Les lockoutés de l’ABI ont reçu une bonne nouvelle vendredi avec la bonification de leurs fonds de secours.

«Un combat entre deux titans»

BÉCANCOUR — Une bonne nouvelle attendait tôt, vendredi matin, les 1030 lockoutés à l’Aluminerie de Bécancour. En effet, via la page Facebook du syndicat, les dirigeants de la section locale 9700 des Métallos leur annonçaient une hausse des secours versés à chacun depuis le 11 janvier dernier. C’est donc 600 $ par semaine que recevront dorénavant les membres, plutôt que les 500 $ par semaine versés depuis le début du conflit, en retour de dix heures de piquetage obligatoires par six jours.


Pour le spécialiste en relations de travail de l’UQTR, Jean-Claude Bernatchez, le présent conflit à l’ABI a fait naître «un combat entre deux titans». «Si Alcoa à Bécancour peut fonctionner longtemps avec 240 cuves au lieu de 720, le Syndicat des Métallos est en mesure de financer un long arrêt de travail même si cela lui coûte environ 25 millions par année en fonds de grève», a-t-il commenté.

Celui-ci souligne que le groupe Alcoa (Aluminium Company of America) possède un chiffre d’affaires de plus de 23 milliards de dollars et compte plus de 60 000 employés. La compagnie est présente dans une trentaine de pays. «En clair, ses 1000 employés de Bécancour représentent moins de 2 % de sa force active», fait-il remarquer.

Quant au Syndicat des Métallos, il est membre de la puissante centrale syndicale les Métallurgistes unis d’Amérique (United Steelworkers of America). Ce syndicat compte plus d’un million de membres dans le monde dont plus de 700 000 en Amérique du Nord. «En cotisation syndicale, ce syndicat lève probablement plus d’un milliard de dollars annuellement», souligne le professeur.

«C’est quasiment un paiement de char à la fin du mois, c’est sûr que ça fait du bien. On est bien heureux et on est bien content pour nos membres. Notre objectif, c’est de le monter encore.»

Clément Masse

Le fonds de grève et de défense du Syndicat des Métallos à l’échelle internationale a été bonifié au début mars de 25 $ par semaine, ce qui s’ajoute au montant de 25 $ supplémentaire alloué après 10 semaines de conflit par ce même fonds. Les dons de plusieurs syndicats qui viennent s’ajouter permettent de porter à 100 $ par semaine la bonification.

«C’est quasiment un paiement de char à la fin du mois, c’est sûr que ça fait du bien. On est bien heureux et on est bien content pour nos membres. Notre objectif, c’est de le monter encore. C’est prévu qu’il remonte encore un peu plus tard et si on est capable de le remonter plus que ce qui est prévu, on va le faire», a indiqué M. Masse en entrevue au Nouvelliste.

Ce dernier précise que tous les lockoutés qui effectuent leur piquetage devant l’usine ont accès aux secours. Le montant total provient à la fois du Fonds de grève et de défense du Syndicat des Métallos (international), de celui du district 5 (Québec), du Fonds de défense professionnelle de la section locale, où sont versés les dons reçus depuis le début du conflit.

«On se donne les moyens de tenir le temps qu’il faudra pour retourner à la table de négociation et conclure un bon contrat. C’est la solidarité syndicale, tous drapeaux confondus, qui rend ça possible. Nous sommes debout, solides et déterminés à négocier un contrat équitable. L’employeur ne nous aura pas à l’usure. Grâce à la solidarité, on a les ressources pour soutenir notre monde et pour le faire aussi longtemps qu’il le faudra. Alcoa et Rio Tinto doivent se demander de leur côté s’ils sont prêts à encaisser chaque jour des pertes importantes, alors qu’un règlement négocié est à portée de main», explique le président de la section locale 9700, Clément Masse. 

«Les autres syndicats, métallos ou d’autres organisations savent ce qu’on vit et comprennent que les luttes menées par l’un rejaillissent sur tous les syndiqués au Québec. Depuis des semaines, on reçoit de l’aide de partout au Québec et même au Canada. Et très souvent, cette aide est récurrente, elle se poursuivra tout au long du conflit. Ça nous donne plus de force pour résister à l’entêtement de la compagnie, aujourd’hui et aussi longtemps qu’il le faudra», renchérit-il. 

Du même souffle, M. Masse rappelle que l’objectif de son syndicat est toujours le même: «on veut que l’employeur raisonne et vienne se rasseoir à la table pour négocier de bonne foi».

«Ils préparent des propositions tout seuls, on ne s’attend pas que ça va faire notre affaire. Notre objectif n’est pas de passer un an dehors, mais s’il faut passer un an dehors, on va se donner les moyens de le faire», assure-t-il. 

De son côté, Jean-Claude Bernatchez se plaît à signaler que les deux groupes ont leur siège social à Pittsburgh. «Physiquement, ils ne sont pas très loin l’un de l’autre. Ils pourraient en profiter pour se parler. Car après tout, il y a de bonnes possibilités qu’ils se retrouvent autour des mêmes tables au Bureau national américain des relations de travail», croit-il.

Que pense-t-il du retrait de l’offre finale de l’employeur? «Je dirais simplement qu’en matière de relations de travail comme dans d’autres domaines, les offres et les demandes ont une limite temporelle», a-t-il conclu.