Mario De Tilly, directeur général d’IDE Trois-Rivières et Marco Champagne, président de la Chambre de commerce et d’industries de Trois-Rivières, alors que cette dernière appuie la démarche visant à doter Trois-Rivières d’un aéroport d’envergure internationale.

Un pas de plus vers une nouvelle aérogare?

Trois-Rivières — Si le projet d’un train grande fréquence à Trois-Rivières a fait couler beaucoup d’encre ces derniers temps, le dossier d’une nouvelle aérogare et d’un service aérien bonifié n’est toujours pas réglé lui non plus. Vendredi matin, la Chambre de commerce et d’industries de Trois-Rivières (CCI3R) apportait son appui à Innovation et développement économique (IDE) Trois-Rivières, qui pilote le projet visant à doter la ville d’une nouvelle infrastructure de niveau international.

C’est dans l’aérogare actuelle que la CCI3R avait convoqué la conférence de presse visant à publiciser l’importance qu’elle accorde au projet. On n’a pas manqué de souligner que le bâtiment date de 1963, qu’il n’a jamais été rénové depuis et que son seul entretien occasionnera une dépense de 1,2 million $ pour la Ville.

Marco Champagne, président du conseil d’administration de la CCI3R, fait valoir que l’innovation, le développement économique et la main-d’œuvre sont les trois axes prioritaires de son organisme et que le développement économique est précisément la mission première d’un aéroport. «La chambre de commerce est étroitement liée à ce type d’investissement», indique-t-il. Il explique que le projet en est un de 12 millions $, avec 250 places dans l’aérogare.

«C’est un petit projet dans un grand projet, qui pourrait être beaucoup plus grand pour la ville de Trois-Rivières, pour toute la Mauricie», soutient-il. Selon lui, le projet a une grande capacité de rayonnement et d’attraction. Il prend pour exemple le marché des transporteurs à très faible coût (ultra low cost carrier), qui tarde à percer le marché canadien. Certaines compagnies pourraient être tentées de desservir Trois-Rivières, si les infrastructures le permettent, croit-il.

Viser «vert»

Le projet mis de l’avant par IDE Trois-Rivières ferait de l’aéroport de Trois-Rivières l’installation du genre la plus «verte» au Canada. Il est question de toit et de murs végétalisés, de dalles percolantes pour le stationnement, de géothermie et d’une certification LEED. Bien que ces caractéristiques impliquent des frais additionnels, concède Mario de Tilly, directeur général d’IDE Trois-Rivières, celui-ci estime qu’une telle façon de faire rend le projet plus attractif pour les instances gouvernementales et pourraient donner accès à un financement dédié à des infrastructures «vertes».

La Ville de Trois-Rivières a déjà prévu une somme de 3 millions $ dans son plan triennal d’immobilisation pour l’aérogare. Il ne resterait que 9 millions $ à rassembler pour aller de l’avant avec le projet. Mario de Tilly considère la somme plutôt modeste en regard des retombées et de l’importance de l’infrastructure.

Le développement de la filière du transport de passagers ne peut être que bénéfique pour le secteur des affaires de Trois-Rivières, pense M. de Tilly. De plus, il souligne que la vocation industrielle actuelle de l’aéroport doit aussi être soutenue. «De façon globale, on parle de 600 à 700 emplois dans la zone aéroportuaire», avance-t-il.

Du côté de la Ville, Ginette Bellemare, mairesse suppléante, confirme qu’un montant de 3 millions $ est prévu au plan triennal d’immobilisation. Les modalités d’attribution de cet investissement se préciseront toutefois au gré des ententes pouvant être conclues avec les différents paliers de gouvernement, explique-t-elle.

Contexte politique

À l’approche de la campagne fédérale, Mario de Tilly espère entendre les candidats des différents partis se prononcer sur le projet. Il rappelle que le gouvernement Couillard avait mis en place le Programme d’aide québécois pour les infrastructures aéroportuaires régionales, doté d’une enveloppe budgétaire de 100 millions $ jusqu’en 2022, et que jusqu’à preuve du contraire le gouvernement caquiste n’a pas fait marche arrière sur l’engagement. Il dit oser penser que les astres s’alignent peut-être. «La Ville ne pourra pas tout faire toute seule, il va falloir que les deux autres paliers nous apportent un appui concret», plaide-t-il.

Le chiffre de 250 passagers évoqué par M. Champagne est le minimum exigé par les transporteurs aériens. Cela permettrait aussi au nouvel aéroport de se conformer aux règles de l’Administration canadienne de la sûreté du transport aérien pour le transport des passagers.

Présent lors de l’annonce, Robert Aubin, député fédéral de Trois-Rivières et porte-parole du NPD en matière de Transport, qualifie le projet d’essentiel. Il met d’abord en lumière que celui-ci permettrait à Trois-Rivières de «rejaillir sur tous les aéroports du pays». Par ailleurs, il pense que si le projet doit aller de l’avant pour une desserte internationale, la question de la sécurité est incontournable. Or, selon lui, la structure de la répartition de la tarification doit être revue. Il explique qu’actuellement, en matière de sécurité, le financement est prévu par aéroport, ce qui rend la rentabilité en région difficile à atteindre. «Je pense qu’il faut revoir comment se répartit la tarification, le jour où l’on répartit les coûts de sécurité de l’ensemble de nos aéroports par le nombre de passagers, là, on vient de changer la donne considérablement».

Course à la mairie

Seul des trois candidats à la mairie présent lors de l’annonce, Jean Lamarche a déclaré, par voie de communiqué, que «ce projet est non seulement important pour l’Aéroport mais surtout pour le développement économique de la ville de Trois-Rivières. Tous comme le TGF et le Port, il fera de Trois-Rivières une importante plaque tournante et réaffirmera le rôle central qu’occupe notre ville dans le développement régional».