Cette scène de conflit qui perdure depuis près de trois ans à l’usine Delastek pourrait être chose du passé prochainement.

Vers la fin du conflit chez Delastek

Près de trois ans après son déclenchement, la grève chez Delastek pourrait prendre fin bientôt avec les décisions rendues par le Tribunal administratif du Travail (TAT) en faveur du syndicat. Car le propriétaire Claude Lessard entend respecter le verdict relatif aux briseurs de grève et aux congédiements.

«Comme je l’avais annoncé, je respecterais le jugement et c’est ce que je vais faire. J’espère un retour au travail rapidement», a indiqué au Nouvelliste le président de l’entreprise.
Pour Unifor, il n’y a d’ailleurs plus de raison à invoquer pour retarder le règlement de ce dossier. «On avait une entente afin de régler nos différends en arbitrage. Seule la question du protocole de retour au travail achoppait puisque l’employeur attendait la décision du TAT. Maintenant que nous l’avons, il ne reste plus qu’une chose à faire à Delastek, c’est d’accepter le protocole préapprouvé par les membres d’Unifor et la grève est réglée», a commenté le directeur québécois d’Unifor, Renaud Gagné.

«Après un tel conflit, il faudra mettre en place des mesures pour rebâtir les relations de travail, nous aurons probablement besoin des services de médiation du ministère du Travail, mais commençons par le régler», renchérit-il.

Dans les deux jugements rendus vendredi par le TAT, Unifor a obtenu gain de cause. Dans la première, les plaintes pour congédiements illégaux ont été accueillies et dans l’autre, le tribunal a conclu que Delastek recourait aux services de briseurs de grève.

«C’est une grande victoire pour nous. Les jugements sont sans équivoques alors que les congédiements sont annulés et que la présence de briseurs de grève a été constatée. Il est maintenant temps de régler ce conflit, de respecter les règles et d’aller de l’avant», a déclaré Renaud Gagné.

La première décision a donc accueilli les plaintes déposées par 20 membres, dont les trois dirigeants de la section locale, en ordonnant l’annulation pure et simple des congédiements. Ainsi, Delastek n’a pas réussi à faire la démonstration, comme les règles de droit lui imposent, que les coupures d’emplois reposaient sur une cause juste et suffisante.
Le tribunal indique même au paragraphe 109 de la décision: «Dans le cadre de négociation de conditions de travail qui perdurent, le fait de procéder à l’abolition de postes après plus de deux ans d’une grève toujours en cours alors que cette mesure ne pourra être mise en vigueur avant le retour au travail des salariés et que ce geste permet d’éviter l’application d’une convention collective à être conclue révèle sans contredit une négociation faite de mauvaise foi».

L’autre décision conclue notamment que l’entreprise Delastek a eu recours à 15 briseurs de grève et ordonne à l’employeur de ne plus les prendre à son service pour effectuer du travail qui relève de l’unité. «Le tribunal va encore plus loin en ordonnant à l’entreprise de permettre une visite par jour pour la durée du conflit à deux représentants de la section locale 1209 d’Unifor, et ce, dès qu’ils se présentent à l’usine», a expliqué M. Gagné. Le tribunal justifie cette ordonnance exceptionnelle en raison des contraventions répétées que Delastek a effectuées aux dispositions anti-briseur de grève du Code du travail.

En grève depuis le 1er avril 2015, la section locale 1209 d’Unifor compte une quarantaine de membres. Le 15 janvier dernier, en assemblée générale, les grévistes avaient accepté à 94 % le plan de retour au travail soumis par leur comité de négociation tout en rejetant le protocole proposé par l’employeur à 97 %. Depuis ce temps, c’était l’impasse, l’employeur disant attendre cette fameuse décision sur les congédiements avant de bouger.

Déclenché le 1er avril 2015, le plus long conflit de travail en cours au Québec pourrait bien connaître un dénouement avant son troisième anniversaire.