La levée des tarifs douaniers américains sur l’aluminium canadien pourrait inciter la direction de l’ABI à reprendre les négociations, croit le professeur à l’UQTR Jean-Claude Bernatchez.

Un «excellent moment» pour reprendre les négociations à l’ABI

TROIS-RIVIÈRES — La levée des tarifs douaniers imposés par les États-Unis sur les importations d’aluminium canadien pourrait être l’occasion pour les dirigeants de l’Aluminerie de Bécancour de retourner à la table de négociations, croit le professeur en relations de travail à l’UQTR, Jean-Claude Bernatchez.

«Ça devrait mobiliser l’employeur à négocier de manière raisonnée, estime-t-il. Ce serait le bon moment pour cogner à la porte du syndicat et dire: on va négocier.»

L’heureux dénouement pour les exportations canadiennes d’aluminium et d’acier à destination des États-Unis rend en effet d’autant plus alléchante la perspective de redémarrer à plein régime l’usine d’Alcoa à Bécancour. L’entreprise verrait son profit augmenter de 250 $ par tonne d’aluminium exportée, puisque la surtaxe américaine s’élevait à 10 %. Or, plus des deux tiers des 400 000 tonnes produites à l’ABI sont destinés au marché américain, ce qui représenterait plus de 60 millions $ supplémentaires en revenus pour la multinationale Alcoa, à un moment où celle-ci en aurait probablement bien besoin. En effet, la multinationale a déclaré 199 millions $ en pertes au cours du premier trimestre de 2019, contre un profit de 195 millions $ pour la même période de temps, en 2018.

«Construire une usine (comme l’ABI), ça coûte au moins 2 à 3 milliards $. Celle de Bécancour, tout ce qu’Alcoa a à faire, c’est la faire rouler. La direction de l’usine devrait avoir le leadership pour faire changer d’avis aux dirigeants d’Alcoa à Pittsburgh (pour relancer les négociations)», ajoute M. Bernatchez.

Le professeur en relation de travail croit par ailleurs que si le gouvernement du Québec souhaitait tenter à nouveau d’intervenir pour dénouer l’impasse entre le syndicat et Alcoa, il pourrait à nouveau nommer un médiateur dans le dossier. Cette approche avait été tentée par l’ancien gouvernement libéral de Philippe Couillard, qui avait nommé à ce poste l’ancien premier ministre Lucien Bouchard.

«Ce serait le bon moment pour réintroduire la médiation. Ça peut être de nouveau M. Bouchard, s’il est disponible. Quand il était arrivé la première fois dans le dossier, c’était trop tôt», avance M. Bernatchez.

Le syndicat devrait toutefois aussi mettre un peu d’eau dans son vin, croit M. Bernatchez, notamment sur l’enjeu des postes abolis par l’entreprise. «C’est l’enjeu où les parties se sont le plus rapprochées. L’employeur voulait couper 140 postes, le syndicat a dit: 100. Dans l’hypothèse de règlement du ministre Jean Boulet, il proposait l’abolition de 130 postes, ce que l’employeur s’était dit prêt à accepter. Il reste donc 30 postes en litige, il y a moyen que les parties finissent par se rejoindre.»

Il semble toutefois moins probable, selon M. Bernatchez, que le syndicat accepte de signer une convention collective sans restriction du recours à la sous-traitance, comme c’était le cas dans l’hypothèse de règlement soumise par le ministre Boulet aux deux parties, le 17 avril dernier. Il croit aussi qu’il y a peu de chances pour que la direction de l’ABI ait recours à l’article 58.2 du Code du travail, qui lui permettrait de soumettre son offre aux travailleurs et de forcer ces derniers à tenir un vote secret, sans passer par l’approbation du syndicat et de son comité de négociation.

«L’employeur ne le fera pas tant qu’il ne pense pas que ça peut passer et vu la force avec laquelle les dernières offres ont été refusées, c’est sûr qu’il ne le fera pas tout de suite», évalue M. Bernatchez.

La section locale 9700 du Syndicat des Métallos, qui représente les employés de l’ABI, n’a pas répondu aux demandes d’entrevue du Nouvelliste.