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Dans le secteur agricole, les effectifs auront tout de même été au rendez-vous à l’été 2020.
Dans le secteur agricole, les effectifs auront tout de même été au rendez-vous à l’été 2020.

Un marché du travail vacciné... contre la PCU!

Marc Rochette
Marc Rochette
Le Nouvelliste
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«J’ai eu beaucoup d’appels au bureau de comté, des entreprises, des PME, des entreprises touristiques qui voulaient rappeler leurs travailleurs et ils ne voulaient pas rentrer. Ce n’était pas un incitatif au travail.»

Voilà comment le député bloquiste de Berthier-Maskinongé, Yves Perron, a vécu concrètement l’été dernier les impacts négatifs de la Prestation canadienne d’urgence (PCU) sur le marché du travail dans sa circonscription.

Un phénomène qui avait d’ailleurs été confirmé par un sondage de la Fédération canadienne de l’entreprise indépendante (FCEI). On y apprenait que le quart des propriétaires d’entreprise avaient alors du mal à rappeler ou à recruter les employés nécessaires à leurs opérations.

Or, en tête de liste des raisons invoquées pour justifier le refus de retourner au travail, pas moins de 62 % des employés disaient préférer continuer de bénéficier de la PCU. À cela s’ajoutait un taux de 11 % qui aimait mieux toucher encore à la Prestation canadienne d’urgence pour les étudiants (PCUE).

«Il faut s’assurer que nos programmes ne deviennent pas un désincitatif au travail. Pour cet été, il y a eu des changements et le dernier budget fédéral contient plusieurs choses qui visent à favoriser l’embauche, dont une bonification du programme Emplois été Canada», fait remarquer Francis Bérubé, analyste principal des politiques à la FCEI.

Par exemple, dans Berthier-Maskinongé, pas moins de 357 emplois seront créés grâce à Emplois été Canada, pour un investissement de plus de 1,2 million de dollars et près de 140 projets.

«Ça va donner un coup de main. Tout ne repose pas là-dessus, mais il risque d’avoir moins de problématiques parce que la Prestation canadienne de la relance économique est plus modulée», a indiqué le député Perron.

Chez Canac, on reconnaît que la modification des programmes va favoriser la recherche d’emploi cet été. Car l’an dernier, la PCU était venue aggraver la pénurie de main-d’œuvre.

«Jamais nous n’avons été en mesure de combler les heures prévues en magasin, évidemment par manque d’employés. La catégorie étudiante a été la plus touchée par ces effets, mais pas la seule», raconte le directeur marketing, Patrick Delisle.

Cette saison, la campagne de recrutement s’est très bien déroulée pour cette chaîne de quincailleries et de matériaux de construction.

«Plusieurs facteurs peuvent avoir influencé ce succès, comme la nature essentielle de nos opérations qui sécurise les candidats sur la stabilité de leur emploi en cas de confinement ou encore la réputation enviable de Canac en tant que commerce québécois. Mais je dirais que l’élément le plus marquant a été l’augmentation du salaire minimum à 15 $ chez nous», explique-t-il.

Dans le secteur agricole, les effectifs auront tout de même été au rendez-vous à l’été 2020, notamment grâce à la campagne Travailler à la ferme: j’y vais sur le champ!

La PCU aura permis à des restaurateurs de conserver un lien d’emploi avec leur personnel, avec des heures réduites.

«Le gouvernement québécois offrait également l’an dernier une prime de 100 $ par semaine aux travailleurs agricoles travaillant dans une production alimentaire pour les personnes gagnant le salaire minimum. Cette initiative a eu un impact significatif sur le recrutement de main-d’oeuvre à la ferme. Cette offre n’est toutefois pas reconduite cette année», a fait savoir Jean-Sébastien Dubé, coordonnateur communications et informatique à l’Union des producteurs agricoles de la Mauricie.

Par contre, les défis liés à l’arrivée de travailleurs étrangers forcent cette année les producteurs à maximiser le recrutement de main-d’oeuvre locale. À ce titre, l’UPA Mauricie lancera cet été un système de transport de travailleurs agricoles par autobus sur des fermes participantes. Les détails sont à venir.

Pour sa part, le copropriétaire du Resto-Bar Le Brasier 1980 à Trois-Rivières, Yves Beaudoin, soutient que la PCU n’aura pas été un enjeu pour son établissement «parce qu’ils avaient laissé une souplesse pour faire certains revenus».

«En 2020, la PCU a été un bon levier parce que ça nous a permis de garder un lien d’emploi. Même en donnant juste une dizaine d’heures de travail aux employés, ça faisait que globalement avec leur PCU, ça ressemblait plus à un salaire normal que sans PCU», témoigne l’homme d’affaires.

Toutefois, cette année, l’assurance-emploi en incite plusieurs à feindre un intérêt pour un poste alors que tantôt, ils ne se présentent pas à l’entrevue, tantôt ni au travail, «réussissant comme ça à continuer à recevoir leur chômage».

«Il va falloir penser à débrancher le monde de là-dessus au fur et à mesure qu’on rouvre l’économie. C’est ça qui est important. Les programmes ont été des leviers, mais ce qu’il faut, c’est de s’assurer dans la transition que ça ne soit pas une béquille», soulève le restaurateur.

Selon le ministre du Travail, de l’Emploi et de la Solidarité sociale, Jean Boulet, l’effet dissuasif sur le retour au travail des étudiants ne devrait pas se reproduire cette année, «permettant aux étudiants d’occuper l’un des nombreux postes vacants pour la période estivale dans des secteurs tels que la restauration, le tourisme, le commerce de détail, l’agroalimentaire et la culture».

«Les jeunes ont été parmi les groupes les plus affectés par les conséquences de la pandémie, notamment au niveau de l’emploi. Malgré la reprise économique, au mois de mars 2021, le taux de chômage chez les 15-24 ans était toujours de 14 % et le taux d’emploi était de 54,7 % », a-t-il indiqué.

Celui-ci veut passer le message suivant aux employeurs, surtout à l’approche de la période estivale: «Les jeunes sont un bassin de main-d’oeuvre très disponible».

«Un emploi d’été est une excellente façon de se préparer à l’entrée définitive sur le marché du travail et j’encourage tous les étudiants disponibles à lever la main», ajoute le ministre.

Et ce dernier signale que les jeunes qui ne sont ni en emploi, ni aux études, ni en formation constituent «un bassin super important que les employeurs doivent considérer pour les emplois d’été». Ils sont plus de 200 000 dans cette catégorie, âgés de 17 à 34 ans.

Malgré la rareté de main-d’oeuvre, le ministre Boulet demande tout de même aux employeurs d’encourager les jeunes à compléter leurs formations.

«Je suis un fervent défenseur de la formation et du rehaussement des compétences, mon programme d’aide à la relance par l’augmentation de la formation (PARAF) le prouve. D’ailleurs, en date du 26 avril, 17,8 % des participants au PARAF avaient moins de 24 ans», a conclu le député de Trois-Rivières.