Armando Santiago vient de publier son premier roman sous le titre Le centre du monde.

Armando Santiago: de la musique au roman

Pour les jeunes générations actuelles, le nom d'Armando Santiago est celui d'une salle de spectacles du Conservatoire de musique de Trois-Rivières.
Pour ceux qui ont fréquenté cet établissement entre 1968 et 1978, c'est le nom d'un professeur marquant, celui-là même qui a fondé l'orchestre du Conservatoire et qui a encouragé son élève Gilles Bellemare à créer l'Orchestre symphonique de Trois-Rivières, rien de moins.
Aujourd'hui, Armando Santiago conjugue ses statuts de professeur, musicien et compositeur au passé. Au présent, l'homme est plutôt devenu, au fil des dernières années, un homme de lettres, qui vient d'ailleurs de publier son premier roman sous le titre Le centre du monde. Et ce nouvel auteur de 78 ans est actuellement bien concentré sur son prochain.
Armando Santiago habite aujourd'hui Cap-Rouge dans une demeure classique et distinguée, à son image. C'est au deuxième étage que l'homme habite son repaire.
Une pièce meublée de bois, cernée de bibliothèques garnies de bouquins (certains remontant à 1817) et occupée au centre par les objets de ses deux grandes passions: un piano et un imposant bureau présentant trois écrans d'ordinateurs. L'homme y rattrape «le temps perdu».
Dans son Portugal natal, bien avant d'émigrer au Québec, et plus précisément à Trois-Rivières, Armando Santiago avait étudié aussi bien au conservatoire de musique qu'à la faculté des lettres.
Évidemment il a dû choisir, et «ça a été toute une frustration», relate-t-il. «Par émotion, j'ai plongé plus profondément dans la musique. Quand on a 18-19 ans, on vit très intensément et la musique répondait plus profondément à mon univers émotif. Mais j'aimais les lettres....»
En musique, M. Santiago a privilégié la composition et la direction, ce qui l'a mené à l'enseignement au Conservatoire de Trois-Rivières, puis à celui de Québec, jusqu'à ce que la retraite lui permette de recouvrer pleine liberté. «Durant toute ma vie, j'ai lutté contre le problème du temps», note-t-il.
C'est à la retraite que l'appel de l'écriture a refait surface. «J'ai la santé psychique et physique, alors je me suis dit: fais donc!» Et il a écrit, écrit, écrit. «Je ne faisais que ça!»
L'homme a composé allègrement au fil de ces années. «Le centre du monde est le premier que j'ai eu le courage, l'audace de présenter à un éditeur», sourit l'auteur.
M. Santiago privilégiait les éditions L'Instant même et, deux mois plus tard, il recevait une confirmation que son livre serait bel et bien publié.
Le centre du monde
Dans le premier roman de ce grand passionné d'histoire, on a rendez-vous avec la Méditerranée au beau milieu de la période hellénistique, à l'époque d'Alexandre le Grand, période qui l'a toujours fasciné. Mais on visitera aussi, parallèlement, le Portugal des années 50.
On se retrouve d'abord en Alexandrie, en l'an 241 avant Jésus-Christ, là où un vieux sculpteur, Ditàlko, vient de mourir. Son histoire est toutefois consignée sur des rouleaux de papyrus qui seront découverts 2000 ans plus tard.
Laissés dans l'oubli de nouveau, ils seront toutefois retrouvés une deuxième fois, dans la villa d'un riche commerçant du Caire. Appelé à décrypter le tout, c'est un égyptologue à la retraite qui révélera le parcours de Ditàlko, un penseur érudit dont les valeurs et les pensées représentent le coeur de ce livre, tout en faisant la lumière sur ses ancêtres.
En fait, c'est l'histoire de quatre générations d'hommes libres et épris de justice qui sera relatée, dans un bouquin qui nous permet de visiter un passé fascinant, et ce, à travers des intrigues ponctuées de passion et de vengeance.
Pour aider son lecteur à apprivoiser son univers, M. Santiago a ajouté quelques annexes à son ouvrage, dont cinq cartes illustrant l'itinéraire des principaux personnages et leur généalogie. L'auteur ressort de cette expérience avec ravissement.
«J'ai toujours vécu dans le monde de la création, ça a été la même chose. Pendant deux ans et demi, l'écriture m'a nourri autant que la musique.»
Trois-Rivières, sa préférée
Armando Santiago revient régulièrement à Trois-Rivières, une ville qu'il a eu bien du mal à quitter lorsque, en 1978, on l'a muté au Conservatoire de musique de Québec pour y relever de nouveaux défis.
«J'ai passé les dix années les plus extraordinaires et les plus riches de ma vie à Trois-Rivières», s'exclame-t-il dans une affirmation non équivoque.
Trois-Rivières demeure d'autant plus sentimentale à ses yeux que c'est ici qu'il est débarqué du Portugal en 1968. Il avait alors 36 ans et une belle feuille de route derrière lui, ponctuée d'études à Rome et Paris notamment.
C'est d'ailleurs en baignant dans le monde de la musique qu'il a connu le musicien Gilles Lefebvre sur la scène internationale, qui présidait alors les Jeunesses musicales du Canada. Et c'est en côtoyant des Québécois qu'Armando Santiago a formulé le souhait de vivre un jour au Québec.
«Les Portugais se sentent bien là où ils ne sont pas, durant certaines périodes de leur vie. Ils ont besoin de voir et de vivre ailleurs», dit-il, avant de confier qu'il a vécu là-bas sous la dictature de Salazar, avec un père ingénieur qui travaillait pour le gouvernement.
«Le seul endroit où mon père pouvait s'exprimer contre la dictature, c'était à la maison, et j'ai hérité de sa phobie des dictateurs. J'aime un pays libre où l'homme est à l'aise de dire ce qu'il pense.»
Son voeu se réalisa en 1968. Ce jour-là, il reçut un télégramme lui annonçant que le ministère des Affaires culturelles du Québec lui offrait un poste de professeur de composition musicale à Trois-Rivières. «On attend votre réponse», indiquait-on à la fin. L'invitation l'a fait bondir. «Je me suis rendu à l'aéroport pour que le télégramme parte plus vite!»
«Quand je suis arrivé à Trois-Rivières, j'étais jeune, j'avais de l'énergie et, par un heureux hasard, il y avait là une poignée d'étudiants extrêmement doués.»
M. Santiago a enseigné à Johanne Pothier, actuelle directrice du Conservatoire trifluvien, à Pierre Normandin, son prédécesseur, sans oublier Gilles Bellemare, qui allait devenir fondateur de l'OSTR. «Gilles était extraordinaire, c'était une espèce de volcan rempli de talent...»
Mais encore. «Une chose m'a enchanté...» dit-il. «Les jeunes Trifluviens se sentaient entre deux feux entre Québec et Montréal. Il était impossible pour eux qu'il soient moins bons que les étudiants de ces deux villes alors je leur ai dit: ok, vous avez votre homme. Et ça a donné quelque chose d'extraordinaire.»
Pendant des années, les jeunes musiciens trifluviens se sont démarqués sur la scène internationale, incluant une présence sur l'orchestre mondial des Jeunesses musicales. «Ils étaient les meilleurs étudiants du monde!» lance-t-il.
«D'ailleurs quand je suis arrivé à Québec, plus tard, j'ai eu l'audace d'imaginer que je pourrais faire les choses de la même manière. Je me suis trompé rondement. À Québec, ils se sentaient déjà bons...»