Le Stéphanois Alexandre Landry expérimente une nouvelle facette de son métier avec le succès que lui a apporté le film Gabrielle. Il n'en garde pas moins les deux pieds sur terre.

Alexandre Landry: la passion des rencontres

La gloire est souvent éphémère et l'omniprésence du Web qui vous crée la renommée instantanément pour l'effacer tout aussi rapidement ne fait certes rien pour atténuer le phénomène.
Pourtant, Alexandre Landry, dont le talent a explosé dans le film Gabrielle en 2013, flotte encore dans le tourbillon de son succès, quatre mois après la sortie du film. «Un beau petit tourbillon», s'empresse-t-il de préciser.
«Il y a encore une certaine effervescence parce que bien que le film arrive au bout de sa carrière en salles, il va être lancé sous son format DVD dès février et puis, il y a les prix Jutra et Genie qui s'en viennent, explique le comédien. Encore cette semaine, je vais participer à deux événements en compagnie de Gabrielle (Marion-Rivard, sa partenaire dans le film). Il y a encore de belles répercussions pour moi: c'est une très belle vitrine et comme c'est un projet que j'affectionne particulièrement, ça me fait toujours plaisir d'en parler.»
On comprend que la promotion fait partie de son travail pourtant, il est très clair que ce projet a une résonance très spéciale et personnelle pour lui.
«Travailler avec des gens souffrant de déficience intellectuelle qui apprivoisaient le cinéma avec un autre oeil, une autre sensibilité, ç'a été extrêmement enrichissant. J'ai énormément appris de Gabrielle elle-même. C'est une personne tellement authentique, j'ai été privilégié de la côtoyer sur le tournage comme en entrevues par la suite. C'est une fille qui n'a pas de filtre, elle dit simplement ce qu'elle pense. Pour nous qui sommes habitués de jouer dans notre travail comme dans la vie, c'est très inspirant, très beau.»
L'année 2013 a valu au jeune comédien plusieurs voyages dans le cadre de la projection du film dans divers festivals de cinéma internationaux et des prix d'interprétation dans trois événements en Europe. Les voyages sont cependant terminés pour l'instant. Plus que les prix, Alexandre Landry retient de l'expérience l'apprentissage offert par les regards nouveaux portés sur l'oeuvre par des gens de cultures différentes.
«En France, par exemple, le public a été très impressionné par l'ouverture d'esprit de Louise Archambault qui présente la vie sexuelle d'une personne déficiente intellectuelle comme quelque chose de simple et normal. Ils ont beaucoup apprécié cette approche.»
Bien chez soi
Au terme de l'intense battage médiatique qui a entouré le succès du film, le comédien de 27 ans a particulièrement goûté son retour en Mauricie pendant les Fêtes, histoire de reprendre pied dans la réalité.
«Je retourne régulièrement chez mes parents, à Saint-Étienne-des-Grès, parce que ça me fait beaucoup de bien. Ça fait une dizaine d'années que je suis établi à Montréal mais je n'ai jamais perdu le besoin de retrouver la chaleur humaine particulière que je connais dans mon patelin. Saint-Étienne, ça reste ma base. Je retiens une citation de Tom Waits qui dit à peu près ceci: "Quitte la campagne avant de devenir mou, quitte la ville avant de devenir dur." Ça s'applique bien à moi, je trouve. J'ai toujours été à la recherche d'un équilibre entre les deux et j'ai l'impression que je le vis présentement assez bien.»
Dans ses voyages, cependant, il a beaucoup apprécié d'être plongé dans d'autres cultures, ce qui lui offrait un autre regard sur lui-même. Même sa soudaine popularité lui a été bénéfique.
«Je n'ai pas l'impression que les gens ont changé dans leur rapport avec moi. J'ai l'impression que si ça arrive à quelqu'un, c'est plutôt parce qu'il a lui-même changé. Je trouve que ma petite popularité est agréable à vivre.»
