Le TNM présentait au public trifluvien Christine, la reine-garçon. Sur la photo, Céline Bonnier (Christine de Suède) est entourée de Jean-François Casabonne (René Descartes) et Louise Cardinal (Erika Brähe).

Christine, la reine-garçon: l'étonnant destin d'une souveraine

La quête de liberté fut douloureuse pour la jeune Christine de Suède, la menant à s'exiler, à abandonner sa patrie pour espérer devenir maître de son propre destin. Un propos universel qui oppose désir et devoir.
C'est la proposition que fait Michel Marc Bouchard avec Christine, la reine-garçon, une oeuvre inspirée du personnage historique au parcours légendaire, étonnant, trouble et intensément fascinant, qui était présentée dans le cadre des sorties du TNM hier à la salle J.-Antonio-Thompson.Le récit est poignant, déchirant. Dramatique surtout.
Même si on y rit de bon coeur à l'occasion, la détresse, le bouleversement et l'incompréhension transpirent de chaque scène et hantent chaque sous-entendu. L'histoire, magnifiquement ficelée, a l'étoffe d'un classique. Les émotions portent chacun des mots, chacun des gestes de cette envoûtante reine atypique.
Christine de Suède était loin d'être aussi ravissante que Sissi, l'impératrice. Plus masculine que les hommes de son armée, elle avait un physique ingrat, jurait, s'habillait comme un garçon et avait un handicap. On est loin de la belle icône de la royauté autrichienne.
Déchirée entre le savoir et la foi, elle voulait offrir la sophistication à sa patrie et préférait la paix à la guerre. Au grand dam de son entourage qui ne voyait pas les choses du même oeil. Amoureuse de sa servante, elle ne s'intéresse nullement aux relations intimes avec les hommes ce qui alimentera l'avide machine à rumeurs.
Pressée de se marier afin d'offrir un héritier à la couronne, elle choisira d'inviter en son royaume le philosophe français René Descartes qu'elle interrogera sur ce qu'est l'amour et comment peut-on s'en débarrasser. De toutes petites questions de rien du tout!
Céline Bonnier nous ébranle dans le rôle de Christine. Les nuances de son jeu mettent en relief le tiraillement de la jeune reine. La force de sa rage, les entrailles de sa peine, la candeur de son amour, tout est joué dans la finesse, malgré la grossièreté de son personnage. Sa seule faille fut son envolée lyrique finale qu'elle a moins bien rendue.
Le cousin de Christine, Karl Gustav, interprété par David Boutin, est amoureux de sa proche parente. Un amour à la fois sincère et intéressé. Le pauvre se fera piétiner de magistrale façon par la petite dirigeante qui ne veut rien entendre. Il y a, au fil de la pièce, un effet miroir troublant dans leur relation. Les mots prononcés dans la première partie de la pièce sont amusants, mais les mêmes mots lancés en deuxième moitié n'ont pas cette résonance légère, ils vont directement là où ça fait mal.
Aspirant également au trône, le comte Johan Oxenstierna, incarné par Francis Ducharme, tentera par tous les moyens de séduire celle qu'il considère comme sa soeur. Le personnage narcissique fait rire tellement il est pathétique. La scène où il raconte son rêve à Christine pour tenter de la séduire est hilarante... avant de devenir troublante.
Les personnages sont majoritairement durs et austères, tout comme leurs costumes qui sont de véritables pièces de collection. Le décor l'est aussi, en grande partie. L'éclairage à vif, ses fonds gris, ses étoffes noires reflétaient ce carcan étouffant, cette agonie qui plane sur le château d'Uppsala. Des panneaux de draps blancs, servant de trame de fond à l'intimité de la mystérieuse reine Christine, adoucissent l'ambiance pour permettre à la douceur d'éclore maladroitement.
La mise en scène de Serge Denoncourt, natif de Shawinigan, ne faisait pas dans la fioriture. Les personnages vont droit au but sans détour et parcourent la scène de façon linéaire n'ayant que peu d'éléments de décor à utiliser. Tout était généralement impeccable. Généralement. Parce qu'à la toute fin, l'une des draperies se détache, donnant l'impression d'une voile de bateau. Bien que visuellement très beau, ce pan de tissu devient une entrave aux déplacements habituellement si clairs.