L’Aluminerie de Bécancour a pu reprendre ses opérations après l’acceptation de l’offre patronale.
L’Aluminerie de Bécancour a pu reprendre ses opérations après l’acceptation de l’offre patronale.

Un an après le lock-out à l'ABI: le syndicat «veut que ça fonctionne»

Bécancour — Le 2 juillet 2019, les quelque 900 syndiqués à l’Aluminerie de Bécancour acceptaient les offres patronales dans une proportion de près de 80 %, malgré une recommandation contraire de la part de leur exécutif syndical. Un an plus tard, retour sur le résultat de ce vote qui aura mis fin à 18 mois de lock-out.

«Dans l’ensemble, on était conscient que c’était pour être des défis pas évidents. On les prend un à la fois et on essaie de faire évoluer l’employeur là-dedans et nos membres. Dans le fond, on le fait au bénéfice de notre usine. Je dis souvent à l’employeur que c’est notre usine avant tout parce que nous autres, on sait qu’on va travailler là 25, 30 années de notre vie, peut-être même plus. On veut que ça fonctionne».

Voilà dans quel état d’esprit se trouve le président de la section locale 9700 du Syndicat des Métallos, Éric Drolet, en cette période anniversaire de la fin du lock-out à l’Aluminerie de Bécancour.

Même si, selon lui, certaines choses auraient pu se faire différemment le jour du vote, il ne sait pas pour autant si le résultat aurait été différent.

«On avait proposé le rejet. Malheureusement, après un an, avec les informations qu’on a aujourd’hui et celles qu’on avait dans le passé, je suis persuadé qu’on referait la même proposition au bénéfice de l’ensemble des membres», fait-il savoir.

Car, dit-il, plusieurs travailleurs réalisent aujourd’hui l’ampleur des changements qu’ils ont acceptés «un peu par obligation il y a un an. «Maintenant, ils l’apprennent un petit peu à la dure sur certains points, mais en général, l’ambiance est quand même bonne entre les travailleurs», a-t-il ajouté.

Du même souffle, celui-ci affirme respecter et comprendre «très bien» le choix que les membres ont fait. «C’est sûr qu’à un moment donné, dans le contexte qu’on était rendu après 17 mois, le conflit était rendu dans la chambre à coucher. Il n’y a pas juste toi comme travailleur que ça implique, ça implique ta famille, tes enfants. Il n’y a pas d’animosité entre personne à ce sujet-là, les gens comprennent que ce qu’ils ont accepté, ce n’est pas parfait, mais ils savent aussi pourquoi ils l’ont accepté. C’est important de faire la différence», poursuit le représentant syndical.

Du côté de la direction, on indique que l’ABI est présentement à un peu plus de 90 % de sa pleine capacité. «Sans la collaboration de chacun, cela n’aurait pas été possible. Un an après l’acceptation de l’offre, c’est remarquable ce qui a été accompli par l’ensemble des employés», a commenté la directrice générale de l’usine, Nicole Coutu.

La directrice générale de l’ABI, Nicole Coutu.-PHOTO: SYLVAIN MAYER

«Nous avons également procédé à l’embauche d’un peu plus de 200 personnes depuis janvier dernier afin de compléter nos équipes. Nous sommes donc à un peu plus de 1000 employés actuellement. Nous avons de nombreux défis à relever avec le contexte économique actuel, mais tous travaillent dans le même sens afin de terminer le redémarrage et rendre notre usine performante, et ce, en toute sécurité», renchérit-elle.

Or, selon ce que Le Nouvelliste a appris, on craint à l’interne que les nombreux départs à la retraite, combinés à l’arrivée de nouveaux employés non complètement formés, rendent difficiles les opérations pour la période estivale. C’est sans compter que le tout se déroule dans une nouvelle organisation du travail et que le recours aux étudiants durant l’été ne fait plus partie des plans de l’entreprise.

Pour sa part, le ministre du Travail, de l’Emploi et de la Solidarité sociale, Jean Boulet, rappelle que les longs conflits laissent toujours des cicatrices.

