Producteur, interprète et réalisateur de son tout dernier film intitulé J'espère que tu vas bien 2, qui arrive en salle vendredi, David La Haye explore de nouveaux sentiers pour la création dans le cinéma québécois.

David La Haye: faire du cinéma autrement

L'audace n'a jamais manqué à David La Haye. Dans ses projets artistiques comme dans ses projets d'affaires, le comédien, réalisateur, producteur fonce tête baissée avec conviction. Il présente aujourd'hui un bel exemple de cette attitude avec son film J'espère que tu vas bien 2, la seconde mouture d'un projet apparemment casse-gueule qui vient remettre en question beaucoup de pratiques dans le monde du cinéma.
J'espère que tu vas bien 2 est basé sur une idée simple mais culottée: faire un long-métrage en un seul plan-séquence de quelque 90 minutes mettant en vedette des comédiens qui improvisent leur rôle devant la caméra.
Ainsi, on retrouve Marie-Chantal Perron et Sylvie Moreau que croise David La Haye sur le Mont Royal par un après-midi d'été mais Dave, en concordance avec le premier film de la série, est handicapé par un traumatisme crânien qui l'a rendu inapte à jouer de sorte qu'il est sans-abri.
Marie-Chantal s'offre pour l'aider en le ramenant chez elle pour qu'il puisse prendre une douche avant son rendez-vous galant prévu pour le soir. À la maison, Dave sera plongé dans le tumulte d'un couple en crise.
Malgré l'approche pour le moins singulière et apparemment casse-cou, le résultat est étonnamment cohérent. Le film cache pratiquement ses limites inhérentes pour n'être qu'une histoire racontée par David La Haye, réalisateur, et des interprètes très impliqués dans la trame narrative qu'ils inventent devant la caméra.
«Pour moi, c'est une histoire d'entraide, dit La Haye. Si on ne s'aide pas les uns les autres, on est voué à l'échec. Je vois Marie-Chantal comme une métaphore du Québec, toujours prête à aider. Par contre, elle a ses propres crises dans sa vie et elle arrive à un point de rupture à force de s'oublier pour se consacrer au bien-être des autres.»
«Techniquement, ça donne un film très naturel et ça oblige les acteurs à une écoute et une présence exceptionnelle non seulement entre eux mais également par rapport au directeur photo qui improvise lui aussi avec sa caméra.»
Son mode de réalisation n'est pas la seule singularité du projet. Ses limites ont été notamment commandées par ses moyens financiers: le film a été fait avec seulement 30 000 $. C'est l'expérimentation d'un moyen alternatif de production hors du système établi. Une bonne partie du financement vient de commanditaires privés et le tiers du budget relève du sociofinancement, une pratique encore marginale ici mais mieux établie aux États-Unis ou en France, par exemple. Des gens du grand public ont participé en offrant 20 $ avec la seule garantie de recevoir un DVD de l'oeuvre en retour.
«Le système de production au Québec repose essentiellement sur l'argent public avec deux grands bailleurs de fonds qui n'ont pas les mêmes critères pour juger les scénarios qui servent à décider à qui va l'argent, explique le producteur. Je pense qu'on pourrait se tourner davantage vers le financement privé comme ça se fait ailleurs. Le seul fait de tourner ce film sans argent public, c'est une prise de position. Ça en fait un film politique.»
«C'est une niche pour oeuvres à très petits budgets dont les créateurs n'ont pas à s'assurer que leur film va plaire au plus grand public pour obtenir l'argent pour le tourner.»
J'espère que tu vas bien 2 est lancé vendredi dans sept salles à travers le Québec dont au Cinéma Fleur de Lys, à Trois-Rivières. C'est avec les revenus de ces projections que David La Haye espère recouvrer l'argent investi de sa poche dans cette production, et ce, sans les budgets promotionnels des productions réalisées avec des millions.