Édith Jolicoeur, conseillère pédagogique et chargée de cours à l’UQAR, et Sylvain Letscher, professeur en sciences de l’éducation à l’UQAR.

Une main-d’œuvre fort intéressante

Trois-Rivières — Les personnes ayant une déficience intellectuelle qui ont trouvé du travail à leur mesure peuvent très bien contribuer à la société, mais il faudra, au Québec, assouplir les règles administratives pour les intégrer, soutenir leur famille immédiate et aider les entreprises à savoir comment les accueillir.

C’est ce qui ressort, entre autres, d’une étude publiée hier, par l’Université du Québec à Rimouski sur l’accessibilité des services d’intégration à l’emploi des personnes ayant des incapacités intellectuelles. L’événement, présenté en collaboration avec le CIUSSS-MCQ, était diffusé simultanément sur le web dans 13 régions.

Cette étude fait suite à une série d’activités, depuis 2013, journées thématiques, colloques et symposiums, visant à mieux cerner la situation. Les chercheurs ont alors constaté qu’il existe peu d’écrits et peu de connaissances sur le phénomène de l’inclusion de ces personnes dans le milieu de l’emploi.

D’ailleurs, les chiffres le prouvent et n’ont guère changé avec le temps. D’après Statistique Canada, en 2001, 67 % des déficients intellectuels (DI) étaient sans emploi. C’était le même chiffre en 2017, rapporte Sylvain Letscher, professeur en sciences de l’éducation à l’Université du Québec à Rimouski.

Cette situation donne lieu à un appauvrissement, autant pour la personne que pour ses parents, dit-il.

Il n’est pas rare, en effet, que les parents soutiennent leur enfant déficient intellectuel bien au-delà de sa majorité. Dans certains cas, ces parents ont même sacrifié leur carrière pour donner tout leur temps à leur enfant dans l’espoir qu’il vole de ses propres ailes un jour et parfois, les jeunes ont effectivement défié les pronostics. Les chercheurs ont même rencontré une jeune femme ayant une déficience intellectuelle qui pouvait conduire sa propre voiture et qui a eu un conjoint, raconte le professeur Letscher. Il existe en effet divers niveaux de déficience intellectuelle de même que des cas d’exception.

Souvent, ces personnes sont capables de travailler, mais il y a un effort à faire du côté de leur estime de soi, dit-il et les parents ont un grand rôle à jouer. «Il faut renverser la pensée qui dit que t’es pas capable», insiste-t-il.

Il existe toutefois certains freins à leur intégration au travail, a-t-il constaté avec sa collègue Édith Jolicoeur, conseillère pédagogique et chargée de cours à l’UQAR. Ce serait le cas de problèmes de comportement, par exemple. La question de l’autonomie est également importante, car la plupart ont besoin d’être accompagnés lorsqu’ils occupent un emploi. Souvent, le plein temps ne fonctionne pas pour eux. Il faut moduler leurs horaires et ces personnes fonctionnent habituellement mieux en exerçant des tâches routinières, mais ce genre de tâche est plutôt difficile à trouver, soit pour un stage ou un emploi.

La beauté de la chose, c’est que les personnes ayant une déficience intellectuelle qui ont été interviewées dans le cadre de cette étude ont indiqué qu’elles aiment leur emploi et leurs employeurs ont découvert qu’elles peuvent accomplir autant, sinon plus de tâches qu’un employé régulier sans déficience intellectuelle.

Il doit y avoir un accompagnement du réseau de la Santé et des Services sociaux, mais il faut plus de flexibilité au niveau du gouvernement pour faciliter l’intégration, plaide Édith Jolicoeur. Certaines conventions collectives peuvent également rendre plus difficile l’employabilité de ces personnes.

«L’imposition d’un quota de personnes ayant des incapacités dans les milieux de travail, dans les entreprises, pourrait générer un fonds de soutien pour la promotion de l’emploi pour ces personnes», suggère le professeur Letscher.

Ce dernier propose également la création d’un logo pour les entreprises inclusives qui seraient évaluées par les personnes ayant une déficience intellectuelle elles-mêmes.

En Mauricie et au Centre-du-Québec, 600 personnes présentant une déficience intellectuelle ou un trouble du spectre de l’autisme sont en intégration au travail. À ce chiffre s’ajoutent près de 400 personnes en intégration en milieu communautaire. Elles sont accueillies par quelque 120 employeurs en collaboration avec le CIUSS-MCQ qui les encadre. «Nous avons augmenté notre programme de 32 places au cours de la dernière année», indique Geneviève Jauron du service des communications du CIUSSS-MCQ.