Raif Badawi

Arabie saoudite, l'allié aliéné?

Entre la tragédie de la Mecque qui a fait plus de 700 morts, le scandale autour de la nomination de l'ambassadeur saoudien à la Commission des droits de l'Homme de l'ONU et, plus près de nous, le contrat de vente d'armes canadiennes à ce pays, l'Arabie saoudite semble sur tous les fronts. Mais qui est réellement ce géant du Moyen-Orient?
L'ALLIÉ DE L'OCCIDENT
L'Arabie saoudite est une monarchie qui tient son nom de la dynastie Al Saoud, qui l'a fondée. Les membres de cette dynastie sont si nombreux - plusieurs milliers - qu'ils constituent quasiment une caste sociale en soi. L'extrême richesse de cette famille royale est essentiellement basée sur les revenus du pétrole. Quant à son pouvoir sur les habitants du royaume, il est arbitraire et absolu.
Alliée des États-Unis en particulier et des pays occidentaux en général, la pétromonarchie a rejoint fin 2014 la coalition internationale contre l'État islamique (EI), à laquelle participe également le Canada. Érection d'un mur à sa frontière irakienne, renforcement des garde-frontières, engagement militaire au Yémen, la monarchie intervient désormais tous azimuts contre l'EI. Lorsque l'on sait que, autant dans la forme que dans les fonds, les groupes islamistes radicaux, dont l'EI, sont appuyés par la monarchie saoudienne, cette attitude peut paraître bien paradoxale.
UNE MONARCHIE SCHIZOPHRÈNE
Dans les fonds, puisqu'il est prouvé que l'Arabie saoudite a été l'une des principales sources de financement du terrorisme, notamment afin de déstabiliser l'Iran, son grand ennemi chiite. Dans la forme également, puisque ces groupes djihadistes sont des salafistes, mouvement de l'islam qui tire son origine dans le wahhabisme. Ce courant, interprétation très littérale et rigoriste de l'islam sunnite, fait partie des fondements du royaume et influence jusqu'à son système juridique.
Pour justifier son intervention contre l'EI, l'Arabie saoudite s'insurge contre un groupe «agressif et oppressif». Pourtant, alors qu'un Saoudien vient d'être nommé président de la Commission des droits de l'Homme de l'ONU, il est nécessaire de rappeler que ce royaume antidémocratique, où les femmes n'ont pas le droit de vote, affiche un des pires bilans au monde pour ce qui est du respect des droits humains. Châtiments corporels, condamnations à la peine de mort par décapitation publique - depuis le début de l'année, 134 exécutions ont déjà eu lieu: 2015 sera une année record pour les tristes annales pénales de l'Arabie. Les exemples ne manquent pas; il y a moins de deux semaines, le jeune Ali al-Nimr devait être décapité, crucifié et exposé publiquement jusqu'au pourrissement de ses chairs, pour avoir manifesté en 2012, alors qu'il était âgé de 17 ans. Sa sentence a été suspendue à la décision finale du roi, mais le jeune homme risque à tout moment l'exécution de sa peine.
Plusieurs s'étonnent avec raison que les chefs d'États occidentaux ne tarissent pas d'éloges au sujet de leur fidèle allié saoudien. Le Canada se pavoise ainsi d'avoir signé un contrat de vente d'équipement militaire à hauteur de 15 milliards de dollars sur 14 ans. Il semblerait bien que la schizophrénie et la barbarie du royaume saoudien ne dérangent pas les Occidentaux autant que la barbarie des djihadistes de l'EI.
Collaboration: Alice Grinand
Pour en savoir plus: www.cs3r.org