Un revenu viable à Trois-Rivières est évalué à 24 402 $ pour une personne vivant seule.
Un revenu viable à Trois-Rivières est évalué à 24 402 $ pour une personne vivant seule.

Un revenu viable à Trois-Rivières, c’est 24 402 $ selon l'IRIS

Trois-Rivières — Une personne vivant seule à Trois-Rivières doit disposer de 24 402 $ en 2020 pour être en mesure de mener une vie digne, un montant très loin de ce que reçoivent les personnes assistées sociales et même supérieur aux revenus des travailleurs payés au salaire minimum. Mais selon l’Institut de recherche et d’informations socioéconomiques, la société doit profiter de la crise de la COVID-19 pour réfléchir à cette approche afin d’en finir avec une économie de travailleurs pauvres.

L’IRIS vient de publier les données de sa plus récente étude socioéconomique concernant le revenu viable. En se basant sur la mesure du panier de consommation, une mesure fréquemment utilisée par les gouvernements pour établir les programmes de soutien social, l’IRIS considère qu’un Trifluvien doit miser sur 6496 $ de plus que les 17 906 $ établis par la mesure du panier de consommation pour couvrir les besoins de base.

«La mesure du panier de consommation ne permet pas de vivre dignement. Si on veut sortir de la pauvreté, ça prend la possibilité de faire des choix, de répondre à des imprévus. On a regardé ces besoins, on a regardé comment on peut avoir une vie digne. Pour l’alimentation, c’est aller parfois au restaurant, acheter du café, acheter un steak. Ça inclut une part de loisirs, aller au théâtre, amener les enfants au musée, louer un chalet une semaine pendant l’été», analyse Eve-Lyne Couturier, chercheuse à l’IRIS.

L’étude de l’IRIS démontre qu’une personne payée au salaire minimum de 13,10 $ l’heure et travaillant 35 heures par semaine disposera d’un revenu après impôts de 21 597 $. Cela ne permet pas d’atteindre les 24 402 $ requis pour vivre dignement à Trois-Rivières. La marche est encore plus haute pour les aînés qui vivent de la pension de la sécurité de la vieillesse et du supplément de revenu garanti (19 944 $ pour une personne) ou pour les assistés sociaux (10 191 $ pour une personne).

«À 15 $ l’heure, on atteint de justesse le revenu viable à Trois-Rivières. Mais ça n’a pas de bon sens qu’une personne qui travaille au salaire minimum ne soit pas capable de faire face à un frigo qui lâche», ajoute Mme Couturier.

Cette dernière rappelle que les gouvernements ont mis en place différentes mesures en cette crise du coronavirus pour soutenir les citoyens. Des entreprises ont fait de même, notamment dans le secteur de l’alimentation, un domaine essentiel.

«Les préposés aux bénéficiaires, c’est un travail nécessaire et difficile. Avec la prime de 4 $ du gouvernement, on est autour de 18 $ l’heure (en résidence privée), donc on atteint plus (27 231 $ après impôts) que le niveau de revenu viable. Le gouvernement a reconnu de payer dignement les employés. Même chose en épicerie. On a besoin de reconnaître ce travail et de garder ces employés en temps de crise. La prestation canadienne d’urgence, c’est 2000 $ par mois pendant quatre mois. Sur un an, c’est 24 000 $. Avec les transferts et après impôts, on arriverait près du revenu viable. Les gens méritent d’avoir un revenu viable.»

C’est bien beau évaluer un revenu viable, encore faut-il que ce soit réalisable. Selon la chercheuse, le financement d’un tel objectif peut se faire en examinant toute la question fiscale.

«Il faut regarder où se trouve l’argent. Environ 20 % de la population gagne moins que le revenu viable. On peut regarder les 20 % plus riches. On voit que leurs revenus augmentent plus rapidement que chez les plus pauvres. L’argent se concentre chez les plus riches. Donc, ça passe par la fiscalité. Il faut une meilleure distribution de l’argent au sein d’une entreprise. On peut regarder les revenus du PDG de Couche-Tard versus les revenus des employés.»

Cette approche est souvent critiquée par le milieu des affaires qui rappelle que c’est l’entrepreneur qui prend le risque lorsqu’il se lance en affaires et qui assume la responsabilité de diriger son entreprise.

«Qui travaille? demande Eve-Lyne Couturier. Qui met sa vie en danger et doit répondre aux besoins des clients? Ce sont les employés. Cette crise nous montre que si les gens ne travaillent pas, les dirigeants ne font pas d’argent.»

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Composantes d’un revenu viable pour une personne à Trois-Rivières

  • Alimentation    5353 $
  • Vêtements    1451 $
  • Logement    7266 $
  • Transport    870 $
  • Autres nécessités (**)    8069 $
  • Soins de santé non remboursés (***)    1393 $
  • Total    24 402 $

(**): meubles, produits de soins personnels, téléphone, internet, vacances, imprévus, etc.

(***): soins dentaires, soins des yeux, médicaments et soins de santé

Source: IRIS


Revenu disponible pour les ménages à l’aide sociale de base en 2020 (****)

  • Une personne: 10 191 $
  • Un adulte et un enfant de 4 ans: 23 048 $
  • Deux adultes, deux enfants (2 et 4 ans): 34 655 $

(****): le revenu disponible inclut les différents programmes de soutien comme l’Allocation canadienne pour enfants et le crédit d’impôt pour la solidarité

Source: ministère des Finances du Québec


  • Revenu annuel après impôts d’un retraité bénéficiaire de la pension de la sécurité de la vieillesse et du supplément de revenu garanti: 19 944 $
  • Revenu annuel après impôts d’une personne gagnant le salaire minimum (35 heures par semaine): 21 597 $
  • Revenu annuel après impôts d’une personne gagnant 15 $ l’heure (35 heures par semaine); 23 624 $
  • Revenu annuel après impôts d’une personne gagnant 18 $ l’heure (35 heures par semaine): 27 231 $

Sources: ministère du Travail, de l’Emploi et de la Solidarité sociale du Québec, gouvernement du Canada, Revenu Québec, ministère des Finances du Québec