Jacques Brouillette

Dans les chiffres par-dessus la tête

Depuis 1978, Jacques Brouillette est statisticien au hockey. Des chiffres, il en mange. Et il n'est pas le seul, car les siens sont dévorés et analysés par les entraîneurs, les journalistes et les adeptes de notre sport national.
Devenir statisticien lui a permis de rester en contact avec un sport qu'il n'a pu percer comme joueur. «C'est pour l'amour du sport. J'aurais aimé jouer, mais je n'avais pas assez de talent. J'ai commencé à m'impliquer avec des amis qui étaient entraîneurs et qui me faisaient prendre leurs statistiques», se rappelle-t-il.
Après s'être fait la main avec les Barons du Cap, une ouverture s'est présentée du côté des Draveurs de Trois-Rivières en 1978. Il a ainsi vécu les grosses années de Michel Bergeron à la barre de l'équipe.
«Il y avait Ron Racette à Shawinigan. C'était des grosses équipes, de grandes rivalités, et la foule était enflammée. Les gens faisaient la file une semaine avant un match pour obtenir des billets. J'ai vu passer beaucoup de bons joueurs qui ont fait carrière dans la Ligue nationale, comme Mario Lemieux, Luc Robitaille, Vincent Damphousse, Guy Carbonneau, Patrick Roy, Pierre Turgeon et Denis Savard», énumère-t-il.
En 1986, quand il a obtenu sa permanence à l'UQTR, l'occasion de devenir le statisticien des Patriotes (hockey) lui a été offerte. Et il en est ainsi depuis 27 ans. Il est arrivé alors que la formation universitaire était en plein renouveau. Il a donc connu les années de Clément Jodoin, Dany Dubé et, plus récemment, Jacques Laporte. Là encore, il a pu être témoin de grands moments avec cette équipe.
«Depuis 1984, elle cumule 18 participations au Championnat canadien dont six en finales et quatre titres canadiens.» En plus, sa première année avec les Patriotes a coïncidé avec le premier championnat canadien de l'équipe, en 1987. Puis, il y a eu ceux de 1991, 2001 et 2003.
De 1988 à 1994, il a également été statisticien aux matchs locaux du Canadien de Montréal. Durant ces années, il a gravi les échelons. Si bien que les archives de la LNH renferment des «feuilles de stats» qui portent sa signature. «Ce qui indique que c'est moi qui étais statisticien en chef lors de ces parties-là», précise-t-il.
Cette période a aussi apporté son lot d'expériences hors de l'ordinaire. «Le soir que le Canadien a gagné la coupe Stanley contre les Kings de Los Angeles en 1993, c'est mon nom qui apparaît sur la feuille de stats.» Il a aussi vécu de près le week-end des étoiles, la même année. «La signature sur la feuille de stats, c'est la mienne.»
Dans la vie, M. Brouillette travaille au service de l'imprimerie de l'UQTR. Il y a cinq ans, il a succédé à Gerry Rochon, l'encyclopédie vivante du hockey, quand ce dernier a pris sa retraite. «J'ai une bonne mémoire, mais pas autant que Gerry», note-t-il. Ce qui ne l'empêche pas d'avoir des chiffres et des données plein la tête.
Assurément, M. Brouillette retire une grande satisfaction de sa contribution au sport. «Je regarde les joueurs qui réussissent dans leurs études et sur la glace: c'est quelque chose. Il y a des gens qui s'impliquent, pour les soutenir, les encourager. C'est utile, c'est nécessaire.»
Si le fruit de son travail représente une source d'information des plus importantes pour les entraîneurs, une bonne partie de son labeur se retrouve dans les sommaires du Nouvelliste et tombe sous la loupe des journalistes. «Quand ils cherchent une information, ils m'appellent. J'ai eu une belle complicité avec les entraîneurs, mais également avec les gens des médias.» Il y a aussi les amateurs qui aiment décortiquer ses statistiques et y aller de leur interprétation de gérants d'estrade.
Au fil des ans, notre Tête d'affiche a reçu la bague de championnat pour chacun des quatre titres remportés par les Patriotes: une source de fierté pour lui. «Je pense qu'ils sont reconnaissants, qu'on fait aussi partie de l'équipe. Je suis privilégié parce que je suis le seul membre de l'organisation des Patriotes qui a eu les quatre bagues de championnat.»
Vous pouvez entendre l'entrevue avec notre Tête d'affiche dans l'émission matinale Chez nous le matin, animée par Frédéric Laflamme, au 96,5 FM, entre 6 h et 9 h, ainsi que le reportage présenté au Téléjournal Mauricie du dimanche.