À gauche, Marc-André Lebel, propriétaire de six quincailleries BMR dans la région, a dû s’équiper pour permettre aux clients de se laver les mains à son magasin du secteur Shawinigan-Sud.
À gauche, Marc-André Lebel, propriétaire de six quincailleries BMR dans la région, a dû s’équiper pour permettre aux clients de se laver les mains à son magasin du secteur Shawinigan-Sud.

Un calme inhabituel chez les quincailliers

SHAWINIGAN — Même s’ils ont été identifiés comme un service essentiel par le gouvernement du Québec, les quincailliers craignent de passer à côté de la période la plus lucrative de l’année en raison de la crise du coronavirus.

Lorsque le premier ministre François Legault a annoncé la fermeture des commerces le 23 mars, le sort des quincailleries restait vague. La plupart des détaillants ont donc vécu un engouement inattendu, des consommateurs craignant une fermeture. L’arrêt des chantiers de construction a aussi provoqué une ruée. Mais depuis ce temps, la vague s’est retirée.

«Quand les chantiers ont fermé, on a fait une bonne semaine», indique Marc-André Lebel, propriétaire de six magasins BMR Pierre-Naud dans la région. «Après, c’est tombé mort. Je fais rouler six magasins avec 15 personnes.»

Sur la rive sud, l’Acadien bricoleur, qui ouvrira cette année une cinquième quincaillerie dans le secteur Gentilly, a mis la moitié de son personnel à pied au cours des derniers jours.

Quelques coupes temporaires ont aussi été effectuées chez Canac et aux centres de rénovation Patrick Morin. Du côté de Rona, Valérie Gonzalo, porte-parole pour Lowe’s Canada, indique plutôt que cette bannière cherche à pourvoir des postes présentement.

Compte tenu du contexte social actuel, les clients se déplacent en sachant exactement ce qu’ils veulent acheter et non pour passer le temps.

«Je pense que j’ai fait mon année en peinture en une semaine et demie!», image Martin Toutant, directeur général de l’Acadien bricoleur. «Pour le reste, ça se maintient. Ça pourrait augmenter au cours des prochains jours, étant donné que nous sommes situés près des zones inondables. On commence à vendre plus de pompes...»

M. Lebel fait remarquer qu’à Saint-Ubalde, son BMR s’en tire particulièrement bien dans le contexte parce qu’il s’est spécialisé dans les équipements pour les érablières.

À Sainte-Anne-de-la-Pérade, Maurice Laganière trouve aussi qu’il se débrouille très bien dans les circonstances. Il a même demandé l’aide d’une étudiante qui travaille habituellement pendant l’été.

«Nous sommes privilégiés», constate-t-il. «Les gens sont à la maison et ils s’ennuient, alors ils bricolent et ils réparent! Habituellement, mars est mon mois le plus tranquille de l’année. Je dois avoir une augmentation de 20 % à 25 % par rapport à mars de l’an dernier! Mais si ça se prolonge, les gens vont être tannés de peinturer...»

C’est déjà ce que constate Jean Laberge, président du groupe Canac.

«Il y a eu la folie des gens qui ont décidé de repeindre une chambre, de poser du bois flottant au sous-sol... Mais ils n’embarqueront pas dans de longs travaux coûteux.»

Les grandes surfaces appréhendent les conséquences de cette pause économique pendant une période habituellement effervescente pour elles, surtout si elle se prolonge au-delà du 13 avril.

«Dans la rénovation et la construction, c’est normalement notre Noël qui arrive», image Michel St-Jean, directeur général des centres de rénovation Patrick Morin.

«De la mi-avril à la fin juin, c’est là qu’on fait notre année», appuie M. Laberge.

Protection

L’environnement de magasinage a beaucoup changé dans les quincailleries depuis trois semaines. Au BMR de Shawinigan par exemple, M. Lebel a dû aménager un petit lavabo avec du savon à l’entrée, pour permettre à ses clients de se désinfecter les mains. La crise du Purell avait laissé des traces en début de semaine.

Les visiteurs ne peuvent aller bien loin: un ruban de sécurité leur bloque le passage aux allées. Pour minimiser les contacts, un commis prend note des articles désirés et les apporte au client.

«Comme dans le temps de Distribution aux consommateurs...», rigole M. Lebel.

Maurice Laganière exerce un contrôle sur les entrées dans sa quincaillerie, mais les clients peuvent circuler librement dans le magasin.

Dans les grandes surfaces, le suivi est très serré. Au Centre de rénovation Patrick Morin, la direction a décidé de miser un peu plus sur les ventes en ligne. La livraison est maintenant gratuite pour les commandes supérieures à 50 $. La cueillette en magasin gagne aussi en popularité.

Le monde de la quincaillerie s’attend à ce que ces mesures temporaires provoquent des changements durables.

«La crise nous force à mettre encore plus d’énergie sur tout ce qui touche le service en ligne», observe M. St-Jean, qui précise que le nombre de transactions par le web a été multiplié par dix depuis l’appel au confinement. Une tendance également observée du côté de Rona.

Chez Canac, M. Laberge ne croit pas que cette crise sociale viendra bouleverser les habitudes de magasinage à long terme.

«Par contre, au plan administratif, on s’habitue aux conférences en vidéo avec nos directeurs et c’est le genre d’affaires qu’on va poursuivre», prédit-il.

Pour sa part, M. Toutant croit que cette crise resserrera l’esprit d’équipe du personnel, très sollicité en raison des mises à pied temporaires.

«Tout le monde se serre les coudes», observe-t-il. «Ça soude les employés encore plus. Par exemple, j’ai des acheteurs seniors dont la situation financière se prêtait mieux à un arrêt de travail. Ils ont laissé leur place à des plus jeunes, qui doivent payer leur hypothèque. Pour nous, je pense que ce geste aura un bénéfice énorme pour l’avenir.»