Sur son album Mi Ricordo, Marco Calliari s'est réapproprié 11 chansons québécoises en les traduisant en italien et en les revisitant musicalement.

Classiques québécois... en italien!

La bienséance de Plume Latraverse ou La Manic de Georges Dor en italien? Pourquoi pas! Entre l'hymne (très joual) au bon ragoût de Plume et la poésie mélancolique de Georges Dor, Marco Calliari propose une sorte d'hommage à la chanson québécoise sur son quatrième album, Mi Ricordo, traduction de la devise «Je me souviens».
La genèse du concept du disque remonte à une commande reçue par Marco Calliari pour traduire Dixie en italien dans le cadre d'un hommage à Serge Fiori en 2006. «Au lancement de l'album, j'ai rencontré Fiori et il s'est mis à pleurer dans mes bras tellement il était content et ému de la version de Dixie, qui lui rappelait l'époque de l'orchestre de son père Georges», raconte le chanteur italo-québécois qui a également traduit Le petit bonheur de Félix Leclerc en 2008, aussi pour un hommage.
Après trois albums dans la langue de Dante, dont deux de compositions et un d'interprétations de titres du répertoire italien, l'artiste montréalais a mis en branle son projet de disque de versions de succès québécois traduits et revisités. On est loin du style karaoke, ici, où des artistes reproduisent plutôt fidèlement la trame musicale des chansons qu'ils reprennent.
Avec ses collaborateurs, Marco Calliari s'est permis de réarranger certaines pièces d'une manière étonnante. Par exemple, J'ai rencontré l'homme de ma vie, de Diane Dufresne, est reprise avec un seul accompagnement de contrebasse en compagnie du duo voix et contrebasse Musica Nuda (Petra Magoni et Ferrucio Ceri). Déjà que la traduction en italien apporte une nouvelle couleur à la chanson, son délicat dépouillement instrumental jazz en optimise la distinction.
Le chanteur québécois a aussi invité une autre formation italienne, le quatuor Matti delle Giuncaie, pour interpréter Y'a pas grand-chose dans l'ciel à soir de Paul Piché.
«À l'automne 2012, les gars sont venus ici et je leur ai dit que j'aurais le goût de travailler une chanson avec eux, en tenant compte de leur style. Ils jouent des guitares et de la mandoline, et le rythme est fait avec un tambour typiquement d'Italie», explique Marco Calliari en parlant de cette version italianisée d'une façon surprenante.
L'Italien Peppe Voltarelli se joint à Marco Calliari pour La bienséance de Plume Latraverse, tandis que Louise Forestier reprend auprès de lui la moitié qu'elle formait avec Robert Charlebois sur Lindberg.
Le chanteur québécois s'est par ailleurs approprié Ayoye d'Offenbach, Si j'avais un char de Stephen Faulkner, Julie des Colocs, en plus de titres de La Bolduc, Claude Léveillée et Richard Desjardins. Jouant lui-même de la guitare, de la mandoline et des percussions, le chanteur s'est entouré d'une quinzaine de musiciens qui ajoutent violon, violoncelle, saxophone, trombone, tuba, accordéon et percussions aux chansons. Carlos Araya, l'ex-collègue de Marco Calliari au sein du groupe métal Anonymus, s'intègre aussi à deux pièces.
Avec ce projet, Marco Calliari visait deux buts. «Je voulais ouvrir les oeillères des jeunes Québécois qui ne connaissent pas ces chansons. Je trouve triste que des jeunes dans la vingtaine ne connaissent pas cette musique-là, du Québec. Il y a une fonction d'éducation; je veux leur dire: ça existe, le coeur du Québec est là-dedans. Il n'y a pas juste Ne me quitte pas qui peut être traduite en 100 langues!», commente-t-il.
D'autre part, le Montréalais souhaitait exploiter l'aspect échange avec la culture du pays d'origine de ses parents.
«Je voulais créer un pont avec l'Italie, leur amener quelque chose que moi j'ai appris, et pas eux», formule celui qui avait fait la démarche inverse en s'initiant au répertoire de la musique italienne et en l'interprétant régulièrement au pays de ses ancêtres.