La comédie musicale «Chicago» ne propose pas l'histoire la plus palpitante qui soit, mais possède néanmoins les éléments pour nous en jeter plein la vue. À Trois-Rivières, la troupe Les Productions de la 42e Rue en a fait une brillante production.

«Chicago» brille: les Productions de la 42e Rue font honneur à la comédie musicale

Dans une ambiance feutrée de cabaret et sur un long souffle de jazz en fond sonore, la troupe Les Productions de la 42e Rue transporte son public ce week-end dans le Chicago des années 1920, un cadre recréé avec doigté pour donner corps à cette comédie musicale. Le défi n'est pas banal, mais il est ici largement relevé sur le plan du jeu, du chant, de la danse et de la musique, autant d'éléments qui se fondent en un excellent tableau d'ensemble.
C'était soir de première vendredi à la salle Anaïs-Allard-Rousseau de la Maison de la culture et bien difficile celui ou celle qui sera ressorti de là sans s'être laissé convaincre par le travail de cette distribution. À la limite, on peut trouver que l'histoire n'est pas si palpitante et que certaines longueurs peuvent apparaître en cours de soirée par manque de ressorts au fil de la trame, mais qu'ils soient musiciens, chanteurs, danseurs, seconds rôles ou personnages principaux, tous les membres de la distribution font plaisir à voir évoluer et donnent une belle valeur à cette production. 
Prisée sur Broadway depuis 18 ans, «Chicago» nous invite à suivre les pas de Roxy Hart (Catherine Lacerte) et de Velma Kelly (Jessika Munger), deux criminelles notoires qui se disputeront les scènes et l'attention du public. L'une a tué son mari et sa soeur, l'autre a fait de même avec son amant, deux destins qui s'entrecroiseront entre les murs de la prison où elles se disputeront là aussi les privilèges de la gardienne Mama Morton (Mylène Renaud) et les services de Billy Flynn (Philippe Champagne), avocat tordu, mais invincible. En fait, tout le monde est un peu tordu dans ce milieu peuplé de gens passablement plus manipulateurs que sympathiques. 
Or voilà, tous ces personnages sont interprétés de fort belle façon, à commencer par Catherine Lacerte et Jessika Munger, qui incarnent Roxy et Velma. Dans des registres bien différents mais aussi efficaces l'une que l'autre, les deux comédiennes sont polyvalentes à souhait, aussi bien pour manier les nuances dans leur jeu que pour se démarquer en danse et en chanson. 
Et les choses ne se gâtent nullement du côté masculin. Philippe Champagne incarne la suffisance et l'arrogance de son Billy Flynn avec panache alors que Martin Francoeur (collègue au Nouvelliste) nous propose un personnage drôlement touchant en interprétant Amos, le mari trompé et accablé de Roxy. Si les personnages de cet univers ne sont pas très attachants, jusqu'à affaiblir un peu l'intérêt, celui-là vient largement compenser.  
Considérant le degré de difficultés de cette comédie musicale à plusieurs niveaux, on aurait pu craindre aisément que la troupe puisse se heurter à de nombreux écueils, mais non. Au contraire, on parvient plutôt ici à combiner une scénographie élégante sous des éclairages parfaitement feutrés, à proposer des chorégraphies diversifiées, élaborées et bien assumées, le tout sous une mise en scène efficace signée William Lévesque. Quant aux musiciens, on les oublie tellement ils portent la trame sonore de manière harmonieuse. Brillant.
La comédie musicale est présentée de nouveau samedi après-midi à 14 h, samedi soir à 20 h, et dimanche après-midi à 14 h.