Le Marché public de Shawinigan revient à ses origines en impliquant davantage les coopérants dans sa gestion. De gauche à droite: Gilles Lafrenière (président de la coopérative), Michel Buisson (coordonnateur à l’administration) et Justine Prud’homme (coordonnatrice au développement).

Une nouvelle recette de gouvernance

SHAWINIGAN — Incapable de véritablement prendre son élan avec l’embauche d’un directeur général à temps plein, le Marché public de Shawinigan vient de rebrasser les cartes. La coopérative reviendra à ses origines, avec un modèle de gestion qui demandera l’implication de tous les membres pour favoriser le développement de cette vénérable institution.

Sans tambour ni trompette, le conseil d’administration a décidé de mettre fin au lien d’emploi avec Pijouma Traoré en février, exactement un an après son arrivée. Il avait pris la relève de Marie-Andrée Trudel, dont le règne à la direction générale avait duré cinq mois. Avant elle, Justine Prud’homme, considérée comme la principale leader du projet de rénovation du Marché public, avait occupé le siège.

Ne cherchez pas un nouvel appel de candidatures pour ce poste, vous n’en trouverez pas. En assemblée générale annuelle le 21 mars, les marchands ont plutôt décidé d’assumer eux-mêmes la destinée du marché. Tout le monde devra mettre l’épaule à la roue, mais plus particulièrement Mme Prud’homme, dorénavant responsable du développement et Michel Buisson, qui s’attardera aux tâches administratives.

Gilles Lafrenière, président de la coopérative, ne voulait surtout pas rejouer dans le même film. Visiblement, l’appel à une ressource externe pour diriger le marché ne cadre pas avec la culture locale.

«Il ne faut pas reprendre la même recette, on va avoir le même gâteau!», fait remarquer M. Lafrenière. «Ça fait plusieurs fois qu’on change de personne parce qu’on estime que ça ne fonctionne pas comme ça devrait. On s’est dit que les meilleurs joueurs dans cette forme de coopérative, ce sont les gens qui travaillent dedans. Nous aurons deux coordonnateurs, qui s’adjoindront d’autres marchands. Ce sont eux qui vont s’autogérer. Le but, c’est d’impliquer encore plus les marchands. Je pense que c’est la piste à suivre.»

Il n’est pas encore déterminé si Mme Prud’homme et M. Buisson seront engagés comme salariés de la coopérative ou s’ils accompliront leur nouveau mandat en tant que simples administrateurs. Cet élément sera abordé lors d’une rencontre le 3 avril.

Peu importe la voie retenue, la nouvelle forme de gouvernance se rapprochera de celle vécue au moment de la transformation du Marché public de Shawinigan, en 2015.

«Quand on est marchand, on connaît la réalité de ce qui est demandé, ce qui est nécessaire», explique Mme Prud’homme. «Connaître chacun des marchands, comment ils fonctionnent, ça prend un certain temps. Ici, il faut tout faire, alors il faut détecter rapidement ceux qui peuvent donner un coup de main pour que les choses avancent. Il faut mobiliser les gens.»

«La réflexion qui s’est faite à l’interne, c’est que lorsque c’est géré par les marchands, ça va bien», résume la femme d’affaires. «Pour l’instant, c’est la stratégie qui sera déployée.»

L’effervescence du résultat des rénovations s’est estompée avec les mois. Mme Prud’homme compte bien donner une nouvelle impulsion à ce lieu de rassemblement.

«Nous allons mettre en place les activités qui devaient être mises en place», assure-t-elle. «C’est sûr que les changements à la direction ont ralenti les choses. Ce n’était pas une question de compétences, mais de contexte. Maintenant, on veut aller de l’avant et être efficaces.»

Ressource commune
Dans un article paru dans notre édition du 10 février, M. Traoré avançait plusieurs suggestions pour donner un nouvel élan au Marché public de Shawinigan. Il souhaitait justement une implication plus énergique des membres et réclamait même un peu d’aide.

«Il l’avait dit, il se sentait un peu dépassé», rappelle M. Lafrenière. «Je pense que c’était la meilleure décision à prendre.»

Le président avait déjà soumis la suggestion que les marchés publics de la région embauchent une ressource commune pour alléger le travail des équipes locales.

«Nous avons commencé cette démarche et il y aura sûrement quelque chose», mentionne-t-il. «Il y a une réflexion sur la façon dont nous pourrions collaborer tous ensemble. Nous avons des dominateurs communs et des réalités distinctes. On regarde comment on peut travailler ça et je suis pas mal emballé par cette idée. Je pense que c’est une voie d’avenir pour les marchés publics en Mauricie.»