Adis Simidzija a annoncé mardi qu'il se présentait à la mairie contre Yves Lévesque lors des prochaines élections municipales.

Adis Simidzija brigue la mairie de Trois-Rivières

Un premier adversaire pour Yves Lévesque dans la prochaine course à la mairie s'est dévoilé mardi. Auteur et intervenant en itinérance, Adis Simidzija, 28 ans, propose «une alternative de gauche» à ce qu'il considère comme une politique trop «institutionnelle».
Ayant fui la Bosnie-Herzégovine avec sa mère et son frère, Adis Simidzija est arrivé à Trois-Rivières en 1998 comme réfugié. Après avoir complété son primaire à l'école Saint-Philippe et son secondaire aux Pionniers, il a poursuivi son parcours académique en sociologie à l'Université du Québec à Montréal.
À la fin de 2015, il a publié le livre Confessions d'un enfant du 21e siècle, et a par la suite fondé l'organisme à but non lucratif «Des livres et des réfugiés», qui vise à favoriser l'intégration sociale et scolaire d'enfants réfugiés.
Adis Simidzija est conscient de son inexpérience en politique, mais il propose justement de pratiquer une sorte de politique non ancrée dans la structure, mais plutôt dans les préoccupations des citoyens.
«Je suis la politique depuis très longtemps. J'ai fait des études en sociologie, je suis interpellé par les questions sociales, politiques, économiques, etc. Je me suis exilé à Montréal pendant plus de sept ans avant de revenir à Trois-Rivières et je trouvais que ça faisait pitié cette politique trifluvienne, où le maire Yves Lévesque règne sur la ville depuis 2001 et que personne ne s'oppose très sérieusement à lui», n'hésite-t-il pas à affirmer.
M. Simidzija dénonce particulièrement les «projets extravagants» promus et menés par l'administration Lévesque. Le candidat croit que le débat et les priorités devraient être recentrés vers l'humain et s'éloigner des infrastructures. Il s'oppose également aux groupes qu'il qualifie d'élites politiques et économiques et souhaite amener un vent de fraîcheur à Trois-Rivières.
«La politique ce n'est pas qu'institutionnel. La politique ça se passe dans les usines, dans la rue, dans les foyers, et pas juste dans les institutions. Je veux amener quelque chose de nouveau, amener une approche beaucoup plus démocratique», détaille-t-il en prenant comme exemples certaines approches européennes de démocratie semidirecte, où l'avis de la population est pris en considération dans le développement de projets impliquant des fonds publics. 
Adis Simidzija ne mâche pas ses mots pour décrier certaines initiatives en marche à Trois-Rivières. «Prenons le colisée. À quoi va servir un colisée à part gonfler l'ego de notre maire? Aussi, il y a l'agrandissement du centre des congrès pour attirer l'élite économique; mais on n'a pas besoin de l'élite économique, il y en a déjà assez au Québec!» 
«Ceux et celles à qui on doit tendre la main ce sont les travailleurs de rue, les travailleurs dans le communautaire, les travailleurs de shops. Mon frère travaille dans une PME à Trois-Rivières et on s'entend qu'au Québec en général, et à Trois-Rivières c'est encore plus vrai, ce sont des PME qui emploient les gens. Ce ne sont pas les grosses élites financières», observe-t-il.
«Je veux m'opposer à ça. J'offre une alternative de gauche, mais sans tomber dans le populisme crasse où on crache sur les gens. Il faut réfléchir intelligemment sur les questions des élites.»
Parmi ses priorités, s'il était élu maire, M. Simidzija voudrait améliorer le sort des travailleurs. Il croit qu'il faudrait s'attaquer au taux de chômage plutôt que de se préoccuper d'investir dans des infrastructures.
Il préconiserait aussi un plus grand intérêt pour les ressources communautaires. «On va agrandir le centre des congrès pendant que les locaux du SANA (Service d'accueil des nouveaux arrivants) sont très petits et que l'organisme fait un travail extraordinaire», donne-t-il comme exemple.
Enfin, un élément fondamental dans les préoccupations du candidat serait la création de plus de logements sociaux. «On a en a besoin, c'est criant. Si on veut attirer des jeunes à Trois-Rivières ce n'est pas avec des condos sur le bord du fleuve», illustre-t-il. Le candidat se perçoit comme réaliste en affirmant: «On veut faire de Trois-Rivières une grande métropole glamour. Ça n'arrivera pas.»
Et Jean-François Aubin?
Le conseiller Jean-François Aubin est présentement en processus de décision quant à savoir s'il se présentera à la mairie. L'annonce de la candidature d'Adis Simidzija l'a «un peu surpris».
«J'avais entendu plusieurs noms circuler, mais pas le sien. Je vais tenter de le rejoindre pour voir sa perspective, les raisons pour lesquelles il se présente. Tout événement est à tenir en compte dans ma réflexion», indique M. Aubin, qui prévoit communiquer sa décision dans environ deux semaines.
De son côté, même si certaines de leurs idées se rejoignent, M. Simidzija croit «aller plus loin» que Jean-François Aubin.
«Je n'exclus pas de lui tendre la main, on peut s'entendre sur des éléments. Je pense que M. Aubin remet en question les décisions de M. Lévesque, mais il fait quand même partie d'un certain cadre institutionnel qui n'apportera pas beaucoup de changement. Je ne veux pas le critiquer sans avoir pris connaissance de ses propositions et de ses positions précises. Moi je m'en prends au maire Lévesque parce qu'essentiellement il est mon adversaire principal», conclut-il.
Pour sa part, le maire Lévesque a été avare de commentaires concernant l'arrivée d'un premier adversaire à l'élection du mois de novembre.
«Il a le droit de se présenter. C'est la démocratie.»
Avec la collaboration de Martin Lafrenière