L'humoriste André Sauvé a fait preuve de son énergie coutumière pour se gagner le public trifluvien lors de son spectacle présenté mercredi à la salle Thompson.

André Sauvé: délires névrotiques et énergie indomptable

Plus de 300 représentations d'un premier spectacle n'ont pas été suffisantes pour soulager André Sauvé de ses angoisses existentielles. Être, son second, exploite les mêmes délires et les mêmes questions avec plus d'efficacité encore, au très grand plaisir des quelque 700 spectateurs venus l'entendre à la salle J.-A.-Thompson mercredi soir.
Notez qu'il revient dès jeudi soir au même endroit et qu'on pourra aussi apprécier son spectacle le soir de la Saint-Valentin au Centre des arts de Shawinigan. La Saint-Valentin, ce sera le vendredi 14 février, pour ceux qui l'avaient oublié et qui me doivent de leur éviter un méchant froid dans leur couple.
Ça vaut la peine de revenir sur ces deux représentations trifluviennes qui témoignent d'une popularité étonnante. La dernière fois que j'ai vu André Sauvé en spectacle, c'était en 2008 au Théâtre du cégep, à Trois-Rivières.
Il avait rempli la salle de 450 places mais cinq ans et quelques mois plus tard, il s'attaque avec succès à une salle plus de deux fois plus grande avec deux représentations consécutives. Progression considérable. De plus, le public de mercredi était particulièrement enthousiaste et réceptif à l'humour singulier de l'humoriste. Avec, et peut-être grâce à sa différence, on peut dire qu'il a réellement conquis un public.
On l'a dit et on peut le répéter: André Sauvé a développé un créneau unique et original qui le distingue nettement dans le monde de l'humour au Québec. On lui doit l'humour névrotique et à en juger par Être, le filon est riche et n'est pas près de se tarir. Sauvé est encore inspiré et on le sent plus maître encore de son domaine.
Son corps est encore la base de plusieurs numéros. Il en fait un complet sur le sens des gestes, démontrant par l'absurde comment les gestes doivent être en accord avec la parole pour donner un sens.
Préoccupé par la notion de conscience de soi, il raconte l'anecdote d'une publicité de café dans laquelle on lui demandait simplement de boire une gorgée du précieux breuvage et qui l'a entraîné dans une spirale névrotique parce qu'il a pris conscience des gestes que cela implique alors qu'il l'avait toujours fait de façon machinale auparavant.
Comme on le voit, les propos de Sauvé reposent souvent sur peu de choses. Humour intelligent? Oui, il y a une certaine réflexion derrière ses textes mais on doit aussi dire qu'elle ne va pas bien loin; on reste au niveau de l'anecdote. Son plus grand mérite reste d'aborder des propos que les autres humoristes n'oseraient soutenir.
Sa grande force réside dans des textes bien écrits, une structure de spectacle solide et une interprétation impeccable. Évidemment, ça fait quelques mois qu'il promène son spectacle mais il reste que Sauvé maîtrise parfaitement ses textes et la technique pour les rendre.
Même quand le débit accélère au delà du raisonnable, il tient le rythme. On sent qu'il a énormément travaillé. Et il travaille encore beaucoup lors de chaque représentation. Quelle énergie. Il se donne sans compter et de plusieurs façons. C'est souvent carrément physique mais c'est également, à l'occasion, dans des délires verbaux.
Il propose un numéro avec pour seul prétexte, un cours de bricolage de cabanes à moineaux. La seule présentation des outils ou des planches nécessaires à la fabrication l'entraîne dans des délires inimaginables au débit complètement fou. Le public a beaucoup apprécié la performance.
À ce titre, on ne peut guère identifier de numéro qui tombe à plat. Le spectacle est mené rondement, sans temps mort. Et comme les sujets évoqués sont, le plus souvent, des prétextes à parler de nos travers et à lancer ses élucubrations cérébrales, les numéros se ressemblent.
Un numéro tranche sur les autres, c'est celui qui ouvre la seconde partie du spectacle alors que l'humoriste se présente à Dieu comme le représentant de la race humaine pour demander des explications sur son travail au moment de la création. Belle idée. «Il est écrit que vous avez créé le monde en six jours et qu'au septième, vous vous êtes reposé, dit l'humoriste au Créateur. Me semble que vous auriez pu rentrer le septième jour pour corriger quelques affaires.»
À en juger par la réaction du public mercredi, Sauvé, lui, n'a plus rien à corriger dans Être.