«Vous savez, poursuit-il du même souffle, ce qui m'intéresse d'abord et avant tout dans ce métier, ce sont les rencontres. La popularité est arrivée et je ne cours vraiment pas après mais je me suis aperçu que ça augmentait les possibilités de rencontres. Les gens viennent davantage à moi parce qu'ils ont été émus ou qu'ils ont partagé quelque chose avec mon personnage dans le film alors, ils se sentent souvent à l'aise de venir me le dire. Ce sont de belles rencontres et en même temps, une façon pour eux de me dire qu'ils ont apprécié mon travail.»
Quand on lui demande d'offrir une évaluation de son propre travail dans Gabrielle, il réfère, encore, à sa partenaire du film.
«Gabrielle dit ouvertement et sans fausse modestie qu'elle est fière de ce qu'elle a fait et je trouve qu'on se refuse trop souvent à le dire. C'est vrai: je suis fier de mon travail dans ce film. On a créé une vraie belle communion, Gabrielle et moi. Elle m'a fait briller, d'une certaine façon.»
«Et on a donné à des personnes handicapées un accès au cinéma: je trouve ça bien.»
<p>En Gabrielle Mario-Rivard, sa partenaire dans le film <em>Gabrielle</em>, Alexandre Landry a trouvé une personne inspirante dont il admire la spontanéité et la franchise.</p>
Des envies tous azimuts
Un succès comme celui qu'a connu Gabrielle pourrait difficilement ne pas avoir de conséquences positives sur la carrière d'Alexandre Landry. «Déjà, les producteurs du Bye Bye ne m'auraient sûrement pas demandé d'y participer sans ça», rigole-t-il.
«C'est vrai qu'il y a eu quelques offres. Seulement, dans le monde du cinéma, ça peut être très long avant que des projets se concrétisent, quand ils se concrétisent. C'est pour ça que je ne peux rien confirmer pour l'instant; on est dans l'attente. J'ai quand même eu l'impression que ça m'avait peut-être ouvert quelques portes pour des auditions. Ce que je peux dire, c'est que les offres sont davantage du côté du cinéma. J'ai d'ailleurs signé avec un agent en France mais ce ne sont que les premiers pas d'un très long chemin à parcourir.»
«Je ne sais pas si je serais comblé si ma carrière devait ne se faire qu'au cinéma. J'aime beaucoup ce médium mais j'aime aussi que mon travail se fasse aussi bien à la télévision, qu'au théâtre et au cinéma jusqu'ici. J'ai envie de faire tellement de choses, même en dehors de l'interprétation. Il y a tant de beaux métiers.»
Il avoue même un faible pour la culture maraîchère. Mais côté artistique, il a découvert le rôle de producteur dans un projet Web intitulé Changer le monde et dans lequel, lui et trois collègues ont tourné leur caméra vers le public en proposant des choses incongrues mais positives à des inconnus.
Par exemple, demander à deux étrangers, inconnus l'un pour l'autre, de partager une bonne nouvelle qu'ils ont eue dans leur journée.
«C'est très simple mais ça a donné des moments magiques impossibles à écrire d'avance. Le projet tient simplement à l'idée d'amener du positif dans le monde. C'est exactement le contraire du cynisme. Ça marche bien, mais là, on a besoin de financement pour poursuivre et améliorer ce projet qui n'était, au départ, qu'une expérience. Ça me plaît énormément.»
Alexandre Landry au cinéma
2013 - L'amour au temps de la guerre civile
- réalisateur: Rodrigue Jean
2012 - Gabrielle
- réalisateur: Louise Archambault
- Valois du meilleur acteur au festival du film francophone d'Angoulême (France) 2013
- Prix du meilleur acteur au Festival international du film de Gijón (Espagne) 2013
- Prix Jean-Claude Jean pour le meilleur espoir 2013 au Festival canadien de Dieppe (France) 2013
2012 - Apasmara
(court métrage)
- réalisateur: Alexandre Murray
2011 - La peur de l'eau
- réalisateur: Gabriel Pelletier