L’entreprise Marmen a récemment procédé à l’embauche de 30 travailleurs colombiens pour satisfaire ses besoins de main-d’œuvre spécialisée à son usine de Trois-Rivières

Trente Colombiens pour travailler chez Marmen

Trois-Rivières — L’entreprise Marmen, de Trois-Rivières, accueillera son plus imposant contingent de travailleurs étrangers depuis qu’elle a recours à cette main-d’œuvre pour pourvoir des postes vacants, dans un contexte où les travailleurs québécois qualifiés se font rares. Ce sont 30 Colombiens qui poseront bientôt leurs valises chez nous et une mission est prévue dès la semaine prochaine pour recruter une nouvelle cohorte, que l’on espère aussi importante. Et les choses «se passent très bien», au dire d’Annie Pellerin, vice-présidente, ressources humaines et communications, chez Marmen.

«On a travaillé avec des Costaricains et des Nicaraguayens, ici et à Matane, et honnêtement, ça a super bien été. C’est une mentalité très similaire à la nôtre, c’est des gens qui apprennent la langue assez facilement et ils sont compétents», relate la vice-présidente, enthousiaste.

Si la formule aide l’entreprise mauricienne à pourvoir de nombreux postes vacants, Mme Pellerin explique que le processus n’est pas simple, qu’il implique d’importantes dépenses et que les démarches légales sont laborieuses.

L’entreprise a toutefois développé une certaine expertise et a établi des ententes avec des agences spécialisées dans les pays d’origine, pour une publicisation des postes disponibles et pour procéder à une première démarche de recrutement. Une fois un certain nombre de travailleurs identifié, une équipe d’ici est dépêchée sur place pour faire passer des tests d’aptitudes techniques et entendre les travailleurs en entrevue.

À leur arrivée à Trois-Rivières, les nouveaux travailleurs sont pris en charge par l’entreprise. Un jumelage est établi avec des employés de l’usine. Des cours de français sont donnés, sur les lieux de travail ou dans les locaux de la commission scolaire. On s’occupe également de leur trouver un logement. L’intégration est importante, tant au travail que dans la communauté, et l’apprentissage du français est incontournable, fait valoir Annie Pellerin.

Le plus difficile, du point de vue de l’entreprise, réside dans la lenteur des démarches du processus d’immigration. On explique qu’il faut facilement compter huit mois pour boucler un dossier. Un délai incompatible avec le rythme que dicte parfois l’obtention d’un contrat dont l’horizon de livraison se caractérise par l’urgence.

Si Annie Pellerin se réjouit de l’écoute et des intentions affichées par le gouvernement Legault en la matière, elle insiste pour dire qu’il faut maintenant passer de la parole aux actes. «Il y a eu beaucoup de rencontres, je sens un réel effort, mais c’est sûr qu’il faut qu’il bouge rapidement», soutient-elle.

«C’est trop long», déclare-t-elle en évoquant les étapes bureaucratiques qui se multiplient aux deux paliers de gouvernement. «Il y a des longueurs partout», insiste-t-elle. La femme d’affaires se demande comment les plus petites entreprises peuvent arriver à passer à travers le processus, compte tenu des délais et des coûts associés à une telle démarche.

Les travailleurs auxquels Marmen fait appel se voient délivrer un visa de travailleur étranger. D’une durée limitée — Annie Pellerin parle d’une période de deux à trois ans —, celui-ci est renouvelable. «On sent vraiment un réel intérêt chez certains de rester et de faire venir leur famille», soutient Mme Pellerin.

On souligne par ailleurs que l’intégration dans l’usine se vit jusqu’à ce jour dans un climat d’harmonie. S’il est inévitable que les nouveaux travailleurs tissent des liens entre eux, en raison de leur proximité culturelle, Annie Pellerin évoque une ambiance de partage. «Il y a une super belle camaraderie, on en a qui ont emmené les gars en motoneige», illustre-t-elle.

Pour toute positive qu’elle soit, Mme Pellerin insiste pour dire que cette solution ne vise pas à remplacer l’embauche de personnel québécois, mais plutôt à combler les manques qu’occasionne la pénurie de travailleurs qui affecte le Québec dans son ensemble. Elle souligne, dans la même veine, que des programmes sont mis de l’avant pour faciliter la formation d’une main-d’œuvre locale. Des cheminements accélérés et des ententes avec le Carrefour formation Mauricie et le Centre de formation professionnelle Qualitech sont en place pour les travailleurs, anciens ou nouveaux, intéressés à se spécialiser.

Pour Annie Pellerin, il existe en Mauricie une culture manufacturière qu’il importe de préserver. Elle plaide notamment pour une valorisation des programmes de formation dans ce secteur.

Marmen emploie quelque 900 travailleurs à l’heure actuelle, dans ses installations de Trois-Rivières. Les travailleurs étrangers représentent environ 5 % de sa force de travail.