgée de 15 ans et plus. Les personnes actives sont celles qui travaillent ou qui sont en chômage, donc qui se cherchent un emploi.
Taux d'emploi: Proportion de personnes occupées par rapport à la population âgée de 15 ans et plus.