Le ministre et député François-Philippe Champagne comprend les inquiétudes des producteurs laitiers relativement au nouvel accord de l’ALENA.

«Un bon accord dans les circonstances»

TROIS-RIVIÈRES — Selon le député de Saint-Maurice – Champlain et ministre de l’Infrastructure et des Collectivités, François-Philippe Champagne, le Canada a en quelque sorte sauvé les meubles en ratifiant une entente de principe concernant le nouvel accord de l’ALENA, qui sera dorénavant nommé Accord États-Unis – Mexique – Canada.

Même s’il reconnaît que l’entente intervenue dimanche dernier entraînera un recul relativement à la gestion de l’offre, ce qui soulève la grogne des producteurs laitiers d’un peu partout au pays, l’élu libéral précise qu’elle découlera sur un accord qui sera tout de même bénéfique pour l’économie canadienne. En vertu de la nouvelle entente, Ottawa a accepté d’ouvrir 3,59 % du marché du lait et des produits laitiers canadiens aux produits provenant des États-Unis.

«Je comprends les préoccupations et les interrogations des producteurs laitiers. Mais il faut se souvenir d’où on est parti. Notre partenaire commercial [les États-Unis] cherchait à démanteler la gestion de l’offre. Alors un des gains que l’on a eus, c’est de la préserver. La gestion de l’offre est donc là pour rester. [...] C’est un bon accord dans les circonstances», déclare-t-il.

Par ailleurs, M. Champagne rappelle que son gouvernement, par l’entremise du premier ministre Justin Trudeau, s’est engagé à mettre en place un programme compensatoire pour les producteurs touchés.

«C’est pour ça qu’on avait dit qu’il n’y aurait pas de concessions sans compensations. On s’est donc engagé avec un groupe de travail pour déterminer avec les producteurs quelle est l’envergure des compensations. Et ça, c’est important pour moi», poursuit-il.

D’un point de vue plus global, le politicien considère que le nouvel accord entraînera plusieurs bienfaits pour les économies canadienne et québécoise.

«Ç’a permis de stabiliser la prospérité économique au Canada. On a d’ailleurs vu hier [lundi] que le dollar canadien a augmenté. Par ailleurs, rappelons que les exportations aux États-Unis de certaines entreprises canadiennes et québécoises représentent 70 % [de l’ensemble de leur exportation]. De garder ce marché-là ouvert et de garder un accès préférentiel, c’est le gain le plus substantiel que l’on a fait», explique-t-il.

M. Champagne tient également à rappeler que le Canada demeure le seul pays du G7 à avoir des accords de libre-échange avec tous les autres membres.

«Nous avons également gardé le chapitre 19 et l’exemption culturelle, que les États-Unis voulaient abolir, et d’inclure des chapitres sur l’environnement et les droits des travailleurs, et ce, en même temps que de garder un accès préférentiel à un marché qui représente le quart de l’économie mondiale», précise le député-ministre.

Les producteurs sacrifiés selon la députée Brosseau

Pour sa part, la députée de Berthier-Maskinongé et leader en chambre du Nouveau parti démocratique, Ruth Ellen Brosseau, déplore que le gouvernement ait sacrifié les producteurs laitiers du Québec en pliant devant les États-Unis relativement à la gestion de l’offre.

«Le gouvernement Trudeau a désormais offert 3,6 % du marché laitier canadien en vertu de cette nouvelle entente, 3,25 $ dans l’Accord de Partenariat transpacifique global et progressiste et 3 % dans le cadre de l’Accord économique et commercial global, ce qui signifie d’avoir abandonné 10 % du marché laitier en mois de trois ans», observe-t-elle.

Elle constate également que le gouvernement a cédé relativement à la classe 7, ce qui aura pour effet que de nouveaux produits laitiers, notamment le lait diafiltré, envahiront le marché canadien. Cette concession entraînera selon elle des pertes annuelles se chiffrant à 200 millions de dollars pour les producteurs.