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Trois-Rivières parmi les plus bas revenus viables selon l’IRIS

Marc Rochette
Marc Rochette
Le Nouvelliste
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Alors que la pandémie de COVID-19 affecte plus durement les personnes plus pauvres, l’Institut de recherche et d’informations socioéconomiques (IRIS) a dévoilé mercredi la 7e édition annuelle du revenu viable pour vivre dignement au Québec.

Dans la note intitulée Revenu viable 2021 : pour une sortie de pandémie sans pauvreté, on apprend qu’il faut à une personne seule entre 24 433 $ et 32 607 $, selon la localité, pour y arriver.

Or, si Trois-Rivières arrive deuxième à ce chapitre, derrière le Saguenay, à 24 614 $, l’agglomération trifluvienne affiche le plus bas revenu viable pour une personne monoparentale avec un enfant en CPE (36 121 $) et pour un couple avec deux enfants en CPE (58 154 $).

Comment expliquer les résultats à Trois-Rivières? «Le coût des loyers et la présence de transport en commun», avance le chercheur à l’IRIS, Philippe Hurteau.

Car, dit-il, le fait de devoir posséder un ou plusieurs véhicules personnels par ménage pour les déplacements quotidiens a un impact majeur sur le revenu nécessaire pour vivre dignement.

«Le calcul du revenu viable montre bien l’importance de services de transport en commun abordables et adaptés aux besoins des citoyens et citoyennes pour réduire à la fois les dépenses des ménages et les émissions de GES. C’est seulement en aménageant du transport en commun de qualité et en dispensant autant que possible les individus de l’obligation d’acheter une voiture qu’on pourra réaliser une transition écologique juste», précise M. Hurteau.

Celui-ci souligne que l’absence ou l’insuffisance du transport en commun dans une municipalité oblige les ménages à se procurer une voiture, ce qui fait augmenter de 6000 dollars et plus le revenu viable nécessaire pour combler leurs besoins. Cette somme explique en grande partie les disparités régionales.

«La force du revenu viable, c’est d’être basé sur un panier de biens et services qui permet de vivre dignement. À Montréal par exemple, pour une personne seule, il équivaut à près de 1,3 fois le seuil de la Mesure du panier de consommation (MPC) couramment utilisé et suppose un salaire horaire d’au moins 18 $ à temps plein», explique-t-il.

Alors que la MPC permet uniquement de couvrir les besoins de base, le revenu viable est un indicateur pour un niveau de vie exempt de pauvreté.

Selon M. Hurteau, les pertes d’emploi et autres impacts négatifs de la pandémie en cours affectent davantage les ménages qui touchent moins que le revenu viable ou près de celui-ci.

L’IRIS estime que cela concerne environ 1,5 million de personnes, soit près d’une personne sur cinq au Québec. «Soutenir ces personnes doit être une priorité de la relance post-pandémie», lance-t-il.

À son avis, une sortie de pandémie sans pauvreté suppose de privilégier l’amélioration des revenus du cinquième le plus pauvre de la population sur celle des revenus du cinquième le plus riche.

Parmi les situations de vie qui se situent sous le revenu viable, on retrouve les personnes de 65 ans et plus qui n’ont accès qu’aux garanties de revenu minimales (pension de la sécurité de la vieillesse et supplément de revenu garanti), les prestataires des programmes d’aide de dernier recours comme l’aide sociale et même les personnes qui travaillent à temps plein et gagnent le salaire minimum.

«On a tendance à croire qu’un emploi suffit à sortir de la pauvreté, mais notre économie a créé une catégorie de travailleurs et de travailleuses pauvres», soutient le chercheur.

Bien loin du revenu viable, les personnes touchant l’aide sociale vivent avec moins de la moitié (49 % pour une personne seule à Montréal) du seuil de couverture des besoins de base selon la MPC telle qu’elle est calculée depuis 2018.

Ce faisant, le gouvernement du Québec est en défaut par rapport à l’engagement pris en 2017 de leur assurer un revenu disponible correspondant à 55,1 % de la MPC, fait remarquer M. Hurteau.

«En agissant ainsi, le gouvernement de François Legault et son ministre Jean Boulet acceptent que des milliers de Québécois et de Québécoises à l’aide sociale vivent avec 10 423 $ par an plutôt que 11 644 $», a-t-il ajouté.

Le revenu viable est une somme disponible (après impôt) qui permet de vivre dignement hors de la pauvreté. Cela signifie à la fois d’être en mesure de faire des choix et de pouvoir faire face à des imprévus. Le revenu viable est calculé pour trois types de ménages et sept municipalités québécoises afin de refléter différentes réalités.

Depuis 2015, l’équipe de recherche de l’IRIS travaille sur cet indicateur qui se distingue des différents seuils de faible revenu en usage au Canada, en calculant un panier de biens et services donnant accès à une vie digne, exempte de pauvreté.