Blandine Prévost de Ama Diem et Nicole Poirier, directrice de Carpe Diem.

Carpe Diem: un film pour changer le regard

C'est aujourd'hui que Carpe Diem présentera en première au Ciné Campus les quatre courts-métrages Carpe Diem, un regard, une approche, un combat, de la réalisatrice-vidéaste, Carolane Saint-Pierre.
Vingt-quatre heures auparavant, Nicole Poirier, directrice de Carpe Diem, une ressource pour personnes atteintes de la maladie d'Alzheimer, se promenait caméra en main, en compagnie de Blandine Prévost, jeune ingénieure, atteinte de la maladie et représentante de l'association française Ama Diem (Aime le jour).
Le hasard faisant bien les choses, le lancement de ces courts-métrages arrive dans le contexte des travaux du comité de juristes experts sur la mise en oeuvre des recommandations du rapport Mourir dans la dignité. «Ça tombe pile, car nous, on veut parler de Vivre dans la dignité... jusqu'au bout», ironise Mme Poirier qui a d'ailleurs réclamé une commission parlementaire sur ce thème.
Alors qu'elle se bat depuis plus de 27 ans, sans obtenir de l'aide pour propager l'approche Cape Diem, Mme Poirier a obtenu il y a deux ans une subvention de la ministre des Aînés, Marguerite Blais, dans le cadre du programme Soutien aux initiatives visant le respect des aînés. Elle a servi à la réalisation de ces quatre documentaires qui seront diffusés en différentes occasions: formations, conférences, sensibilisation, etc.
L'objectif: changer le regard. Et pour cela quoi de mieux que l'image. Car sans regard différent, notent Mme Poirier et Mme Prévost, on n'obtiendra rien de plus que ce qui existe actuellement: des mesures d'enfermement et de contention pour les personnes en perte cognitive.
On n'a pas voulu faire des films scolaires, mais montrer que Carpe Diem c'est plus qu'une maison, soit des services à domicile, du militantisme, des participations à des commissions parlementaires, etc. Du combat aussi. Contre l'immobilisme surtout.
«On s'est attardé au regard parce qu'il influence les décisions à partir d'en haut, les institutions, les familles, les voisins. Tant qu'on ne changera pas ce regard-là, on ne fera qu'offrir des réponses conformes à ce regard. Si on pense qu'une personne est démente, le réseau ne va offrir que des réponses en ce sens et si on continue de dire que c'est plus dur pour les proches que pour les personnes malades elles-mêmes, on va tout investir sur les proches en oubliant les personnes touchées.
Nous, on pense que mieux on s'occupe des personnes atteintes, mieux se porteront la famille et les proches aidants. C'est notre angle, au lieu de dire "les personnes atteintes d'Alzheimer coûtent cher, elles vivent trop longtemps''. Parce que c'est comme ça que le gouvernement voit les choses. Et ça fait 27 ans. Ça suffit!»
Dans ces films, on voit évoluer Mme Prévost dans son coin de pays à Grenoble. Elle-même atteinte de la maladie, cette jeune femme joyeuse, à la longue chevelu brune, assiste également au lent déclin de son propre père, confiné dans une ressource d'hébergement mal adaptée. Sa maladie, elle s'en sert pour tenter d'influencer les choses.
Le diagnostic tombé, elle s'est vite interrogée sur son propre avenir, celui de son mari et celui de ses enfants. C'est ainsi qu'elle a trouvé Carpe Diem, au Québec. Son message: «Il y a une vie encore possible avec la maladie. C'est pourquoi c'est vital de changer le regard. Quand mes enfants sont venus à Carpe Diem, ils ont dit: ici, on n'a pas l'impression de gêner.»
Parce qu'à Carpe Diem, la maladie n'a pas gagné.