Chienne d'histoire

Je ne suis pas fou des chiens, que ce soit ici en Asie ou chez moi à Shawi. Un chien c'est bête, et bête. Inutile et malodorant, toujours le museau mouillé collé à mes parties, bourré de puces et des dents plein la gueule... je ne suis pas fou des chiens.
Sorti de Bangkok, je suis maintenant à Hua Hin, la plus ancienne station balnéaire de Thaïlande. Quatre heures de train, situé à 230 kilomètres au sud de Bangkok, c'est beaucoup plus tranquille ici. Un havre de paix en bordure du Golfe de Thaïlande. Mais il y a encore des chiens fous ici.
Ce soir, soir de pleine lune, c'est pire. En marchant sur le quai des pêcheurs, entre chien et loup, j'ai croisé sur la plage une chorale de clébards. Durant trois à quatre minutes, le temps d'un tube, ils ont jappé et hurlé une mélodie qui restera célèbre dans ma tête de plouc. Ozzy Osborne m'est subitement devenu un chanteur de mielleuses ballades.
Suite à ce joli concert qui roucoulait encore entre mes oreilles et amolissait mon cerveau, j'entre dans une boutique de maillots de plage. Car demain pendant que vous grelotterai en écoutant Météo Média, j'irai me baigner. À l'entrée de la boutique je croise un autre sac à puces. Un blanc, blanc sale. Sans que je ne l'invite, il entre avec moi pour choisir mon maillot. C'est le chien du proprio. Il me jappe, met ses pattes sur moi, renifle le poil de mes jambes. Ne sachant retenir son chien, le patron du paquet de poils à quatre pattes décoré d'une queue a perdu une vente.
Avant de quitter Bangkok, je suis allé vagabonder dans les khlongs. Les khlongs sont ces canaux ou vivent des gens dans des maisons sur pilotis à l'ombrage des gratte-ciel. Des gens vraiment pas fortunés, de pauvres gens. Un genre de Venise de la pauvreté ainsi qu'un paradis pour chiens. Il y avait des chiens partout, probablement le garde-manger ambulant des habitants du quartier.
À marcher sur d'étroits trottoirs entre les canaux, j'ai passé quelques heures à les côtoyer de très près. Je craignais que leurs puces se mettent à jouer à saute-mouton entre eux et mon beau corps. J'avais une humeur de dogue. C'est pas des pauvres que j'ai peur... c'est des chiens!
J'en suis rendu à préférer les rats. Les rats, ils passent vite comme un éclair entre une sortie et une entrée d'égout, et à une distance raisonnable. De véritables sprinters avec leur sac à poubelle sur le dos. Quelquefois, ils font un court arrêt pendant leur sprint. Brièvement, ils lèvent leur joli visage de Mickey Mouse, on se regarde et on se paie mutuellement nos têtes. Et ils repartent aussitôt. Sont rapides et tranquilles. Et ils ont de toutes petites dents.
Récemment à Bagan au Myanmar, alors que je pédalais dans les terres ensemencées de temples et de pagodes, minées de crottes de sales cabots, à un certain moment matinal, j'ai pédalé plus vite. Beaucoup plus vite, mes pneus ont fondu. J'ai accéléré pour traverser de plein front des buissons de chardons et ainsi fuir deux chiens qui m'avaient pris en chasse. J'ai préféré une centaine de chardons collés à mon corps que deux gueules de chiens enchâssées dans mes mollets.
Moi qui ne suis pas friand des tatouages, alors qu'ici, toutes nationalités confondues, il y a un tas de gens barbouillés, je ne veux pas de tattoo de crocs de chien à mes jambes.
Hypocrites, les cabots semblent communiquer entre eux. Couchés au sol, ne faisant qu'un avec le trottoir, ils lèvent discrètement une paupière pour me voir venir. Ils abaissent la paupière pour ouvrir l'autre oeil et piquer un clin d'oeil aux autres collègues collés au pavé. Un clin d'oeil pour leur signifier de surveiller les belles gougounes qui approchent.
Ils m'aiment et je les déteste. Lorsque je quitterai l'Asie, ils seront tous en dépression. Ils vivront une peine d'amour canine collective. Vous surveillerez les bulletins de nouvelles asiatiques, je vous le prédis, ce sera lourd.
Je hais les chiens, je commence à apprécier les rats, et mon signe astrologigue chinois est... le cochon.
Wouf! Wouf! Grouik! Grouik!