La saison des sucres a été tardive et peu productive pour plusieurs acériculteurs de la région.

Une saison des sucres écourtée par le rude hiver

TROIS-RIVIÈRES — La production agricole a toujours été soumise aux aléas de la météo et du climat. C’est particulièrement vrai pour les producteurs acéricoles, qui ont besoin de nuits froides et de journées plus chaudes pour que l’eau d’érable puisse couler. Les propriétaires de cabanes à sucre n’ont pas été gâtés en ce sens cette année, avec une saison très courte et peu productive, en raison de la température et des précipitations de neige et de verglas accumulées cet hiver.

«C’est une saison moyenne, tranche Réjean Deshaies, propriétaire de l’Érablière Deshaies de Bécancour. La saison a commencé très tard à cause de la neige et du froid. L’épaisseur de neige nous a joué beaucoup de tours cette année, alors c’était un peu plus dur pour entailler et une fois que ç’a été fait, il faisait froid!»

Certains acériculteurs ont d’ailleurs dû jouer de la pelle pendant de nombreuses heures afin de dégager le chemin pour installer les tubulures qui récoltent l’eau d’érable. Même problème pour les producteurs qui fonctionnent encore avec la méthode traditionnelle et qui ont dû se frayer un chemin pour que leurs seaux et chalumeaux soient accessibles même une fois la neige fondue.

«Dans certains secteurs, on avait jusqu’à trois pieds de neige au-dessus des tubulures maîtres lignes, là où elles sont près du sol, explique Jean-François Doyon, propriétaire de l’Érablière aux Mille Érables de Sainte-Thècle. Ç’a été difficile pour les gens qui faisaient l’entaillage en raquettes, mais aussi pour le pelletage. On a eu plus de temps pour se préparer, mais ça a quand même été une course contre la montre, en ne sachant pas quand ça allait commencer.»

M. Doyon compare d’ailleurs les difficultés vécues cette année à celles de l’hiver 2008. «Je n’étais pas propriétaire de l’érablière à l’époque, mais ce qu’on me raconte, c’est que ç’a été terrible là aussi», précise-t-il.

Si les producteurs acéricoles de la région ont subi sensiblement les mêmes affres météorologiques, certains ont mieux tiré leur épingle du jeu que d’autres, selon le président du Syndicat des producteurs acéricoles de la Mauricie, Éric Bouchard. «En Mauricie, ç’a été variable: certains ont produit très peu et pour d’autres, ç’a été plus intéressant. Les érablières plus au nord s’en sont mieux tiré cette année, contrairement à l’an passé, où celles du sud avaient été plus favorisées», remarque-t-il.

Il ne s’agit toutefois pas d’une année catastrophique, selon lui. «Ce n’est pas une année record, donc ça ne donne pas des revenus faramineux, concède M. Bouchard. Mais je crois qu’on ne s’en tire quand même pas si mal.»

Bien que la saison des sucres a été écourtée cette année, certains producteurs ont remarqué que la qualité de l’eau d’érable, et donc du sirop produit, était particulièrement bonne. «Aussitôt que la saison a commencé, la qualité de l’eau était superbe, ça a donné un très bon produit. On a regagné là-dessus», souligne M. Deshaies. Même son de cloche du côté de M. Doyon, qui parle même de «records en terme de concentration dans l’eau d’érable».

Contrecoup climatique

Les défis risquent de se multiplier dans les années à venir, en raison des changements climatiques. Selon ce qu’a déjà constaté Éric Bouchard, les épisodes de verglas se sont multipliés avec les années. Ce phénomène nuit à la montée de la sève, puisque la base de l’arbre prise dans la glace et la neige reste plus froide.

«Les changements climatiques donnent des épisodes de verglas plus fréquemment, ça vient jouer dans l’équation. C’est notre plus grande inquiétude, le verglas.»

La succession de couches de glace ralentit par ailleurs la fonte de la neige, ce qui nuit aussi aux acériculteurs. C’est aussi sans compter les risques de bris d’équipement qu’amènent les épisodes de verglas. Il est par ailleurs difficile pour les producteurs de se protéger contre ce phénomène météorologique.

«C’est dame nature qui nous amène ça, alors il faut vivre avec. On subit le contrecoup», conclut M. Bouchard.