Assis autour de la table, on aperçoit de gauche à droite les comédiens Louis-Étienne Villeneuve, Steve Bédard, Anthonny Leclerc, Brian Thibodeau et Étienne Bergeron. Debout derrière eux, le comédien Luc Martel.
Assis autour de la table, on aperçoit de gauche à droite les comédiens Louis-Étienne Villeneuve, Steve Bédard, Anthonny Leclerc, Brian Thibodeau et Étienne Bergeron. Debout derrière eux, le comédien Luc Martel.

Biloxi Blues, un exercice difficile

Quand on évoquait le nom de Neil Simon ces dernières années, il me revenait toujours en tête les merveilleux souvenirs de la pièce Yonkers, mise en scène en 2008 par le metteur en scène Martin Francoeur (mon collègue au Nouvelliste), drame diablement touchant qui avait procuré son lot d'émotions et de réflexions au public du Théâtre des Gens de la Place.
Jeudi soir, les spectateurs avaient rendez-vous avec le même auteur, avec le même metteur en scène, ce qui pouvait laisser présager un autre fort agréable moment à la découverte de la comédie dramatique Biloxi Blues.
Le résultat n'est toutefois pas aussi concluant. Difficile de savoir si c'est le manque d'expérience des jeunes comédiens qui a atténué l'efficacité de cette pièce par manque de nuances ou si c'est plutôt le caractère unidimensionnel des personnages qui a mal servi certains d'entre eux, toujours est-il que pendant plus de deux heures trente de spectacle (incluant l'entracte), on parvient difficilement à s'attacher à ce petit bataillon de soldats fraîchement débarqués à Biloxi pour se confronter aux rudesses de la vie militaire.
La soirée nous réserve toutefois un solide coup de coeur pour le comédien Brian Thibodeau qui, dans la peau du petit Juif Epstein, se révèle avec un sérieux aplomb. Quel agréable talent celui-là.
Brian Thibodeau était ce petit comédien qui, déjà dans Yonkers, avait épaté l'auditoire en 2008 du haut de ses 13 ans. Aujourd'hui âgé de 18 ans, il emprunte les traits d'un personnage fort, le seul à s'opposer véritablement aux manoeuvres tyranniques du sergent Toomey (Luc Martel), et il le fait avec un jeu relevé et un dosage intelligent. Jeudi, au soir de première, c'est son personnage qui a provoqué les seuls véritables sourires au sein d'un auditoire très clairsemé, ce qui n'aide en rien l'énergie d'une soirée.
Il faut dire que de prime abord, la pièce en soi n'est pas si intéressante. On n'a pas ici affaire à une histoire qui porte et qui contient les ingrédients pour se fixer à notre mémoire à long terme, mais plutôt à une tranche de vie, celle de jeunes gens un peu grossiers, parfois racistes et généralement immatures qui rêvent de la permission qui leur permettra de fuir l'austérité et de la discipline bête et rustre de leur baraque, et pour cause.
Dans cet esprit, on suit notamment les pas de Eugene M. Jerome, le narrateur de la pièce qui lui, rêve de perdre sa virginité et, si possible, de trouver l'amour. Dans ce profil, le jeune comédien Étienne Bergeron porte une bonne part de la pièce sur ses épaules, un gros mandat qui aurait eu besoin d'une palette de couleurs plus étendue sur le plan du jeu pour incarner véritablement les sentiments proposés et pour éviter le caractère répétitif de sa gestuelle. À des degrés divers, ses collègues font un boulot honnête, sans transcender la scène.
Soulignons toutefois un agréable apport du côté féminin. Même si la présence scénique des deux comédiennes est beaucoup moins importante et exigeante que celle de la distribution masculine, on peut noter le bel aplomb de Mylène Renaud dans le rôle de la prostituée et la candeur rafraîchissante de Samantha Bérubé qui campe une lumineuse et gracieuse Daisy. C'est par cette dernière qu'en deuxième portion de soirée, on visitera une relation un peu plus profonde que les autres, trop peu trop tard.
Ceci dit esthétiquement, la production est vraiment très belle, à commencer par un premier tableau plein de promesses qui offre une superbe composition d'image où l'on présente cinq des six garçons à bord d'un train, tableau que l'on retrouvera aussi à la fin.
Dans l'esprit et dans la trame sonore, la reconstitution de l'époque des années 1940 est bien présentée. Avec un doigté sûr du côté des éclairages, un souci de crédibilité sur le plan des costumes, un rythme efficace et une scénographie réussie dans sa facture complète, le portrait d'ensemble de cette pièce est franchement réussi.
Autant d'éléments de mise en scène qui ne peuvent toutefois compenser pour le reste. À l'issue du spectacle jeudi, les timides applaudissements de l'auditoire tranchaient avec l'ovation debout enthousiaste et chaleureuse de la première de Yonkers. La pièce sera présentée de nouveau ce soir à 20 h, demain à 14 h, de même que jeudi, vendredi et samedi prochains, 20 h, à la salle Anaïs-Allard-Rousseau de la Maison de la culture de Trois-Rivières.