Le beau temps du mois de septembre a permis aux producteurs de vin de sauver leur récolte malgré un printemps frais et pluvieux.

Vignobles: «Trois semaines en or!»

Les producteurs de vin de la région respirent un peu plus à leur aise depuis quelques jours. Après avoir craint le pire en raison du temps frais et pluvieux du printemps, ils auront finalement droit à une bonne récolte, cadeau de Dame Nature qui a étiré l'été avec des températures particulièrement chaudes.
La vague de chaleur qui a déferlé sur le Québec au cours des dernières semaines permettra aux producteurs d'avoir une récolte de raisins qui sera comparable à celles des années précédentes, et ce, autant en quantité qu'en qualité. Les cuvées 2017 provenant des terroirs centricois et mauricien devraient donc être intéressantes.
«Ce sont trois semaines en or que nous avons! On dirait que l'été commence enfin. Ça nous a permis de rattraper pas mal le retard que nous avions pris. En raison de la pluie, le raisin se gorge d'eau et non de sucre. Ça fait un raisin un peu plus dilué.
Mais avec les trois dernières semaines ça sera moins pire, mais il y aura quand même un peu plus d'eau dans le raisin qu'à l'habitude. Nous aurons cependant quand même une belle récolte car il y a beaucoup de fruits dans certaines variétés de vignes», explique Vincent Sylvestre, horticulteur au Domaine Gélinas de Saint-Sévère.
Pour sa part, le propriétaire du Vignoble Riparia, Rémi Martel, envisage que les fruits qu'il récoltera sur ses vignes dans les prochaines semaines n'auront rien à envier à ceux des années précédentes. Le vigneron implanté à Saint-Wenceslas au Centre-du-Québec avoue cependant qu'il n'aurait pas pu tenir un discours similaire à la fin du mois d'août.
«Les vignes ont pris plus de temps à décoller au printemps et le raisin était encore très acide à la fin août. Mais toute la chaleur du mois de septembre nous permettra d'avoir un raisin beaucoup moins acide. Nous aurons donc de bons vins cette année», prévoit M. Martel.
Ce revirement positif de situation n'est pas exclusif à la région. Les vignerons implantés dans d'autres régions du Québec en bénéficient également.
«Cette année, il a plu et il a fait froid. On a eu les deux pires facteurs. On a vu qu'on avait perdu quelques grains, mais finalement, la récolte est là. Une journée à 30 degrés en septembre, ça vaut trois, quatre journées au printemps. Ça a fait changer complètement le raisin», indique Charles-Henri Decoussergues, copropriétaire et vigneron du Vignoble de l'Orpailleur à Dunham, en Estrie.
Le vigneron s'attend à une «belle récolte» qui se situe dans la moyenne des six dernières années.
Yvan Quirion, président de l'Association des vignerons du Québec et lui-même vigneron au Domaine St-Jacques en Montérégie, confirme qu'il s'agit d'une bonne année de production et que tous les membres de son association «sont assez contents».
«Ça a été une année de défis, une année exceptionnelle par rapport aux dix, quinze années dernières. C'est une année assez particulière», a-t-il affirmé en entrevue.
Champignons ravageurs
Mais il a fallu «travailler plus fort et être plus chirurgical» pour protéger les vignes, qui peuvent être rongées par des champignons.
Ce fut le cas du Domaine des 3 moulins, à Neuville, dans la région de Québec, qui a été «beaucoup» affecté par la pluie, selon l'un des propriétaires, Pio Bégin. Des champignons se sont développés sur les feuilles des vignes et ont nui à la production du vignoble, a-t-il regretté.
Les températures chaudes de la fin de l'été ont aidé les grappes en santé, mais pour les autres il était déjà trop tard, a-t-il dit.
«Quand la maladie s'installe, elle est difficile à éradiquer», a ajouté M. Quirion, qui se désole que certains producteurs aient été «malchanceux».
«Tout le monde travaille fort, c'est plus de la malchance (...) S'il y a du vent, et que t'es mal placé par rapport au vent et par rapport à où est le foyer de maladie, ça peut contaminer tout le vignoble.»
Accélérer les vendanges
Le temps particulièrement chaud de septembre a également bousculé l'agenda de nombreux vignerons qui prévoyaient récolter leurs raisins plus tard cette année.
«On pensait avoir une vendange plus tardive qui s'échelonnerait sur quatre, cinq semaines, et là ça semble plutôt s'accélérer et réduire le temps à deux ou trois semaines», a indiqué Yvan Quirion.
Charles-Henri Decoussergues a dû embaucher plus de gens récemment pour commencer le travail plus tôt.
«Les chaleurs des dernières semaines font en sorte que les sucres se bâtissent plus rapidement et que les acidités chutent. Une chance, on avait des acidités assez élevées à la fin août, et là elles commencent à être des niveaux plus normaux», a expliqué M. Quirion.
Avec La Presse canadienne