Les jeunes ont envahi le Salon du livre de Trois-Rivières jeudi. Parmi eux, Jean-Xavier et Olivier Paré.

Au Salon, même les jeunes lisent

Si certains d'entre vous croient toujours que les jeunes ne manifestent aucun intérêt pour la lecture, trop absorbés qu'ils sont par les images mouvantes et les jeux vidéos, le 26e Salon du livre de Trois-Rivières a offert une réplique plutôt convaincante lors de sa journée d'ouverture jeudi.
<p>On a procédé à la remise de différents prix lors de la cérémonie d'ouverture du salon en fin d'après-midi, jeudi. De gauche à droite, on retrouve les lauréats Mathieu Croisetière (prix de la nouvelle voix littérature), Jacques Laplante (prix illustration jeunesse), Stella Montreuil (présidente du conseil d'administration du Salon du livre), Mathieu Potvin (prix relève illustration) et Jean Lacombe (prix illustration jeunesse).</p>
<p>À chaque année, la Société Saint-Jean-Baptiste remet des prix pour la qualité du français dans les médias. À gauche, on voit Yannick Denoncourt, animateur au 103,1 FM à Makinongé, lauréat du prix L'oreille enchantée en compagnie d'Olivier Gamelin, de <em>La Galère</em> gagnant du prix Michelle-Roy en presse écrite.</p>
Première salve: les élèves du primaire qui ont envahi de leur sympathique énergie allées et corridors du site du salon. Ils ont manifesté autant d'enthousiasme dans le cadre des différentes activités qui leur étaient spécifiquement destinées (rencontre d'auteur, animation, etc) que dans le magasinage de bouquins.
Si les enfants ne lisent pas, eh bien, ils font illusion avec un talent indéniable. Il fallait les voir faire la file pour obtenir une dédicace, chercher les nouveautés de leur personnage préféré sur les présentoirs ou passer à la caisse avec le grand sourire de ceux qui s'apprêtent à se régaler en rentrant à la maison.
Dans les rencontres avec des bédéistes comme Tristan Demers ou des auteurs comme Amy Lachapelle, ils ont fait preuve de la même réjouissante ferveur tant par leur silence devant les récits des auteurs que par leur bruyante participation pour stimuler l'inspiration d'un dessinateur. Ne pas avoir su que les jeunes ne lisent pas, on aurait vraiment cru qu'ils adorent les livres.
Autre cliché battu en brèche, celui qui veut que les étudiants du niveau collégial ne lisent pas et ne s'intéressent pas à la littérature. Le Combat des livres, disputé en soirée jeudi, a fait l'incontestable démonstration du contraire. Une dizaine d'étudiants, divisés en cinq équipes, avaient à défendre l'une ou l'autre de cinq oeuvres québécoises.
On vous donne les titres parce qu'elles semblaient fort intéressantes: Guano, de Louis Carmain, Mensonges, de Christiane Duchesne, Artéfact, de Carl Leblanc, Nina, de Patrice Lessard et Chanson française, de Sophie Létourneau. Chaque équipe défendait un roman d'abord en le présentant et ensuite en soumettant une argumentation.
Les jeunes ont ainsi parlé de la très belle antithèse à la base du roman de Carl Leblanc entre l'humanité des personnages et la froide cruauté de la guerre dans laquelle ils baignent. D'autres ont défendu les efforts d'esthétique de Nina et de l'expérimentation formelle de l'auteur qui remet ainsi en question l'essence même de la forme romanesque pendant que les opposants critiquaient la forme labyrinthique du récit qui nuisait à la fluidité de la narration. Pour des gens qui, selon certains, ne lisent pas ou n'ont aucun intérêt pour la littérature, c'était quand même pas mal envoyé.
Qui plus est, le débat, contrairement à d'autres dans d'autres domaines, était respectueux et policé. C'est donc possible.
Les jeunes lisent, donc, et les adultes également, même ceux qui s'impliquent dans un processus d'alphabétisation comme a pu le constater Louise Lacoursière. L'auteure trifluvienne a parlé de son troisième tome de La saline et devant l'intérêt des participants pour la chose, s'est étendue sur son processus créatif, ce qui a semblé fasciner les auditeurs. Elle a même incité ses spectateurs à se lancer dans l'expérience de l'écriture en s'armant de persévérance, certes, mais pour mieux récolter tous les profonds bienfaits moraux qu'apporte la création. L'enthousiaste témoignage de Louise Lacoursière était, à lui seul, un puissant argument.
L'ouverture officielle du Salon implique traditionnellement la remise de quelques prix d'importance. Le prix Illustration jeunesse pour un album a été remis à Jacques Laplante, pour 100 enfants imaginent... comment changer le monde et, dans la catégorie du petit roman illustré, à Jean Lacombe pour Monsieur Roboto. Le prix de la relève a été octroyé à Mathieu Potvin pour son ouvrage Ce livre n'est pas un journal intime. Le prix Nouvelles voix de la littérature a couronné le recueil de poésie intitulé Banlieues, de Mathieu Croisetière.
Dans un autre créneau, la Société Saint-Jean-Baptiste procédait elle aussi à des remises de prix. Mentionnons que le Prix Michelle-Roy, en presse écrite, a été remis à Olivier Gamelin, rédacteur en chef de La Galère alors que le prix L'Oreille enchantée pour la presse électronique a été décerné à Yannick Denoncourt, du 103,1 FM à Maskinongé.