Rio Tinto Alcan vient de signer une entente exclusive avec le consortium Pluri-Capital et Sotrem qui lui donne l'autorisation de poursuivre ses analyses vers l'acquisition du centre de coulée de Shawinigan.

Centre de coulée: les offres de Sotrem rejetées à 65 %

La centaine de syndiqués toujours à l'emploi du centre de coulée de Rio Tinto Alcan de Shawinigan ont drôlement refroidi les ardeurs du repreneur potentiel, Sotrem, en début de semaine. Au bout d'un intense processus de négociation, les travailleurs ont rejeté à 65 % le nouveau contrat de travail proposé, un verdict qui pourrait mettre fin abruptement aux discussions pour acquérir cette usine.
Le comité exécutif du Syndicat des travailleurs de l'aluminerie Alcan (CSN) avait pourtant recommandé d'accepter cette offre. Le président, Louis-Gérard Dallaire, demeurait toutefois conscient de l'important recul proposé à ses membres sur l'ensemble de leurs conditions de travail.
«On ne s'attendait pas à ce que ça passe fort», convient le porte-parole syndical. «C'est une transition difficile. Mais le rejet, dans cette proportion, est un peu étonnant. C'est le défaut d'avoir voulu aller très vite dans une négociation aussi importante. Il ne faut pas bousculer les gens.»
En fait, le processus de négociation s'est entamé à la fin février et le 18 mars, Sotrem et le syndicat s'entendaient sur la nouvelle convention collective à soumettre aux 121 travailleurs touchés. Le vote s'est déroulé sur deux jours, les 24 et 25 mars. Quatre-vingt-quatre pour cent des membres y ont participé.
Rappelons que Sotrem a signé une entente d'exclusivité avec Rio Tinto Alcan en décembre pour se porter acquéreur du centre de coulée. Pour une période de quatre mois, l'entreprise saguenéenne, associée au consortium Pluri-Capital, peut pousser ses analyses pour acquérir cette usine. La conclusion d'une nouvelle convention collective constitue une pièce maîtresse dans ce casse-tête.
«Je suis très, très déçu du résultat du vote», convient Michel Boudreault, président - directeur général de Sotrem. «L'offre était extrêmement intéressante. C'était de beaucoup supérieur à la moyenne des PME de la Mauricie. Nous nous sommes concentrés sur des salaires similaires et même supérieurs à ce que Sotrem offre au Saguenay.»
Contexte
Les salaires représentent évidemment un gros morceau de cette négociation. Or, l'offre présentée aux syndiqués faisait passer le taux horaire moyen de 38 $ à 22 $, un recul de 42 %.
Les employés devaient laisser tomber leur régime de retraite à prestation déterminée pour passer à une RÉER collectif. Des reculs étaient aussi observés pour certaines primes, mais l'employeur avait accepté que l'ancienneté soit prise en considération pour éviter que les travailleurs recommencent à zéro pour les congés et les vacances, par exemple.
Bien qu'il reconnaisse que ces changements représentaient de bien grosses bouchées à avaler, M. Dallaire croit que la précipitation avec laquelle ces votes ont dû être organisés n'a pas aidé à digérer la pilule. L'employeur souhaitait être fixé le 15 mars, mais les négociations n'étaient même pas terminées à cette date.
«Les délais étaient relativement courts», concède M. Dallaire. «Quand on est en mode intensif, on n'est pas dans l'usine pour rencontrer le monde, pour expliquer pourquoi on recommande telle ou telle affaire. Les gens n'ont pas eu du temps pour cheminer et ça a donné ce résultat.»
Ce contexte particulier fait en sorte que M. Dallaire paraît bien embêté d'identifier pourquoi pratiquement deux membres sur trois ont rejeté ces offres.
«Le vote traduit plein de choses», observe-t-il. «Le temps de préparation a été relativement court. C'est évident que l'aspect salarial ressort aussi, mais il y a une transition à faire d'une multinationale à une PME.»
«Nous avons fait une recommandation de raison et non de coeur», ajoute M. Dallaire. «Ce n'est pas le meilleur des mondes, mais à la limite, ça fait un emploi en attendant autre chose. On trouvait que ça faisait une mesure de transition. Mais les gens ne l'ont pas vu comme ça.»
Par contre, il observe que le résultat du vote a remué certains travailleurs cette semaine, surtout que le rejet n'a provoqué encore aucune contre-proposition.
«En refusant les offres, plusieurs avaient espoir que Sotrem se rassoie», convient M. Dallaire. «Le comité exécutif n'est pas ceux-là. Nous avons bien exprimé, en assemblée générale, que nous ne pensions pas que Sotrem reviendrait cogner à la porte après un rejet.»
En théorie, Sotrem doit donner la conclusion de ses démarches à Rio Tinto Alcan à la mi-avril. Si rien ne bouge, la multinationale continuera à exploiter le centre de coulée jusqu'au 31 décembre. Le 7 août, une nouvelle vague de mises à pied se produira, réduisant ainsi le nombre d'employés autour de 80 jusqu'à la fin de l'année.