Un automne sans couleur pour l’industrie touristique

Marc Rochette
Marc Rochette
Le Nouvelliste
Après une saison estivale qu’il qualifie de mi-figue, mi-raisin, le directeur général de Tourisme Mauricie, Stéphane Boileau, dit appréhender «la deuxième tempête».

Si la pandémie a épargné peu de secteurs d’activités, le tourisme fut parmi les plus durement touchés. Malgré un certain regain au cours de l’été, l’arrivée de la saison automnale fait craindre le pire avec des frontières internationales toujours fermées et la perspective d’une deuxième vague. Différents intervenants de la région jettent un regard sur un automne qui s’annonce sans couleur pour l’industrie touristique.

«C’est la tempête de l’automne» - Stéphane Boileau

STÉPHANE BOILEAU

«La première, on ne l’a pas vu venir, la deuxième, on la voit venir, c’est la tempête de l’automne. On n’a rien à l’international. Il faut comprendre qu’à l’international, le Québec tirait beaucoup son épingle du jeu avec la saison des couleurs qui est spectaculaire. Or, les Français, les Belges, les Allemands, les Italiens ne seront pas là», déplore-t-il.

Valérie Fortin, directrice générale de l’Association des pourvoiries du Québec et responsable du tourisme à la Ville de La Tuque.

Quant au tourisme d’affaires et à l’événementiel, M. Boileau anticipe des pertes de revenus en raison de la limite fixée à 250 personnes pour les rassemblements.

«Notre inquiétude est beaucoup tournée vers la restauration pour l’automne parce que bien souvent, les restaurateurs faisaient leur bas de laine l’été alors que là, ils étaient à fonction réduite », confie-t-il.

Et il y a toute l’incertitude entourant une reprise possible de la pandémie. «Dans la mesure où il n’y a pas de deuxième vague et où il n’y aurait pas de saisonnalité, il va falloir quand même penser à adapter les modèles», croit le spécialiste.

Celui-ci souhaite donc «qu’on regarde des formules pour qu’on puisse adapter les mesures sanitaires en fonction de la distanciation sociale et des pieds carrés, surtout pour des événements qui sont à l’extérieur».

Manon Frenette, directrice des ventes et du marketing à l’Hôtel Delta Trois-Rivières par Marriott.

Selon lui, si l’été fut particulièrement difficile pour le milieu de la restauration et de l’hébergement en milieu urbain, les entreprises dites nature s’en sont toutefois bien tirées. «On pense aux campings, aux pourvoiries, aux chalets locatifs. Malgré le fait qu’il y ait eu des conditions très difficiles, ça s’est somme toute bien passé pour eux», souligne M. Boileau.

«Si on peut avoir la météo de notre bord» - Valérie Fortin

Une information confirmée par la directrice générale de l’Association des pourvoiries de la Mauricie, Valérie Fortin. « Au niveau de la clientèle en pourvoirie, le début de saison a été assez pénible, mais on s’est quand même bien rattrapé. On a aussi une nouvelle clientèle qui n’allait pas nécessairement en pourvoirie et qui s’y sont intéressés. Il faut croire que le monde avait le goût de s’isoler en forêt, après s’être isolé dans leur maison », a-t-elle commenté tout en avouant que ce fut plus difficile pour les pourvoiries accueillant habituellement une clientèle américaine.

D’ailleurs, l’absence de visiteurs internationaux s’est fait sentir au bureau d’information touristique. Par contre, l’achalandage du reste de la clientèle était en hausse.

Marie-Ève Boisclair, vice-présidente et directrice générale de l’Auberge Godefroy.

«Il y a beaucoup de gens qui sont venus, qui ne connaissaient pas La Tuque, mais qui en ont entendu parler et qui voulaient venir faire de la randonnée pédestre, venir en camping», explique celle qui a observé un grand nombre de campeurs et plusieurs amateurs de kayak.

«Si on peut avoir la météo de notre bord, j’ai bon espoir que ça va être bon pour nous cet automne parce que justement, les gens ont le goût de faire du plein air cette année, d’aller marcher en forêt et de découvrir des nouveaux endroits», renchérit-elle.

C’est sans compter que la saison de pêche a été prolongée, au grand plaisir de plusieurs pourvoiries qui ont décidé d’en profiter. «C’est une pêche qui est vraiment le fun, on n’a pas de mouche. Certains vont pouvoir l’offrir jusqu’au mois d’octobre», fait remarquer la responsable du tourisme à la Ville de La Tuque.

Et ce qui contribue également à l’optimisme des pourvoiries, c’est le fait que plusieurs ont déplacé leurs vacances estivales à l’automne en raison du contexte pandémique. Et les chasseurs québécois seront encore au rendez-vous.

Daniel Rioux, coordonnateur de Tourisme Trois-Rivières.

«Nos routes panoramiques sont un must dans la saison des couleurs pour les petites balades en voiture ou en moto de route. À l’automne, La Tuque est la destination idéale pour les amateurs de quad et de moto hors route. Ce n’est pas les sentiers qui manquent par chez nous et nous avons des beaux circuits à proposer aux gens, que ce soit pour une demi-journée, une journée ou une fin de semaine», ne manque pas de signaler Mme Fortin alors que le bureau d’information touristique, situé à la gare latuquoise, demeure ouvert jusqu’à la fin octobre.

