Jeannette Lavallée Renaud

75 ans de bénévolat sans fausse note

Née dans une famille de 14 enfants, dont douze étaient musiciens, Jeannette Lavallée Renaud a appris le piano dès l'âge de 10 ans sous l'égide attentionnée de soeur Sainte-Cécile à Lac-aux-Sables. Nous étions en 1936 et, depuis, son apostolat musical n'a cessé de croître pour le bien-être d'autrui. Car si la musique l'a aidée à traverser les inévitables vicissitudes de la vie, c'est au bénéfice des autres qu'elle a toujours fait rebondir ses doigts sur les touches blanches et noires du clavier.
Mme Lavallée Renaud n'est pas qu'une pianiste accomplie, elle est de surcroît une bénévole dévouée depuis plus de 75 ans. Le piano lui fournit un prétexte à répandre autour d'elle l'harmonie du bonheur. Chaque jour elle investit son talent et son humanisme au profit des personnes vulnérables et esseulées. Aujourd'hui âgée de 88 ans, elle fait toujours virevolter gratuitement ses notes dans les églises et les résidences de la région à raison de 30 heures par semaine. «La musique, avoue-t-elle, c'est la chose la plus merveilleuse au monde.»
Qu'est-ce qui motive cette mère de dix enfants à chevaucher la gamme pour égayer la vie des autres? «Mon bénévolat a toujours marché avec la foi et la musique», souligne celle qui, à l'instar de Beethoven, pianote avec souplesse malgré une surdité partielle. Et Dieu n'est pas étranger à l'inspiration qui l'anime. 
«Le Seigneur m'a beaucoup aimée. Je suis très pieuse et très religieuse. Toute ma vie est faite de dons.» Ce n'est pas pour rien que Mme Lavallée Renaud est souvent perçue comme un ange lorsqu'elle apparaît dans les résidences avec un clavier sous son aile. Et rien ne pourrait l'empêcher de faire résonner les cordes...du coeur. Malgré les nombreux décès de proches qui parsèment son passé, elle a toujours trouvé son chemin de Damas sur une partition.
«Pour moi la musique c'est une continuité. Comme la mort. La mort c'est de la joie, ce n'est pas de la peine. La musique est un cadeau de la vie. Elle existe pour consoler et pour aider à vivre. Voilà le principe qui a guidé mon bénévolat. Si on n'a pas la musique, on ne vit pas.»
Mme Lavallée Renaud est toujours demeurée fidèle aux préceptes d'Apollon, dieu grec du chant, de la musique, mais aussi de la guérison. L'harmonie est omnisciente dans la vie de celle qui en retransmet les bienfaits aux autres. «Je n'ai pas eu une vie normale, moi, car tout était rapport à la musique. En 75 ans, j'ai manqué une seule messe de minuit, à la naissance d'un de mes garçons. Sinon j'étais assise au piano.»
Depuis 1936, Mme Lavallée Renaud cumule les expériences de bénévolat dans un tempo allegro. Mais c'est en 1993 que sa carrière de musicienne-bénévole s'envole à tire-d'aile. Pianiste dans la chorale des Joyeux élans, elle répand son chant d'allégresse dans les centres d'hébergement pour personnes âgées de Trois-Rivières et de Nicolet, alternant les 168 airs d'antan de son répertoire.
Puis, en 1996, elle forme avec Henri-Paul et Thérèse Ébacher un choeur de musique profane et religieuse avec les enfants de la paroisse Saint-Eugène et part à la conquête des laissés-pour-compte qui habitent dans les résidences de taille modeste.
«J'ai toujours préféré jouer dans les petites résidences, car les gens y vivent dans la grosse solitude. Ils sont prisonniers de leur corps. Moi, dans mon optique de vie, je trouve ça triste, mais en même temps extraordinaire que des personnes puissent survivre dans un milieu sans joie. Lorsque j'arrive avec ma musique, les gens adorent ça. Je sème la joie et l'amour chez chacun d'eux. Parfois on me dit que c'est comme si le bon Dieu débarquait! La musique apporte le bonheur aux personnes âgées qui sont seules. Au lieu de parler de leurs maladies et de leurs bobos, on chante. Pensez bien que pour les gens d'un certain âge, les enfants sont de véritables lumières.»
«Mme Lavallée Renaud est une femme disponible, dévouée, endurante. Elle possède une patience angélique, souligne Kathleen Leguë, préposée à la résidence Sainte-Famille où habite Mme Lavallée Renaud. Quand elle n'est pas là, il manque quelque chose.»