Michel Angers, maire de Shawinigan.

Centre de coulée: Michel Angers veut un nouveau vote

Le maire de Shawinigan, Michel Angers, s'invite dans les négociations entourant la ratification d'un premier contrat de travail entre le Syndicat des travailleurs de l'aluminerie Alcan (CSN) et l'entreprise Sotrem. En effet, il prévient que le rejet des offres patronales pourrait non seulement nuire à la poursuite des activités du centre de coulée, mais il compliquerait également les démarches pour la reconversion de l'ensemble du site de l'ancienne aluminerie de Rio Tinto Alcan.
Sans la nommer directement, le maire faisait vraisemblablement allusion à l'implantation de FerroAtlántica à Shawinigan. Les installations de l'ancienne aluminerie constituent la clé pour convaincre la multinationale espagnole d'y établir une usine de silicium et de créer 300 emplois.
Or, des négociations sont déjà bien avancées pour assurer l'approvisionnement en électricité et en eau pour ce nouveau complexe industriel. M. Angers comprend que les syndiqués du centre de coulée ne possédaient pas toutes ces données en tête lorsqu'ils ont décidé de s'élever aussi massivement contre les modifications à leurs conditions de travail, cette semaine.
«Il faut être conscient, aujourd'hui, que le risque -et il est grand- est de tout perdre», prévient M. Angers. «Sotrem est un élément important dans le processus de reconversion de ce site. Il est interrelié avec un autre dossier, sur lequel je travaille depuis plusieurs mois, avec Rio Tinto Alcan. L'enjeu est crucial et je veux que tous en soient conscients.»
Questionné spécifiquement sur les conséquences de ce vote sur le projet FerroAtlántica, le maire s'est esquivé. Sans vouloir mettre sur les épaules des syndiqués la réussite ou l'échec de ce dossier, il a réitéré que les projets industriels destinés à faire revivre les installations du boulevard Saint-Sacrement formaient un tout.
«Quand des entreprises décident de s'installer sur un même site, il y a de la gymnastique à faire. Je travaille plusieurs dossiers à la fois. Quand je mentionne que les projets sont interreliés et que les enjeux sont importants, c'est parce que ça vaut la peine de le spécifier.»
Reprise
M. Angers a visiblement accueilli avec stupéfaction le rejet de la proposition recommandée par l'exécutif syndical, en début de semaine. Les travailleurs se sont prononcés à 65 % contre cette nouvelle convention collective, qui comprenait notamment une compression du taux horaire de plus de 40 % et des modifications importantes au régime de retraite.
Vendredi matin, le maire a convoqué les médias pour demander aux parties impliquées de se rasseoir autour d'une table pour relancer la négociation, même si l'espace semble assez restreint du côté de Sotrem. Dans les conditions actuelles, cette entreprise signifiera tout simplement à Rio Tinto Alcan qu'elle n'est plus intéressée par le centre de coulée et la cinquantaine d'emplois qui y sont rattachés. La réponse doit venir à la mi-avril, quatre mois après avoir signé une entente d'exclusivité pour négocier avec la multinationale. 
Devant ce tableau, le maire, en congé sans solde de Rio Tinto Alcan depuis 2009, invite ses ex-compagnons de travail à reprendre très attentivement l'étude de la proposition. Selon lui, ils ne sont pas impliqués dans un bras de fer traditionnel. Il est convaincu que Rio Tinto Alcan ne possède pas de plan B et que si les négociations échouent avec Sotrem, la Ville se retrouvera avec un centre de coulée vide.
«J'en appelle aux parties de s'asseoir et de se donner une ultime chance», invoque-t-il. «J'en appelle aux employés de bien évaluer la situation.»
Questionné à savoir s'il lui apparaissait délicat, comme maire, de laisser sous-entendre à des syndiqués du secteur privé qu'ils ont commis un erreur, M. Angers apporte une nuance.
«Je ne dis pas qu'ils se sont trompés. En fonction des informations qu'ils ont eues, ces gens se sont dits que Sotrem reviendrait à la table des négociations. Or, le lendemain, ils se sont réveillés et il n'y avait personne. Mon travail de maire n'est pas de leur dire quoi faire, mais de mettre les parties autour de la table. Si, par après, ils décident exactement la même chose, Sotrem partira dans une autre ville.»
En fin d'après-midi, le député sortant du comté de Saint-Maurice et candidat du Parti québécois, Luc Trudel, lançait le même appel aux travailleurs, par voie de communiqué.
«Shawinigan ne peut pas se permettre de perdre un tel dossier», indique-t-il. «Je comprends que les travailleurs doivent digérer cette décision, mais comme intervenant économique, ça donne tellement un mauvais signal. J'espère que la bonne collaboration que les employés ont eue tout au long du processus de fermeture de l'aluminerie va se poursuivre. Si des facteurs émotifs sont venus teintés les discussions, j'espère que nous serons capables, comme communauté, de passer par-dessus ça le plus rapidement possible.»
Que feront les syndiqués?
La poussière retombe tranquillement au centre de coulée de Shawinigan sur le vote pris par les employés en début de semaine. Pour le moment, le président du Syndicat des travailleurs de l'aluminerie Alcan (CSN), Louis-Gérard Dallaire, ne détecte aucun mouvement qui pourrait provoquer la convocation rapide d'une nouvelle assemblée générale sur le même sujet.
Il faut que des membres se manifestent pour reprendre un vote. M. Dallaire mentionne que selon les statuts et règlements du syndicat, une pétition réclamant la reprise de l'assemblée générale constitue le canal privilégié. Un nombre «significatif» de signatures, qu'il n'a pas voulu préciser, devrait être transmis à l'exécutif. Des faits nouveaux devraient aussi justifier cette nouvelle convocation.
«Jusqu'ici, il n'y a pas de matière à tenir une nouvelle assemblée puisqu'il n'y a pas eu de mouvement de la part des travailleurs en ce sens», confie-t-il.
M. Dallaire savait évidemment que le maire de Shawinigan lancerait un appel aux syndiqués, vendredi matin. Il ne s'en offusque pas.
«Le statut de Michel Angers est un peu particulier», fait-il remarquer. «Il possède encore un lien d'emploi avec l'usine, il est encore membre du syndicat. Il peut utiliser son influence, comme maire, pour inviter les parties à se rallier. Compte tenu du moment où on en est rendu, je pense qu'il peut se permettre de faire cela. Ça fait partie de son rôle politique.»
M. Dallaire croit que Rio Tinto Alcan pourrait aussi être mise à contribution dans ce délicat passage, par exemple en assurant l'intégrité des ententes prévues avec les employés qui restent jusqu'aux échéances du 7 août et du 31 décembre.