Bac brun ou nouvelle technologie? La Régie devra choisir.

Une technologie à la place des bacs bruns?

TROIS-RIVIÈRES — Comme bien des citoyens, le maire de Trois-Rivières, Yves Lévesque, n’a pas vraiment hâte de faire de la place, chez lui, au fameux bac brun, le troisième de la collection après le bac à déchets et le bac à récupération.

À l’occasion de la prochaine réunion de la Régie de gestion des matières résiduelles de la Mauricie, en mai, le maire de Trois-Rivières veut donc discuter d’une alternative qui lui semble très prometteuse. Il s’agit d’une technologie créée par une entreprise de Québec appelée Waste Robotics qui a mis au point, l’an dernier, un robot capable de trier les matières compostables à même le contenu du bac à déchets.

Rappelons que d’ici 2020, les municipalités n’auront plus le droit d’enfouir les matières organiques compostables comme les rognures de gazon, les déchets de table et les feuilles mortes. Pour la plupart des villes, le tri de ces matières implique la distribution de bacs bruns aux citoyens de même que la collecte de ces matières et leur traitement qui serait sous forme de compostage dans la région.

La seule implantation du bac brun coûtera 3,5 millions $ à la région, indique le maire Yves Lévesque

Le président de la Régie de gestion des matières résiduelles de la Mauricie, Michel Angers, connaît bien cette alternative dont parle le maire Lévesque. «J’ai déjà rencontré les gens de Waste Robotics à quelques reprises», dit-il. «Est-ce que les robots fonctionnent? Oui, mais il y a beaucoup plus» à considérer, fait-il valoir.

Les camions remplis de nos déchets domestiques arrivent par centaines chaque jour au LET de Saint-Étienne-des-Grès. Ils sont pesés à l’entrée du LET et sont acheminés ensuite vers une cellule d’enfouissement pour y décharger leur contenu. Avec une solution robotisée, le maire Angers voit déjà l’immense bâtiment de réception qu’il faudrait construire.

«À la quantité de déchets que l’on a à traiter, ce n’est pas un robot, mais sept robots qu’on devrait avoir. Imaginez-vous la ligne qu’on devrait avoir et le lieu de réception comme tel. Imaginez le bâtiment dont on aurait besoin pour entreposer temporairement les déchets qui sont appelés à être triés par sept lignes», explique le maire Angers.

Le porte-parole de Waste Robotics, Michel Laforest, indique qu’on évalue à seulement quatre le nombre de robots qui seraient nécessaires pour une ville de la taille de Québec. Il est donc clair qu’il en faudrait encore moins pour la Mauricie, fait-il valoir.

«Une fois qu’on aura trié ces éléments-là, il faudra un endroit pour recevoir la partie compostable. Ça prend de l’équipement pour charger et décharger tout ça», explique le président de la RGMRM.

Michel Laforest estime que de toute façon, il faudra des installations spéciales pour accueillir les matières compostables.

La Régie, indique le maire Angers, opte plutôt pour le tri à la source que fera chaque citoyen en prenant l’habitude de mettre ses matières putrescibles dans le bac brun quotidiennement. M. Laforest, lui, indique qu’avec sa technologie, les citoyens auront le même tri à la source à faire. Là n’est donc pas la question, estime-t-il.

La seule implantation du bac brun coûtera 3,5 millions $ à la région, indique le maire Lévesque. «À Trois-Rivières, nous avons 1200 kilomètres de route», dit-il. Le transport des matières coûte environ 1 million $ par année, ajoute-t-il.

M. Lévesque indique qu’avec la technologie de Waste Robotics, on met nos matières compostables dans un sac spécial que l’on place dans le bac à déchets.

«Le bac à déchets peut prendre nos matières compostables puisqu’elles sont déjà dedans actuellement», plaide-t-il.

Yves Lévesque estime que la solution robotique est beaucoup moins polluante et moins coûteuse sur le long terme. Elle éviterait, selon lui, la création d’un troisième circuit de collecte. «Les coûts évités sont énormes», estime Michel Laforest.

«La technologie est intéressante», reconnaît Michel Angers. «C’est tout ce qui entoure ça», plaide-t-il, qui pose problème.

La Régie et le conseil d’administration ont tous deux reçu la présentation de Waste Robotics, mais le maire Angers indique que malgré tout, «on va refaire nos devoirs», assure-t-il.

La Ville de Trois-Rivières étant un partenaire majeur, «ça vaut la peine de bien expliquer les enjeux. On va prendre le temps, avec M. Lévesque, de bien expliquer les choses. On va tenter de lui apporter toutes les réponses à ses questions», assure le président.

Notons qu’Innovation et développement économique Trois-Rivières vient tout juste d’accorder un prêt de 150 000 $ à cette entreprise provenant du Fonds local d’investissement.

Le directeur général d’IDE Trois-Rivières, Mario De Tilly, indique qu’il s’agit d’une aide pour la phase de commercialisation du produit de Waste Robotics et l’amélioration continue de la technologie, le produit ayant un potentiel international. Le site de fabrication du produit est situé à Trois-Rivières. On peut comprendre que la Régie soit un peu chatouilleuse face à ce genre de nouveauté technologique.

En 2006, elle s’était lancée dans la production de biogaz issu de ses cellules d’enfouissement, une technologie nouvelle mal maîtrisée, à ce moment-là, qui a connu d’importants ratés et qui aura coûté à la Régie un procès très long et une condamnation de 1,3 million $ en faveur de l’entreprise Les Serres du Saint-Laurent.