Toutes les activités de transformation de l’asclépiade sont réalisées à Granby, affirment Chafic Zakaria et Antony Acciarri, de Monark Eco Fibre.

Un nouveau souffle pour l’asclépiade à Granby

La relance de la filière de l’asclépiade passe de plus en plus par Granby. De l’extraction de la fibre à la production de l’isolant thermique, les activités de transformation de cette plante, longtemps considérée comme de la mauvaise herbe, sont dorénavant concentrées aux installations de Monark Eco Fibre, rue Bernard.

Les activités d’extraction de la soie étaient auparavant réalisées à Saint-Tite, mais la faillite de Protec-Style a changé la donne.

Les équipements d’extraction ont été déplacés à Granby, en vertu d’une entente avec la coop d’agriculteurs Monark, qui a repris les actifs de la PME Encore 3. Celle-ci était sous la houlette de Protec-Style et veillait à cette opération à Saint-Tite.

Les actifs granbyens, eux, ont plutôt été rachetés l’automne dernier par Monark Eco Fibre, une nouvelle entreprise formée par quatre investisseurs membres du réseau Anges Québec, tel que rapporté par La Voix de l’Est en décembre dernier. Depuis, les deux entreprises travaillent de concert. « Nous avons une bonne collaboration avec les gens de la coop. On se parle toutes les semaines. Pour être efficace, il faut que toute la filière soit efficace. Il faut qu’on travaille main dans la main », a récemment affirmé le vice-président finances de Monark Eco Fibre, Antony Acciarri.

C’est ainsi pour des raisons économiques et de productivité que la coop Monark a accepté que les équipements d’extraction soient installés à Granby. « Les opérations ont avantage à être sous un seul toit pour qu’on puisse quantifier la productivité à tous les niveaux », souligne M. Acciarri.

De fibre à fil
De gros ballots contenant les follicules — les fameuses cocottes — d’asclépiade, remplis de soies et de semences, sont ainsi acheminés de Saint-Tite à Granby chaque semaine. La fibre en est extraite afin de la transformer en tapis de mousse isolante, utilisés entre autres pour le moment dans des manteaux de Quartz Co. Quatre personnes sont affectées à la production. Mais ce nombre serait appelé à augmenter au fil des mois.

Une « ligne pilote » de production est actuellement en élaboration afin d’automatiser et d’optimiser les opérations, souligne le président de Monark Eco Fibre, Chafic Zakaria.

Selon le duo d’entrepreneurs, qui fait aussi équipe avec Jean-François Grenon et Claude Lafleur, l’intérêt des clients est bien présent. Pour l’heure, deux axes de commercialisation ont été ciblés : l’isolant thermique qu’on pourra retrouver dans des vêtements de plein air, mais aussi dans des sacs de couchage et de la literie, ainsi que le fil d’asclépiade qui pourra être utilisé pour fabriquer du tissu, à l’instar du coton, du chanvre et du lin.

Ce n’est quand même pas demain la veille que les vêtements d’asclépiade seront en boutique. Beaucoup de travail de recherche et développement reste encore à faire. L’expertise du Carrefour d’innovation en technologies écologiques, situé à la porte voisine de Monark Eco Fibre, sera notamment mise à profit, note M. Zakaria.

Dans l’air du temps
Pour mener à bien tous ces projets, des investissements importants devront néanmoins être réalisés à court, moyen et long terme, conviennent les associés. Pour le moment, ils sont « en évolution et en estimation », donc non chiffrés. Mais le jeu en vaut la chandelle, calcule Antony Acciarri.

« Le projet est dans l’air du temps. La fibre est indigène et l’extraction est mécanique. Il n’y a pas d’enzymes ou de produits chimiques utilisés pour l’extraction. On n’a pas besoin de beaucoup d’eau, contrairement au coton. La complexité de la fibre, c’est qu’elle est légère, volatile », fait-il valoir en soulignant bénéficier des cinq ans de recherche et développement (R et D) menés par Protec-Style.

Chafic Zakaria, qui a rencontré plusieurs clients potentiels au cours des derniers mois, affirme que l’industrie du textile est « en mode recherche de solutions ». « L’écologie, le développement durable, les produits verts et le recyclage sont des thèmes prédominants », dit-il. Monark Eco Fibre serait ainsi en bonne position pour tirer son épingle du jeu.