«On essaie d’être créatif» - Manon Frenette

À l’Hôtel Delta Trois-Rivières par Marriott, on est assez satisfait des résultats depuis la reprise des activités à la mi-juillet, surtout les week-ends.

«Même la fin de semaine dernière, on affichait complet. Ça fait du bien de voir ça. Pour nous, l’arrivée de l’automne, c’est une clientèle beaucoup plus corporative au niveau de la semaine», décrit la directrice des ventes et du marketing, Manon Frenette.

Gena Déziel, directrice générale de Trois-Rivières Centre.

Toutefois, les affaires vont dépendre des réglementations en place. «Si on se maintient pour l’instant, ça sera quand même bien. Si jamais il y a de nouvelles restrictions qui reviennent, là, ça va être un peu plus difficile», admet-elle.

Au niveau des rassemblements, «c’est encore quand même assez tranquille. On a beaucoup de demandes au niveau d’événements qui sont à l’intérieur des normes, il y a encore quand même une certaine hésitation au niveau des rassemblements», avoue-t-elle.

Or, les contraintes de nombre, d’hygiène et de distanciation sociale imposées aux organismes n’empêcheront pas l’établissement hôtelier de tenir sa première activité d’importance le 23 septembre prochain en accueillant les membres de la Chambre de commerce et d’industries de Trois-Rivières pour son lancement de saison.

En attendant que la barre des 250 personnes soit élevée, l’Hôtel Delta trouve de nouvelles vocations à ses espaces, en accueillant des petits groupes ou même en se transformant en école alors que des locaux sont loués pour des examens. «On essaie d’être créatif aux nouvelles demandes qu’on reçoit», affirme Mme Frenette.

«On n’a aucune idée à quoi s’attendre» - Marie-Ève Boisclair

À l’Auberge Godefroy de Bécancour, même si les résultats actuels dépassent ses attentes, soit plus de 70 % d’occupation pour septembre, la vice-présidente et directrice générale, Marie-Ève Boisclair, dit vivre au jour le jour.

«On n’a aucune idée à quoi s’attendre, une deuxième vague, des cas qui pourraient nous arriver. J’ai beaucoup d’employés qui ont des enfants qui vont à l’école, tout le monde est un peu dans une certaine incertitude. Je ne m’aventurerai pas trop. Comme entrepreneure, on vise sur le très court terme», fait-elle savoir.

Malgré l’absence de mariages et de gros événements banquets, Mme Boisclair dit avoir fait «un excellent été. C’est pratiquement complet la semaine prochaine. Le tourisme automnal a toujours été présent pour nous. Les gens viennent en petit séjour. Quant à la clientèle d’affaires, c’est plus incertain. Présentement, on a plus des petits groupes, des gens qui n’en peuvent plus de se parler sur Zoom», décrit-elle.

«Se concentrer sur le tourisme régional» - Gena Déziel

Évidemment, l’absence de croisiéristes n’est pas une bonne nouvelle pour le centre-ville trifluvien. «C’est sûr qu’il va falloir encore une fois se concentrer sur le tourisme régional, un peu comme c’est arrivé cet été. Et en même temps, on a vu de nouveaux projets arriver au cours de l’été. On va donc s’inspirer un peu de ça. Les choses se passent rapidement. Il y a des petites affaires qu’on est en train de regarder», a révélé la directrice générale de Trois-Rivières Centre, Gena Déziel.

«D’autres éléments vont arriver cet automne, il faut user maintenant de créativité, ça va être la nouvelle norme. Ça nous permet de nous requestionner et de nous repositionner autrement et différemment. C’est de faire découvrir le centre-ville de Trois-Rivières de manière autre», a-t-elle conclu.

«Nous attendions une vingtaine d’escales cette année» - Daniel Rioux

Chez Tourisme Trois-Rivières, on s’apprête à composer avec un automne sans croisières. «La saison des croisières 2020 a malheureusement dû être annulée à Trois-Rivières suite aux directives des gouvernements américain et canadien. Nous attendions une vingtaine d’escales cette année. Il s’agit évidemment de pertes pour notre ville, entre autres, pour les sites touristiques, les guides de circuits, les tours opérateurs, les commerces de détail et le Port de Trois-Rivières», déclare le coordonnateur, Daniel Rioux.

À son avis, les répercussions de ces annulations seront tout de même moindres à Trois-Rivières que dans d’autres villes comme Montréal et Québec

«Selon les informations que nous avons pour le moment, le secteur des croisières devrait redémarrer graduellement lors de la saison 2021. D’importantes mesures sanitaires seront toutefois appliquées pour les croisiéristes, autant sur les bateaux que dans les ports d’escale. De notre côté, nous prendrons le temps au cours des prochaines semaines de réévaluer le dossier des croisières internationales, notamment avec notre partenaire, le Port de Trois-Rivières », a-t-il annoncé.