Alain Morrissette aimerait pouvoir se faire entendre par le conseil municipal pour qu'il accepte enfin son projet de sablière.

Arrêt d'un projet de sablière: «C'est un non-sens»

Alain Morrissette ne décolère pas. L'homme d'affaires derrière le projet de sablière dans le secteur Pointe-du-Lac, projet qui a avorté la semaine dernière par rejet du conseil municipal de Trois-Rivières, estime que le conseil a pris une mauvaise décision, basée selon lui sur une grogne populaire qui aurait été alimentée par de fausses informations.
Il reproche notamment au conseiller municipal du secteur, François Bélisle, d'avoir été de mauvaise foi et demande une nouvelle fois à être entendu pour que son projet puisse enfin voir le jour.
Le projet nécessitait un changement au règlement de zonage pour le terrain situé aux abords de la rivière Saint-Charles, entre l'aéroport et le rang Saint-Nicolas. Or, lors de la séance de consultation publique tenue sur le sujet le 17 juin dernier, des dizaines de citoyens, pétition en main, s'étaient présentés afin de manifester leur opposition au projet.
Ces résidents des 6e Rang, 6e Rang Ouest, Rang Saint-Charles ainsi que des utilisateurs du camping Le Corral, craignaient notamment le bruit et l'augmentation importante du trafic lourd dans le secteur, pour ne nommer que ceux-là. Le règlement avait finalement été retiré de l'ordre du jour.
Or, le promoteur est revenu à la charge au courant de l'été avec une autre pétition, cette fois en faveur du projet, et a demandé à ce que le conseil réévalue sa position et que le règlement soit de nouveau soumis aux élus, ce qui fut fait lors de la dernière assemblée du conseil. Mais pour une seconde fois, le projet a été retiré de l'ordre du jour, avec adoption en varia d'une ultime résolution mettant un terme au projet.
M. Morrissette déplore aujourd'hui qu'il n'ait pas eu la chance de se faire entendre, et estime que la décision a été prise sur la base d'informations erronées, notamment véhiculées par le conseiller municipal François Bélisle.
«Je suis repassé faire du porte-à-porte afin de faire signer une nouvelle pétition, celle-là qui expliquait bien mon projet. On a dit des faussetés là-dessus, que j'allais faire 200 voyages par jour, qu'il y aurait des camions comme ça ne se peut pas, que j'allais opérer ma sablière de nuit. Mais quand j'ai pris la peine de m'expliquer avec les gens, il y en a qui avaient signé la première pétition qui ont accepté de signer la mienne et qui sont revenus sur leur décision», explique-t-il.
En consultant la pétition, on constate en effet qu'à 37 reprises, des signatures se recoupent sur l'une et l'autre des pétitions. Ces signatures proviennent toutes d'utilisateurs du camping Le Corral.
«On a pris en considération la première pétition, opposée à mon projet, mais on ne considère pas la mienne, qui a davantage de signatures? C'est un non-sens», constate celui qui déplore ne pas avoir pu rencontrer le conseiller municipal pour lui expliquer son projet.
En effet, selon ses dires, François Bélisle ne se serait tout simplement pas présenté à leur réunion, prévue cet été, lui qui aurait pourtant confirmé sa présence.
«Il y a déjà des sablières en exploitation dans le secteur, et la mienne se retrouverait à près de 3 km du camping. Mon projet n'est pas pire que tous les autres, alors pourquoi me pénaliser comme entrepreneur», indique M. Morrissette, se questionnant sur l'apparence d'une manoeuvre électoraliste de la part du conseiller municipal.
Le promoteur indique désormais devoir engager des frais substantiels pour poursuivre ses démarches dans le dossier, lui qui essuie également des pertes liées à la non-exploitation de l'entreprise pour laquelle il a acquis ce terrain.
François Bélisle réagit
Appelé à réagir aux propos du promoteur, le conseiller François Bélisle explique qu'il a voulu être proactif dans le dossier, lui qui doit traiter depuis le début de son mandat avec les insatisfactions de citoyens liées aux sablières déjà existantes.
«J'ai déjà l'expérience de ce qui se vit sur le rang Saint-Nicolas avec le transport. Lorsqu'un changement de zonage est adopté pour une sablière, la Ville perd ensuite tout moyen de gérance et n'est plus partie prenante de ce qui se passe. 
Tout se décide avec le ministère de l'Environnement et nous n'avons plus aucun pouvoir d'agir. Dans le cas présent, j'ai fait savoir dès le départ mon inconfort avec le projet lors de l'avis de motion et de l'adoption du projet de règlement et que je voulais aussi bien représenter mes citoyens là-dedans», indique-t-il.
C'est donc, selon lui, ce qui s'est produit lors de la consultation publique du 17 juin. «Il y a eu une mobilisation citoyenne, et c'était unanime que les gens étaient en défaveur. Nous n'avons pas pris en compte la pétition qu'ils nous présentaient, nous avons dit que ce serait la consultation publique qui déciderait. Le projet a été expliqué par les fonctionnaires de la Ville et non par un élu. Les citoyens présents étaient tous en défaveur et le conseil, qui est souverain, a choisi d'écouter la population», ajoute-t-il, précisant que le promoteur ne s'était pas présenté à cette consultation publique, pas plus que ses avocats.
M. Bélisle nie par ailleurs ne pas s'être présenté à une rencontre qu'il avait confirmée, mais précise n'avoir été informé de la tenue d'une première rencontre qu'à la toute dernière minute, moment où il ne pouvait pas se libérer. «Nous avions choisi de reporter la rencontre au début du mois d'août et à ce moment, c'est plutôt M. Morrissette qui a annulé cette seconde rencontre», clame-t-il.