Normand Patry, conseiller indépendant pour le projet de centre de serveurs à Shawinigan et Jean-Michel Picard, président de Watts Illimités et d’Énergie Colocation, dans la première salle qui accueillera des serveurs cet automne.

Une ouverture repoussée à l’automne pour Watts Illimités

SHAWINIGAN — Le centre de serveurs de l’entreprise Watts Illimités n’entrera finalement pas en exploitation cet été comme prévu. Cette étape devrait plutôt se produire à l’automne, un détail dans l’esprit des dirigeants qui misent toujours sur l’aspect sécuritaire de ces installations pour inciter les entreprises à leur confier leurs données sensibles.

Cet investissement potentiel de 120 millions de dollars avait été annoncé à l’hôtel de ville de Shawinigan, en mai 2018. En raison de la mission de l’entreprise, son emplacement précis n’a jamais été dévoilé, outre qu’il se trouve au Technoparc.

Une première phase ciblant en priorité des PME régionales devait être prête pour juillet 2019. Or actuellement, le vaste bâtiment est décoré de murs blancs et de poutres, mais d’aucun serveur informatique de clients visés. D’ailleurs, Watts Illimités ne possède encore aucune entente en ce sens, une situation tout à fait normale selon Normand Patry, conseiller indépendant dans le cadre de ce projet.

«En matière de centre de données, le niveau critique des installations est tellement important qu’il faut que le centre soit opérationnel avant de commencer à signer des baux», explique-t-il. «Le bail contient des pénalités si on ne livre pas. Présentement, nous sommes en mode prospection. Nous avons une perspective de vente de 300 kilowatts (ou 0,3 MW).»

«Une construction de centre de données, ce n’est jamais simple», ajoute M. Patry. «Nous avons un retard de quelques mois, de sorte qu’on projette davantage une ouverture en octobre.»

L’un des éléments qui expliquent ce délai est la construction de murs antiterroristes qui protégeront certaines salles. Une caractéristique qu’on ne retrouve pas à tous les coins de rue. Ces murs particuliers enveloppent environ 15 % de l’ensemble du bâtiment, estime M. Patry.

«Il y a également eu des enjeux en ingénierie, parce que le projet aura un niveau d’efficacité énergétique très élevé, l’un des meilleurs au Canada», ajoute-t-il. «Nous utiliserons une technologie de refroidissement avec un brevet régional.»

La première salle informatique sera réservée à des clients de la Mauricie et leur niveau de satisfaction permettra à Watts Illimités d’approcher de plus grosses pointures. Rappelons qu’il s’agira d’un centre de catégorie Tier-III, le deuxième niveau d’excellence dans ce domaine sur une échelle de quatre, selon M. Patry.

«Nous allons définir de nouvelles normes en matière de centre de données», assure-t-il.

Jean-Michel Picard, président de Watts Illimités, prédit même que cet outil permettra de maintenir les entreprises en croissance dans la région.

«Nous pourrons offrir des services qui n’existaient pas auparavant», rappelle-t-il. «Ça va aider les entreprises à rester. Auparavant, beaucoup de gens qui travaillaient en haute technologie devaient carrément se délocaliser. Ici, ce sera une dynamo.»

«Nous aurons une salle de calibre mondial», s’emballe M. Picard. «On parle d’un calibre Tier-III, ce qu’on retrouve pour les grandes entreprises. Les plus petites compagnies pourront bénéficier de cette qualité de service, qui serait pour elles très difficile à avoir autrement.»

Immeuble de location

En fait, le projet annoncé à Shawinigan ne constitue qu’un vaste immeuble certifié pour accueillir un centre de données. Énergie Colocation offrira des espaces de location sécurisés pour protéger des serveurs informatiques d’entreprises, avec un approvisionnement fiable en énergie. Ce seul service n’entraînera pas une création massive d’emplois, mais il s’agira d’une valeur ajoutée qui pourrait être déterminante pour les entreprises de la région. Watts Illimités agit comme équipementier pour ce projet.

«Nous ne vendons que de l’immobilier», résume M. Patry. «On met tout en place pour que le client vienne avec son infrastructure et l’exploite.»

Outre le centre de serveurs, Énergie Colocation offrira un centre de repli. Il s’agira d’espaces de bureaux disponibles en cas de crise, comme par exemple lorsque des toits se sont effondrés sous le poids de la neige, l’hiver dernier.

Une salle de laboratoire pour faire des tests, une salle de recherche et développement et un poste de garde à sécurité maximale entoureront le cœur de ce centre de données. Un projet de serre agroalimentaire alimentée par la chaleur récupérée de ces serveurs demeure dans les plans à plus long terme.

L’investissement de 120 millions $ est basé sur une capacité d’accueil de 12 mégawatts, donc quarante fois ce qui doit être installé dans la première salle d’ici la fin de l’année.