Les microbrasseurs de la Mauricie n’ont pas caché leur étonnement concernant la vente du Trou du Diable à la brasserie Molson Coors.

Trou du diable: malaise chez les microbrasseurs

Trois-Rivières — La microbrasserie Le Trou du diable a-t-elle fait un bon choix en passant aux mains du brasseur mondial Molson Coors? Cette question est évidemment sur toutes les lèvres en Mauricie, depuis jeudi dernier. Alors que la poussière commence à peine à retomber, les microbrasseries de la région restent toutefois sceptiques face à cette annonce.

Contactés par Le Nouvelliste afin de recueillir leurs réactions, les microbrasseurs de la Mauricie n’ont pas caché leur étonnement concernant la nouvelle de la vente du Trou du Diable à la brasserie Molson Coors.

«J’ai vu tout l’engouement que cette nouvelle a eu sur les réseaux sociaux et les critiques souvent très dures des consommateurs face à cette transaction qui, disons-le, va à l’encontre de la philosophie micro brassicole tant défendue par Le Trou du Diable pendant toutes ces années. D’un côté, je suis un peu mal à l’aise de voir une aussi belle microbrasserie passer aux mains de ce géant contre lequel les microbrasseries se battent tous les jours pour gagner de minces parts de marché», mentionne le propriétaire du Broadway Microbrasserie, Jean-Luc Marchand.

Un sentiment qui semble par ailleurs partagé du côté de la microbrasserie Le Temps d’une Pinte.

«Bien honnêtement, j’aurais souhaité que ça reste indépendant même au niveau de la distribution. Mais, j’imagine que c’est facile à dire quand tu es encore aux premières années de gestion d’une entreprise (...). Je pense sincèrement que d’autres options étaient viables et auraient permis aux fondateurs de s’enrichir financièrement sans permettre à Molson de le faire également et ainsi participer au rapport de force que cette multinationale exerce sur les PME et le système économique», a précisé le directeur du marketing de la coopérative, Alex Dorval, sur sa page Facebook, lui qui a appris la nouvelle lors d’un voyage en Irlande.

Du côté de la microbrasserie À la Fût, Philippe Dumais, un membre fondateur de la coopérative, a tenu à mentionner qu’il trouvait dommage qu’une microbrasserie locale fasse le choix de grossir à un point tel qu’elle doive se faire acheter pour survivre, et ainsi perdre en quelque sorte sa saveur locale.

L’autre côté de la médaille

Malgré cette stupéfaction qui semble assez généralisée pour les microbrasseurs de la région à la suite de cette annonce, ils ne voient pas tous les aspects de cette transaction d’un mauvais œil.

«Tout n’est toutefois pas tout noir ou blanc dans mon optique, mais j’ai tout de même le sentiment qu’on aurait pu faire différemment dans ce cas-ci, comme on sait si bien le faire dans le monde de la microbrasserie au Québec», a précisé Alex Dorval.

Un son de cloche qui est similaire du côté du Broadway Microbrasserie.

«D’un autre côté, il faut se dire que les quatre gars du Trou du Diable ont pris une décision d’affaires pour que leur bébé continue de croître et que les emplois soient garantis pour des années à venir. Il reste maintenant à voir si à long terme tous les emplois seront conservés», a soutenu Jean-Luc Marchand.

Une vente possible pour les autres microbrasseurs?

Questionnés à savoir quelles seraient leurs intentions si une situation similaire se présentait à eux, les microbrasseurs de la région ont tous répondu de manière très catégorique. Que ce soit pour Broadway Microbrasserie, la microbrasserie À la Fût ou pour la microbrasserie Le Temps d’une Pinte, une vente de leur entreprise à une multinationale est un non évident.

«Pour nous, faire une telle transaction n’est évidemment pas dans nos valeurs. On a créé une coopérative à la base pour ne pas que notre petite entreprise soit vendue à des géants du domaine. On n’a donc pas créé cette coopérative pour rien», soutient Philippe Dumais de la microbrasserie À la Fût.

D’autres microbrasseries ont été sollicitées pour la rédaction de cet article, mais certaines ont préféré de pas commenter la situation.