«Dans l’histoire d’une entreprise, il faut que tu confrontes ces séquelles-là et que tu trouves les meilleurs moyens d’améliorer ta communication. Et ça, c’est un défi constant que les deux parties ont su relever, et ce, au bénéfice de la région, des familles, des travailleurs affectés et de l’économie du Québec. Elles ont fait preuve d’engagement et vraiment de bonne volonté de se rapprocher et de passer au travers. Ils m’apparaissent beaucoup en processus de recherche de solutions», soutient-il.

Le ministre du Travail, de l’Emploi et de la Solidarité sociale, Jean Boulet.-PHOTO: FRANÇOIS GERVAIS

Celui-ci se plaît à rappeler que dès son assermentation, le conflit de travail à l’ABI fut l’une de ses priorités. «J’ai mis beaucoup de temps et d’énergie. J’ai toujours été confiant quand même. Toutes mes actions étaient guidées par le maintien du dialogue entre le syndicat et la partie patronale. Je voyais mon rôle comme étant celui d’un accompagnateur, je n’ai jamais lâché, j’ai déployé beaucoup de ressources dans mon ministère afin de les aider», explique le député de Trois-Rivières.

Et même depuis la fin du lock-out, ce dernier a continué à intervenir par le biais de son ministère.

«On est en contexte de reprise économique, ABI demeure un acteur économique extrêmement important dans notre région. On les a aidés pour répondre à leurs besoins de formation, pour améliorer leur climat de relations de travail. C’est une entreprise qui est importante pour l’économie du Québec. Le succès d’ABI est aussi le succès pour toute la Mauricie», conclut le ministre Boulet.


Le fil des événements

11 janvier 2018

La direction d’ABI met ses 1030 travailleurs en lock-out après le rejet de l’offre patronale. La direction continue d’exploiter l’usine à raison d’une série de cuves sur trois.

9 février 2018

Des représentants du Syndicat des Métallos, affilié à la FTQ, et de la direction de l’aluminerie rencontrent la ministre du Travail, Dominique Vien, pour tenter de dénouer l’impasse.

8 mars 2018

La rencontre entre la direction d’ABI et le syndicat, tenue à la demande de la ministre Vien, est un échec. La direction d’ABI annonce que l’offre patronale qui avait été rejetée au départ «ne peut plus servir de base pour un règlement futur».

23 avril 2018

La ministre du Travail nomme l’ancien premier ministre Lucien Bouchard comme médiateur spécial.

6 septembre 2018

Réunion au sommet à Pittsburgh entre des représentants des syndiqués et la haute direction d’Alcoa, propriétaire à 75 pour cent d’ABI.

7 novembre 2018

Le nouveau ministre du Travail, Jean Boulet, annonce un conseil de médiation pour tenter de dénouer l’impasse.

Cela ne donnera pas les résultats escomptés.

15 février 2019

Après des rencontres de négociation qui semblaient encourageantes, la direction décide de rompre les pourparlers avec le Syndicat.

22 février 2019

Malgré un vote positif des travailleurs à ce sujet, la direction a rejeté l’idée de faire appel à un arbitre, forçant le ministre du Travail, Jean Boulet, à maintenir son hypothèse de règlement.

4 mars 2019

La direction dépose une offre.

11 mars 2019

Les syndiqués d’ABI rejettent l’offre.

21 mars 2019

Le syndicat dépose une contre-proposition.

1er avril 2019

Le premier ministre Legault reçoit à ses bureaux de Montréal des représentants de la FTQ et du syndicat des Métallos, d’une part, puis des dirigeants d’Alcoa d’autre part.

2 avril 2019

Il affirme que c’est le syndicat qui doit faire le plus de concessions

17 avril 2019

Le ministre Jean Boulet rencontre séparément les deux parties et leur présente une hypothèse de règlement.

26 juin 2019

ABI dépose une offre finale et globale au syndicat

2 juillet 2019

Les syndiqués acceptent l’offre finale et globale, ce qui met fin au lock-out

4 juillet 2020

L’ABI est à plus de 90 % de sa capacité avec un millier d’employés