Plus tôt cette semaine, Marie-Sol Saint-Onge et Alin Robert ont entrepris la tournée des écoles secondaires de la région dans le cadre des Journées de la persévérance scolaire. Sur la photo, ils sont en présence des élèves du Shawinigan High School.

Au coeur de la persévérance

Marie-Sol Saint-Onge et Alin Robert parlent d'un coup de foudre. Elle avait 16 ans et lui, 19. Dès lors, l'adolescente native de Saint-Hyacinthe et son copain originaire de Nicolet se sont juré de s'aimer pour le meilleur et pour le pire. Le pire est arrivé le 8 mars 2012. Depuis, ils réussissent à en tirer le meilleur.
Marie-Sol et Alin ont entrepris cette semaine la tournée des écoles secondaires de la région dans le cadre des Journées de la persévérance scolaire. Devant des centaines d'adolescents, le couple de Trois-Rivières se livre avec le courage, la franchise et l'humour qu'on lui découvre depuis bientôt deux ans.
Dans la région et partout au Québec, le destin tragique de Marie-Sol Saint-Onge a frappé l'imaginaire. Hospitalisée pour une pneumonie sévère, la femme alors âgée de 34 ans a vu son état de santé se détériorer dangereusement. Victime d'une fulgurante attaque de la bactérie mangeuse de chair, l'artiste peintre et maman de deux garçons a dûêtre amputée des quatre membres.
Alin Robert peut témoigner de chaque instant où Marie-Sol a combattu pour s'extirper des griffes de la mort. Lorsqu'elle a finalement ouvert les yeux, c'était pour les plonger dans ceux de son conjoint. Si l'ennemi juré croyait tout foutre en l'air sur son passage, il s'était trompé de fille, de gars et de maison.
«La persévérance est notre modus operandi et la persévérance, ça s'apprend», a répété Alin Robert devant les élèves du Shawinigan High School, les premiers à recevoir la visite d'un duo aussi sympathique qu'inspirant. Parents, mais aussipédagogues dans l'âme, les deux conférenciers n'ont pas raté l'occasion de partager aux jeunes leur théorie du verre à moitié plein.
Pendant que Marie-Sol luttait pour sa survie, Alin restait à son chevet et s'accrochait au moindre signe d'espoir. C'était ça ou risquer d'être envahi par un sentiment de fatalité.
C'est Alin qui a expliqué à Marie-Sol la raison de tous ces bandages sur son corps qu'elle ne reconnaissait pas. «J'ai tout de suite vu dans son regard que j'étais la même femme et que j'étais toujours aussi importante pour lui. J'ai compris que mon réveil était une incroyable belle nouvelle pour Alin et nosenfants. Je n'ai jamais pensé une seule seconde que j'aurais peut-être dû mourir», affirme Marie-Sol.
À partir de ce moment, la jeune femme s'est concentrée sur l'essentiel: elle était en vie, portée par l'amour de sa famille et les encouragements de milliers d'internautes touchés par son histoire. Tout était encore possible et Alin a été le premierà répéter à Marie-Sol qu'elleallait remarcher et repeindre un jour.
À maintes reprises durant la conférence, le couple a insisté sur l'importance de croire en la puissance d'un état d'esprit positif. Plutôt que de s'effrondrer avec leurs rêves qui venaient de s'écrouler, Marie-Sol et Alin ont cherché des moyens de se relever et d'avancer. Après tout, ces amateurs d'activités de plein air avaient l'habitude de grimper des montagnes.
Marie-Sol a entrepris sa réadaptation avec la détermination de celle qui voulait reprendre le contrôle sur sa vie. Rapidement, la dame a fait sienne les prothèses avec lesquelles elle réussit maintenant à marcher, peindre, s'amuser avec ses enfants et à se construire un avenir avec son éternel complice.
En cette semaine de la persévérance scolaire et à l'occasion aujourd'hui de la Saint-Valentin, l'occasion est trop belle pour se priver de leurs réflexions. À l'école comme dans un couple, des difficultés parsèment la route. Marie-Sol et Alin sont bien placés pour convaincre les élèves et les amoureux de s'accrocher.
Un fort sentiment d'amour réunit Marie-Sol et Alin qui ont écrit leur histoire dans un livre à paraître en mars. L'agression de la bactérie mangeuse de chairest venue confirmer que «les bases étaient solides», soutiennent-ils.
«On nous a dit qu'après l'amputation d'un membre, 80 % des couples se séparent. Sur le coup, on s'est demandé si on devait multiplier cette statistique par quatre!», lance Alin en riant, ce à quoi Marie-Sol rétorque qu'ils sont l'exception qui confirme la règle.
La communication et l'humour ont toujours été au coeur de leur vie. C'est encore plus vrai aujourd'hui.
«J'ai maintenant le droit de faire des blagues de personnes handicapées!», ajoute Alin qui, avec le consentement de Marie-Sol bien entendu, trouve le moyen d'exploiter les situations cocasses de leur quotidien. D'ailleurs, Marie-Sol affirme que sa pince myo-électrique est aussi efficace qu'un étau quand vient le temps de donner un coup de main à son chum de bricoleur. Mieux! Un soir d'Halloween, la maman n'hésite pas à retirer ses prothèses, question de jouer le jeu de ses garçons déguisés en zombies et arracheurs de... bras!
Il ne faudrait pas s'imaginer pour autant que le couple ne vit jamais de la tristesse, des frustrations et de l'inquiétude. Alin n'aura pas toujours 39 ans et la force de transporter sa blonde dans les escaliers.
«Cette pensée nous habite, mais on souhaite que la technologie évolue avec notre âge», soulignent Marie-Sol et Alin qui, une fois de plus, refusent de s'apitoyer et de s'imaginer le pire. Ils préfèrent rester confiants, chercher des solutions, s'adapter et donner le meilleur d'eux-mêmes.