Pour le consommateur en mauvaise posture financière, il peut être tentant de chercher sur le Web un prêt à court terme. Mais les modalités d’emprunt peuvent cacher de désagréables surprises.

Un prêt de 750 $ et des frais de 412 $!

Tous les cas ne sont certes pas aussi extrêmes et vous ne verrez aucune offre de prêt de dépannage qui soit aussi clairement énoncée. Il demeure qu’il ne s’agit pas ici d’un cas fictif ou théorique, mais bien de l’obligation totale de l’emprunteur dans un cas vécu bien réel.

L’omniprésence sur le Web et les médias sociaux d’offres de crédit facile et rapide sans trop de questions peut apparaître bien séduisante pour les consommateurs écartés du marché primaire du crédit à la consommation.

Pour le consommateur en mauvaise posture sur le plan des finances personnelles, il peut être difficile de trouver une source de crédit à laquelle une dépense urgente peut l’amener à recourir. Se sortir d’un mauvais pas en quelques clics représente aussi une proposition qui peut donner — illusoirement ou non selon le cas — la sensation d’avoir une emprise, une capacité d’agir. Selon le site Web de l’un de ces courtiers, la demande est analysée et le prêt accordé dans un délai d’une heure et la somme versée au compte bancaire du consommateur dans les 30 minutes suivant la signature du contrat.

Ménage à trois
Parmi les éléments caractéristiques de ce domaine d’activité, il faut retenir que le consommateur est, dans les faits, invité à mener une démarche d’emprunt qui implique trois parties : le consommateur-emprunteur, le prêteur et un intermédiaire, le courtier en prêt.

Il faut savoir que la plupart des entreprises qui offrent des petits prêts de dépannage à court terme sur le Web et les médias sociaux ne prêtent pas d’argent. Elles se présentent plutôt comme des courtiers en prêts qui rechercheraient des prêteurs disposés à consentir au consommateur un prêt de faible valeur, de 500 $ à 1500 $ environ, et dont le remboursement se fait sur une courte période de temps, généralement de trois à six mois.

Petit prêt à grands frais
La réalité est cependant moins attrayante lorsqu’on analyse de plus près les modalités que certains prêteurs imposent à l’emprunteur en échange du prêt qui lui est consenti. Aux frais d’intérêts exigés par le prêteur s’ajoutent alors les frais ou honoraires de courtage. Dans un cas récent dénoncé par un consommateur qui désirait emprunter 750 $, ces honoraires s’établissaient à 375 $ pour un total de frais liés à la démarche d’emprunt de 412 $, incluant les frais d’intérêts.

Taux annoncé et taux effectif
Certains courtiers exigent le paiement complet de ces frais en un seul versement alors que d’autres offriront de les ajouter au capital emprunté par le consommateur. On peut raisonnablement poser l’hypothèse que pour une bonne part, considérant leur situation, les consommateurs en difficulté optent pour le second cas de figure afin d’être en mesure de régler la note du courtier.

L’intégration de ces frais de courtage dans le calcul des frais de crédit, comme l’exige généralement la Loi sur la protection du consommateur (LPC), a naturellement un impact sur le coût total des frais de crédit et, par voie de conséquence, sur le taux de crédit effectif qui sera bien plus élevé que le taux annoncé dans la publicité. Il s’agit à bien des égards d’un environnement déroutant pour plusieurs consommateurs en difficulté et peu familiers avec les rouages et le jargon du crédit à la consommation.

De nouvelles protections bientôt
Il est à noter que des modifications apportées à la LPC entreront en vigueur bientôt. Les nouvelles mesures visent à renforcer la protection des consommateurs et à assainir les pratiques ayant cours dans certains domaines spécifiques comme le crédit à la consommation et les entreprises de règlement de dettes, par exemple.

Lors de l’entrée en vigueur de ces nouvelles mesures, il est prévu qu’il sera interdit aux entreprises de courtage en prêt de percevoir des honoraires directement du consommateur-emprunteur. Ces codifications contribueront grandement à la clarification des informations à communiquer au consommateur pour une prise de décision plus éclairée.

Gary Frost est directeur des services aux consommateurs à l’Office de la protection du consommateur.