Guy Bourassa, président et chef de la direction de Nemaska Lithium, sur le site de l’ex-usine Laurentide.

Une grosse épine en moins pour Nemaska Lithium

SHAWINIGAN — L’incertitude provoquée par le litige entre Nemaska Lithium et les détenteurs d’obligations garanties émises en mai 2018 est maintenant levée. La société minière a annoncé, mercredi après-midi, être venue à une entente de principe avec Nordic Trustee pour le paiement de 30 millions de dollars américains en compensation, un règlement qui redonne le sourire au président et chef de la direction de cette société, Guy Bourassa.

«C’est une excellence affaire!», s’enthousiasme-t-il. «Tant que cette dispute n’était pas réglée, il était totalement impossible de refinancer nos activités ou même de vendre nos actifs. Ça aurait pu mettre le projet sur pause pendant un an, avec des frais d’avocats et d’expertise assez importants.»

«Nous ne sommes pas une compagnie de droit», ajoute M. Bourassa. «Nous sommes une compagnie minière et chimique. Nous pourrons maintenant nous concentrer sur nos activités.»

Rappelons que dans le cadre de ce litige, Nordic Trustee réclamait une pénalité de 93 millions $ à Nemaska Lithium à la suite de sa décision de rembourser les obligations émises en mai 2018, pour un montant de 350 millions $. La société avait pris cette décision en raison des délais de réalisation de son projet Whabouchi qui s’allongeaient et de l’impossibilité de respecter les échéanciers prévus par l’émission de ces obligations. Les négociations avec le fiduciaire n’avaient pas permis d’en venir à une entente.

Cette épée de Damoclès alourdissait considérablement la restructuration, souligne le président.

«Ça avait un impact évident sur le refinancement et sur l’évaluation de la compagnie. Cette incertitude levée, ça nous permet de nous concentrer sur nos activités de financement.»

L’entente demeure soumise à l’approbation des détenteurs d’obligations, qui se prononceront lors d’une assemblée le 12 février. Les détenteurs des deux tiers du capital doivent se prononcer en faveur. Le cas échéant, la Cour statuera sur cette entente dès le 13 février.

Cap maintenu

Même si, techniquement, la Cour vient d’approuver un processus de «vente et de sollicitation d’investissement», M. Bourassa assure que les plans n’ont pas changé. Une transaction d’actifs ne fait pas partie des scénarios privilégiés.

Le processus sera réalisé avec la collaboration du contrôleur (PricewaterhouseCoopers), la Financière Banque Nationale et Clarksons Platou Securities.

«Notre priorité est de refinancer l’entreprise et non de la vendre», maintient M. Bourassa. Il confirme d’ailleurs que le canal de discussions demeure ouvert avec le Groupe Pallinghurst, cette société britannique avec qui Nemaska Lithium négociait un partenariat d’investissement pouvant atteindre 600 millions $, l’an dernier. La période de négociation privilégiée se terminait le 31 décembre.

«Ils sont toujours intéressés par le dossier», glisse M. Bourassa. «Ils étaient surtout indisposés, comme nous, par les délais imprévisibles et le résultat de la chicane avec les détenteurs d’obligations. D’un commun accord, nous avions décidé de ne pas renouveler d’exclusivité. Mais maintenant que nous avons réglé le dossier des obligations, ça ouvre la voie à recevoir plus d’offres, à avoir plus d’investisseurs intéressés et à avoir des offres plus généreuses.»

Une lettre d’intéressement sera transmise aux parties ciblées à compter du 28 février. La date limite de soumission de lettres d’intention non contraignantes a été fixée au 17 avril. La société vise une date de clôture de transaction à la mi-août.

Nemaska Lithium a également annoncé, mercredi, que sa procédure de réclamations avait été approuvée par le tribunal. Les requêtes en ce sens doivent être déposées au plus tard le 31 mars. Rappelons qu’au début janvier, les créances s’élevaient à près de 161 millions $.

M. Bourassa convient que les dernières semaines n’ont pas été faciles à vivre. Habituellement très volubile et disponible, il s’est fait beaucoup plus discret sur la place publique depuis que son bébé a dû se placer sous la protection de la Loi sur les arrangements avec les créanciers des compagnies, le 23 décembre.

«Ça a été très désagréable», convient-il. «Mais nous n’avons jamais arrêté de croire au projet. Évidemment, quand les chevaux de course sont mis à l’étable en attendant que le foin arrive, c’est une autre histoire! Nous retournons dans les prés et nous continuons à travailler pour le projet. Nous avons pas mal plus le sourire aujourd’hui qu’il y a deux semaines.»

Par contre, la société a dû s’astreindre à d’importants sacrifices depuis trois mois, avec notamment le licenciement de 93 employés. Il n’en reste plus qu’une trentaine, dont seulement 11 à Shawinigan.

L’éventuelle relance pourra-t-elle se concrétiser avec une équipe aussi décimée?

«Nous avons étiré au maximum nos activités pour essayer de garder le plus d’expertise possible», rappelle M. Bourassa. «Dans le cadre des licenciements que nous avons faits au cours des derniers mois, nous avons quand même eu le temps de transférer beaucoup d’expertise acquise par ces employés à ceux qui sont restés. Les gens que nous avons gardés ont les connaissances pour bien épauler la recherche, la clôture de financement, ainsi que le redémarrage de la construction et des opérations.»

«Nous avions développé un excellent climat de travail avec nos collègues», termine-t-il. «Nous avons bon espoir que la majorité reviendra avec nous quand nous redémarrerons nos opérations.»