Sophie Milette, nouvelle présidente de la Coopérative de solidarité santé de Saint-Boniface.

Coop santé de Saint-Boniface: la longue marche vers la stabilité

À sa première séance régulière en 2014, le conseil municipal de Saint-Boniface adoptait une résolution qui donnait un nouvel indice de la situation précaire que vivait encore la coopérative de solidarité santé.
À ce moment, les élus décidaient de suspendre le bail de location et les frais inhérents de l'organisme, pour une période de temps indéterminée. Dans son préambule, la résolution faisait état des «difficultés financières de la coop santé» et qu'en conséquence, «il y a lieu d'apporter une aide financière ponctuelle».
On ne pourra jamais accuser la Municipalité de Saint-Boniface de ne pas avoir soutenu cette coopérative. Les contribuables y ont versé 0,01 $ par tranche de 100 $ d'évaluation en 2007, 2008 et 2010, permettant à l'organisme de recueillir 65 000 $. Le bail de cette partie de l'immeuble de la rue Langevin contenait déjà des conditions de location fort avantageuses pour la coopérative. Ce contrat initial de trois ans, qui prend fin en août et qui sera reconduit, ne prévoyait que des frais mensuels de 158,33 $.
Depuis le début de 2014, la Municipalité absorbe aussi les frais d'électricité du local de plus ou moins 5000 $ par année. Elle étire aussi l'élastique pour le paiement des taxes municipales de 1400 $.
Ces efforts répondaient évidemment à une situation critique. La contribution des membres constitue normalement le pain et le beurre d'une coopérative. Mais compte tenu du fait qu'une faible proportion des coopérants peut consulter l'une des deux médecins qui pratiquent dans ces locaux, le versement de cette cotisation devient de plus en plus aléatoire.
«Ce sont des mesures temporaires», assure le maire, Claude Caron. «Les gens comprennent qu'on ne peut pas tordre le bras des médecins pour leur demander de venir à Saint-Boniface! On n'a pas de contrôle là-dessus.»
Longue attente
Les premiers balbutiements de cette coopérative de santé remontent à 2005. L'arrivée des médecins s'est longtemps fait attendre, au grand dam de l'ex-président du conseil d'administration, André Caron. Ce dernier ne comprenait pas pourquoi Saint-Boniface passait toujours sous le radar du Plan régional d'effectifs médicaux, qui détermine, à chaque automne, le nombre de médecins assignés à une région.
La coopérative envoie ses premiers signaux de détresse au début de l'année 2012. Au départ, l'organisme souhaitait baser son modèle sur celui de Saint-Étienne-des-Grès, en exigeant simplement une part sociale de 50 $ à ses membres. Dorénavant, ces derniers devront aussi verser une cotisation annuelle de 50 $.
Au même moment, les docteures Véronique Caya et Samiha Poudrier acceptent de venir pratiquer à Saint-Boniface, où elles habitent. Mais comme elles emmènent leurs patients de Sainte-Thècle avec elles, très peu de membres fondateurs de la coopérative, une cinquantaine tout au plus, sont pris en charge par les nouveaux médecins.
Au printemps 2013, alors que la contribution annuelle passe à 60 $, André Caron doit lancer un appel pour demander aux membres de continuer à payer leur cotisation pour permettre à la coopérative de survivre. À ce moment, moins de 40 % des coopérants le font.
M. Caron quittera finalement la présidence au cours de l'été. Il sera remplacé par Guy Laperrière, un ex-directeur de centre jeunesse dans la région de Lanaudière qui croit beaucoup au modèle de groupe de médecine de famille.
Petit problème toutefois: les docteurs Caya et Poudrier montrent peu d'ouverture à court terme pour devenir un GMF ou un satellite de Saint-Étienne-des-Grès, une possibilité maintes fois évoquée au fil des années. Élu conseiller municipal en novembre 2013, M. Laperrière démissionna de son poste de président de la coopérative de santé en février dernier. Il confiait alors que sa vision pour attirer les médecins divergeait de celle de l'ensemble du conseil d'administration.
Pendant ce temps, la cotisation exigée aux membres est passée à 70 $ en 2014. En date du 13 juin, à peine 752 des 3515 membres l'ont payée, dont près de la moitié sont âgés de moins de 18 ans. Dans cette tranche d'âge, les frais annuels sont établis à 20 $.
Malgré tout, seulement 344 personnes ont demandé un remboursement de leur part sociale de 50 $. La grande majorité des dossiers demeurent donc actifs, mais visiblement en attente.
«C'est correct dans les circonstances», s'encourage la nouvelle présidente, Sophie Milette, qui a accepté de relever le défi après quatre mois de flottement à la tête de la coopérative.
«On ne pourrait pas espérer beaucoup plus actuellement. On veut que les gens gardent confiance. Que pensez-vous qu'il va se produire le jour où nous annoncerons l'arrivée d'un nouveau médecin? Les membres vont payer leur cotisation.»
Pour le moment, la priorité consiste à rendre la clinique attrayante pour séduire les professionnels de la santé et assurer une stabilité.
«On va d'abord s'arranger pour rester en vie», résume Mme Milette. «Quand nous aurons plus de médecins, on sait que les gens reviendront.»