Lise De l’Isle et Donald Pelletier se sont résignés à fermer leur quincaillerie à Saint-Mathieu-du-Parc, où un encan est prévu samedi. Parmi les facteurs qui ont mené à cette décision, le manque de support de la Municipalité laisse un goût amer.

Un autre commerce ferme ses portes

SAINT-MATHIEU-DU-PARC — Comme propriétaires de commerce, Donald Pelletier et Lise De l’Isle sont habitués à vivre des périodes de travail intense pour répondre aux besoins de leurs clients. Ils viennent d’ailleurs de connaître une semaine particulièrement occupée, mais cette fois, c’était pour préparer l’encan qui débutera samedi matin, 9 h. La quincaillerie de Saint-Mathieu-du-Parc ferme ses portes pour de bon.

Un choc pour la petite communauté, qui a déjà vu un dépanneur, une station-service, une boulangerie, une caisse populaire et son guichet automatique connaître le même sort au cours des dernières années. Un peu partout dans la région comme ailleurs au Québec, les commerces peinent à garder leur clientèle dans les villages. Les propriétaires rivalisent d’ingéniosité pour contrer l’attrait des grandes surfaces et des commandes en ligne, mais les nouvelles habitudes de consommation finissent souvent par avoir raison de leur détermination.

Donald Pelletier et Lise De l’Isle étaient propriétaires de la quincaillerie depuis dix ans et le commerce s’apprêtait à fêter son quarantième anniversaire. On y offrait également la fabrication de quais, un complément intéressant dans ce petit paradis de lacs.

Le 22 septembre, ils ont annoncé à leurs clients que c’était terminé. Ils ont donc passé la dernière semaine à organiser pas loin de 500 lots d’articles pour l’encan.

Depuis deux ans, ils tentaient de vendre la quincaillerie, mais la relève n’est pas facile à trouver. Quelques personnes se sont montrées intéressées, mais aucune offre sérieuse n’a été couchée sur papier.

Plusieurs facteurs ont mené à la déchirante décision. Pour M. Pelletier, l’ouverture prochaine du centre de rénovation Canac, à Shawinigan, l’a visiblement ébranlé. En fait, il se demande même comment les Rona et BMR de ce monde se débrouilleront avec l’arrivée de cet important joueur.

La difficulté à trouver de la main-d’oeuvre et le personnel vieillissant faisaient également réfléchir. Mais surtout, le couple garde un goût amer des réflexes de la Municipalité qui, au cours de la dernière année, semblait accentuer le rythme de ses achats à l’extérieur.

Bien sûr, au jeu de la comparaison des prix, difficile de rivaliser avec des bannières qui brassent des millions de dollars en chiffre d’affaires. On peut bien parler de service personnalisé, de qualité de produits, mais très souvent, le prix fait foi de tout. Les petits commerçants savent bien que les consommateurs possèdent les moyens technologiques pour magasiner des aubaines, mais disons que le couple s’attendait à un peu plus de solidarité de leur Municipalité.

«Elle est supposée être là pour supporter les commerçants», se désole M. Pelletier. «C’est sûr qu’il y a le prix, mais il faut aussi comparer la qualité des produits.»

«Je ne comprends pas», témoigne Mme De l’Isle, visiblement aigrie par le comportement de l’administration municipale. «Quand un employé va acheter à Shawinigan, il prend du temps, il utilise un camion, de l’essence. Au bout du compte, je ne peux pas croire que ce soit si dispendieux d’acheter localement!»

«Nous avons précipité la décision quand on s’est rendu compte que la Municipalité n’achetait plus ici», ajoute-t-elle. «Nous avons rencontré la mairesse, la directrice générale. On juge que nos taxes payent leurs salaires et les dépenses s’en vont en dehors de Saint-Mathieu! C’est contre nos valeurs.»

Ironiquement, M. Pelletier s’occupe du regroupement des gens d’affaires de Saint-Mathieu-du-Parc depuis sa création en 2012. Sa mission consiste évidemment à favoriser l’achat local. «Lors du débat sur les fusions municipales, Saint-Mathieu-du-Parc ne voulait pas aller avec Shawinigan», pointe Mme De l’Isle. «Aujourd’hui, tout le monde magasine à Shawinigan!»

Défis

Tout près sur le chemin Principal, à l’épicerie Langlois, Denis Samson et Sylvie Bédard s’attristent de la fermeture de la quincaillerie. Ils feront une petite place pour certains articles dans leur commerce pour dépanner la population.

«On ne peut pas se couper le cou entre nous», image M. Samson. «C’est tellement petit, Saint-Mathieu-du-Parc, il faut s’entraider!»

Sa conjointe s’encourage avec l’attrait que constitue l’école alternative de la Tortue-des-bois auprès des familles. De plus, le nombre de touristes qui passent par le village demeure surprenant d’année en année, surtout l’été dernier avec la fermeture de l’entrée Saint-Jean-des-Piles au parc national de la Mauricie. Tous les visiteurs sont donc passés par Saint-Mathieu-du-Parc et ça a paru.

«On fait plus de mets préparés, des tartes pour attirer le monde», souligne Mme Bédard. «Il faut relever plus de défis.»

«Gagner un client, ce n’est pas évident», constate M. Samson. «À petite échelle, on finit par y arriver.»

Mais quand l’un des irréductibles finit par hisser le drapeau blanc, toute la communauté le ressent un peu.

«Samedi dernier, c’était vraiment triste», raconte M. Pelletier. «Un monsieur pleurait dans la quincaillerie; je n’ai pas vu ça souvent. Mercredi, un autre me disait qu’il faudrait maintenant qu’il aille à Shawinigan pour s’acheter une petite boîte de vis. Ça ne faisait pas son affaire pantoute!»

Par contre, la population s’habituera rapidement à la nouvelle réalité, rappelle Mme De l’Isle.

«Ça va passer comme un coup de vent et après, les gens passeront à autre chose».